Depuis ma naissance on vit au rythme des problèmes politiques, économiques et sociaux dans mon pays. Chaque jour, on dit que la situation va s’améliorer, chaque jour, on espère et on rêve d’un avenir calme, serein avec des soucis quotidiens. Or cela doit être un de nos droits les plus simples : une vie digne! Et non! non, on n’a pas le droit. La malédiction (malédiction ou disfonctionnement ?) s’est emparée du Liban depuis le début de l’année 2020. Malheureusement, elle n’est pas de passage. On vit au rythme de « next » play sans prendre un souffle.
Comme si les Libanais n’avaient pas assez de problèmes à régler pour les couronner par la catastrophe meurtrière du port de Beyrouth.
Tous les matins, on se lève en disant « non, c’était un cauchemar » puis on se heurte à la dure réalité et aux scènes des rues et des maisons démolies. Et nous dans tout cela ? Nos âmes ne sont-elles pas démolies, blessées, ruinées, endommagées ? On en a assez ! Oui assez de subir les conséquences des choses que nous n’avons pas faites ; assez d’enterrer nos citoyens martyrs, nos jeunes ; assez d’entendre dire « Beyrouth va renaître de ses cendres » avant de faire notre deuil correctement ; assez d’effectuer encore et toujours des sacrifices (j’ai l’impression qu’on le fait constamment sans interruption) ; assez de devoir courir dans tous les sens pour survivre et assez d’avoir l’apocalypse comme option obligatoire !
Laissez-nous pleurer, crier, extérioriser notre peine, cette peine qui bouillonne dans nos entrailles, avant de se reconstruire à nouveau. Donnez-nous le temps d’être tout simplement mélancolique, de digérer ce qui vient de se passer le 4 août, de compter les dégâts avant de réfléchir aux moyens de les réparer (comment ? Dieu seul le sait) et de s’entraider les uns les autres. À Beyrouth, des volontaires par-ci, des jeunes par-là, des repas distribués, du nettoyage en cours, des routes déblayées, etc. Cette aide entre citoyens, qui me touche énormément, elle nous montre que nous pouvons, peuple libanais, dépasser tous nos différends politiques et religieux. Alors, pourquoi nous ne pouvons pas poursuivre de la sorte ? Pourquoi nous ne bâtissons point notre cher Liban dont nous rêvons tous ? On va se reconstruire, certes, même si on va garder de lourdes séquelles, on a besoin de temps, de la patience, de faire notre deuil. Et si on vous demande votre expérience dans la vie, dites-leur simplement : « Je suis libanais. »
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