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Éclairage

Au Liban, la mission (quasi) impossible d’Emmanuel Macron

La participation ou non du Hezbollah au futur gouvernement et les marges de manœuvres qu’aurait celui-ci pour mener les réformes attendues par la communauté internationale devraient être les principaux points de négociations entre le président français et les leaders politiques libanais.



Au Liban, la mission (quasi) impossible d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron à Beyrouth, le 6 août 2020. AFP / POOL / Thibault Camus

Pour la deuxième fois en moins d’un mois, Emmanuel Macron va tenter d’administrer un traitement de choc à un patient en phase terminale. Pour ce faire, le président français ne manque pas d’atouts : un volontarisme diplomatique qui n’exclut aucun acteur, mais qui met tout le monde face à ses responsabilités ; un lien privilégié entre les deux pays, qui lui permet de s’ingérer sans pour autant être accusé d’ingérence ; un contexte de crise existentielle pour le pays du Cèdre qui fait de la France son dernier ami (qui lui veut du bien).

Cela risque toutefois de ne pas suffire. Malgré toute sa bonne volonté, Emmanuel Macron pourrait avoir du mal à faire bouger les lignes lors de sa visite au Liban aujourd’hui et demain. Le président français avait tracé un chemin le 6 août dernier en pressant le Liban de réaliser des réformes d’urgence et en lui proposant un nouveau « pacte politique ». Un mois plus tard, le constat est sans appel. Au lendemain de la démission du gouvernement de Hassane Diab, les vielles pratiques politiciennes ont repris leur droit. La scène politique a pris l’habitude depuis des années déjà de fonctionner sur le principe du consensualisme sur le plus petit dénominateur commun. Mais cette fois, même celui-ci semble impossible à trouver. Les enjeux étant considérables, les nœuds sont nombreux et les perspectives de voir prochainement la formation d’un gouvernement susceptible d’entreprendre les réformes attendues par la communauté internationale apparaissent limitées.

L’arrivée d’Emmanuel Macron a poussé la présidence de la République libanaise à entamer aujourd’hui les consultations parlementaires contraignantes dans le but de désigner un nouveau Premier ministre. Si un nom ressort à la suite de celles-ci - a priori celui de l'ambassadeur du Liban en Allemagne Moustapha Adib -, cela facilitera sans doute la tâche du président français. Mais la désignation d’un nouveau Premier ministre ne garantit pas en tant que telle la formation rapide d’un gouvernement et encore moins l’efficacité de celui-ci à mener des réformes d’urgences.

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Emmanuel Macron a clairement défini les attentes de la communauté internationale : un audit de la Banque centrale du Liban – indispensable pour mener des négociations sérieuses avec le Fonds monétaire international - une réforme du secteur de l’électricité, du système bancaire, ou encore une justice indépendante. Le Liban doit s’engager dans un programme sérieux avec le FMI qui vise à assainir ses finances et à le rendre plus attractif pour les investisseurs, notamment en rompant avec ses pratiques opaques.

Pour parvenir à ces objectifs, la France serait, dans l’idéal, en faveur d’un gouvernement indépendant avec des pouvoirs élargis, ce que réclame également la société civile. Emmanuel Macron n’a pas caché son manque de considération pour la classe politique traditionnelle au cours de sa précédente visite, appelant à demi-mot les Libanais à se mobiliser à nouveau contre elle. Mais l’absence de mobilisation massive, qui aurait certainement aidé le président français à faire pression sur les leaders politiques, tout comme le manque d’alternative pour le moment, compliquent sa mission.

Le président français n’a pas d’autres choix que de tenter de faire émerger un compromis entre l’ensemble des acteurs de la classe politique pour débloquer la situation. La formation d’un gouvernement indépendant dont l’action serait systématiquement bloquée par le Parlement ne ferait que compliquer un peu plus la situation. L’objectif est donc de mettre en place un gouvernement qui dispose d’une large assise politique tout en ayant dans le même temps des marges de manœuvre importantes par rapport aux intérêts de la classe politique traditionnelle, ce qui est loin d’être une mince affaire. Comment pousser des formations politiques qui vivent par et pour le pouvoir à accepter de le céder à autrui ?

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Comment, dans le même temps, trouver un compromis entre des partis faisant des calculs radicalement différents pour la suite ?

Amal et le Hezbollah sont en faveur d’un gouvernement d’union nationale dirigé par Saad Hariri. Le numéro deux du Hezbollah, Naïm Kassem, a affirmé la semaine dernière que son parti voulait être présent dans le futur gouvernement. Le chef du parti, Hassan Nasrallah, a pour sa part déclaré hier que le Hezbollah était prêt à discuter d’un nouveau pacte politique avec la France, une façon d’ouvrir la porte à des négociations. Le parti chiite est-il prêt à se mettre en retrait à un moment où il subit une forte pression internationale ? Rien n’est moins sûr. Cela pourrait pourtant être l’un des grands points de blocage dans les discussions avec le président français.

Le courant du Futur, les Forces libanaises et le Parti socialiste progressiste ont fait comprendre qu’ils privilégiaient l’option d’un gouvernement indépendant. Pour eux, en particulier pour les Forces libanaises, la présence du Hezbollah serait une ligne rouge. Le Courant patriotique libre de Gebran Bassil, enfin, opte pour sa part pour un gouvernement techno-politique mais sans Hariri. Le parti du président peut-il accepter de se tenir à l’écart du pouvoir, d’autant plus s’il a le sentiment que cela profite à ses adversaires ? Autant de nœuds qu’il sera difficile à démêler.

Emmanuel Macron va devoir négocier avec une classe politique, qui vit du clientélisme et de la corruption, sa propre mise en retrait en faveur d’une nouvelle équipe dont le principal objectif serait de mettre fin à ces pratiques. Le président français semble miser sur la stratégie de la carotte – l’aide internationale massive – qui a déjà échoué à plusieurs reprises par le passé (les réformes demandées étaient déjà des conditions de CEDRE en 2018). Il pourrait toutefois être tenté d’utiliser dans le même temps la menace du bâton (les sanctions individuelles) pour débloquer la situation.

À l’occasion du centenaire du Grand Liban, Emmanuel Macron aura fort à faire pour éviter que sa visite ne serve qu’à constater l’impuissance du pays à stopper sa chute libre. Le pari du président est de mettre de côté toutes les problématiques géopolitiques afin de se concentrer sur les problèmes quotidiens les plus urgents. Mais la géopolitique pourrait revenir par la fenêtre et compliquer le processus tant elle est déterminante dans la prise de position de certains acteurs, à commencer par le Hezbollah.



Pour la deuxième fois en moins d’un mois, Emmanuel Macron va tenter d’administrer un traitement de choc à un patient en phase terminale. Pour ce faire, le président français ne manque pas d’atouts : un volontarisme diplomatique qui n’exclut aucun acteur, mais qui met tout le monde face à ses responsabilités ; un lien privilégié entre les deux pays, qui lui permet de...

commentaires (4)

Au risque de paraître franchement vulgaire, je ne vois plus qu’une seule utilisation possible quant à la carotte de Mr. Macron envers notre clique de mafieux tous affairés aujourd’hui à lui monter une grande pièce de théâtre pour lui jeter de la poudre aux yeux! Il est grand temps de recourir au bâton des sanctions individuelles et de débarquer une force de frappe au Liban pour neutraliser toutes les milices, placer le Liban sous un régime transitoire de 10 ans et rééduquer le peuple en civisme, démocratie et respect de l’autre. 10 ans au moins pour que puisse émerger une nouvelle classe de leaders qui aident à générer une nouvelle vision, créer un nouvelle culture et fomenter un nouveau tissu économique, avant de pouvoir remettre « libanais » et « responsabilité » dans une même phrase comme: mettre les libanais devant les urnes avec la responsabilité de relancer un tout petit Liban mais qui puisse grandir par lui-même, cette fois. Du Grand Liban fabriqué par et pour les mafieux, on en a eu assez!

Fady Abou Hanna

13 h 30, le 31 août 2020

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Commentaires (4)

  • Au risque de paraître franchement vulgaire, je ne vois plus qu’une seule utilisation possible quant à la carotte de Mr. Macron envers notre clique de mafieux tous affairés aujourd’hui à lui monter une grande pièce de théâtre pour lui jeter de la poudre aux yeux! Il est grand temps de recourir au bâton des sanctions individuelles et de débarquer une force de frappe au Liban pour neutraliser toutes les milices, placer le Liban sous un régime transitoire de 10 ans et rééduquer le peuple en civisme, démocratie et respect de l’autre. 10 ans au moins pour que puisse émerger une nouvelle classe de leaders qui aident à générer une nouvelle vision, créer un nouvelle culture et fomenter un nouveau tissu économique, avant de pouvoir remettre « libanais » et « responsabilité » dans une même phrase comme: mettre les libanais devant les urnes avec la responsabilité de relancer un tout petit Liban mais qui puisse grandir par lui-même, cette fois. Du Grand Liban fabriqué par et pour les mafieux, on en a eu assez!

    Fady Abou Hanna

    13 h 30, le 31 août 2020

  • Le Liban n'a jamais été grand, et maintenant, il n'est presque plus ou plus qu'en phase terminale. Il y a tout à refaire et sinon, plus rien à faire !

    marwan el khoury

    11 h 21, le 31 août 2020

  • TELS SONT LA BETISE ET LES INTERETS PERSONNELS DE NOS ABRUTIS CORROMPUS, VOLEURS ET INCOMPETENTS QUE LA MONTAGNE VA ACCOUCHER D,UNE SOURIS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 38, le 31 août 2020

  • CECI DIT, FAUT SE RAPPELER QUE M.MACRON & LA FRANCE ONT EUX AUSSI LEURS PROPRES CALCULS & INTERETS QUI PEUVENT NE PAS CORRESPONDRE AUX NOTRES !

    gaby sioufi

    10 h 30, le 31 août 2020