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Société - assemblée

Le pouvoir affiche sa volonté d’organiser des élections partielles

La convocation des collèges électoraux ne signifie pas que le gouvernement joindra l’acte à la parole, craignent les observateurs.

Le pouvoir affiche sa volonté d’organiser des élections partielles

Photo d’archives L’OLJ

La convocation hier des collèges électoraux par le ministre démissionnaire de l’Intérieur, Mohammad Fahmi, en vue de l’organisation des prochaines élections partielles pour pourvoir à huit sièges vacants à l’Assemblée, a été perçue par certains comme une sorte de défi et un nouvel acte de provocation, même si cette mesure reste constitutionnellement requise de la part des autorités en place.

En vaquant aux affaires ordinaires d’un État en déliquescence, à un moment où la colère populaire est devenue irréfrénable, la classe politique a voulu vraisemblablement donner une impression de continuité des institutions et d’un mandat qui cherche à perdurer coûte que coûte. Tout en occultant le message politique exprimé par les huit députés qui ont démissionné en cascade au lendemain de l’explosion du 4 août dernier qui a meurtri la capitale et endeuillé le pays. Mais si le pouvoir a pensé ainsi atténuer l’effet de la démission, l’ancien ministre de l’Intérieur et avocat, Ziad Baroud, estime qu’il a échoué à le faire, car cette démission est « un acte politique par excellence qui a produit son effet, aussitôt annoncée ». Le député joumblattiste Marwan Hamadé avait été le premier à démissionner, au lendemain même de la tragédie du port. Il avait été suivi par les députés Kataëb Samy Gemayel et Élias Hankach (Metn), et Nadim Gemayel (Beyrouth), Paula Yacoubian ( société civile, Beyrouth). Le député indépendant Neemat Frem (Kesrouan), puis Michel Moawad (ancien bloc CPL, Zghorta), Henri Hélou (bloc Joumblatt, Chouf ) et Dima Jamali (courant du Futur, Tripoli), avaient fait de même quelques jours plus tard. Des démissions que le Parlement a entérinées le 13 août dernier.

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La raison principale mise en avant par les députés démissionnaires est, en substance, le désaveu de l’ensemble de la classe politique – président de la République et Parlement inclus – jugée moralement responsable de cette explosion et devant rendre compte de ce crime inouï dû à la négligence, à l’insouciance et à l’incurie.

Un respect de façade

Afficher sa volonté de respecter les textes en vigueur pour préserver ne serait-ce que la façade constitutionnelle ne signifie pas pour autant que des élections partielles auront nécessairement lieu ou que le pouvoir, accusé aujourd’hui de vouloir verrouiller un peu plus le système, entend véritablement se livrer à cet exercice démocratique.

Rien ne prouve pour l’heure que le projet de décret signé hier par le ministre de l’Intérieur sera avalisé dans les délais impartis. Il doit encore être signé par le Premier ministre démissionnaire et le président de la République. Par ailleurs, selon les textes, les élections doivent se tenir dans un délai de deux mois à compter de la date à laquelle le Parlement a accepté les démissions, soit à la mi-octobre.

Certains observateurs craignent toutefois que le pouvoir en place ne prétexte l’état d’urgence décrété à Beyrouth après l’explosion, la pandémie de Covid-19, ou la destruction de certaines écoles dans le périmètre du port et à Achrafieh, pour annuler ou reporter le scrutin.

Toutefois, « l’état d’urgence ne peut en aucun cas servir de prétexte pour annuler une échéance dictée par la Constitution », assure Ziad Baroud, qui précise aussi que le décret de convocation du collège électoral étant un décret simple, un délai de trente jours doit séparer la date de publication du décret au Journal officiel et celle des élections.

Priorité à l’application des textes

Tout en affirmant ne pas apprécier le choix d’élections partielles en lieu et place de législatives anticipées, des voix au sein de la société se sont élevées pour défendre le respect de la Constitution, même dans les circonstances présentes, qui sont parmi les plus défavorables que le Liban ait connues.

« La problématique est complexe : comment réclamer à un État contesté et pointé du doigt pour sa responsabilité dans l’explosion du 4 août d’organiser des élections et de ne pas manquer à ses obligations constitutionnelles », s’interroge un analyste politique.

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Quels que soient le contexte et les débats autour de la légitimité du pouvoir chargé de parrainer la prochaine consultation, le mot d’ordre reste, pour l’Association libanaise pour le respect la démocratie des élections (LADE), l’application des textes. « Le principe de la continuité du fonctionnement des institutions est fondamental ainsi que celui du respect des délais constitutionnels qui est un devoir et non un choix », commente ainsi le directeur exécutif de LADE, Ali Slim. Même si le gouvernement est démissionnaire, « on ne peut suspendre les pratiques démocratiques qui constituent un facteur de stabilité politique et économique importante », ajoute l’expert.

Tout en reconnaissant que le pouvoir cherche à regagner de la légitimité en annonçant l’organisation du scrutin, Paula Yacoubian ne s’en réjouit pas moins. « Ce sera l’occasion de sonder l’opinion des gens pour voir quelle est désormais l’humeur de la rue. Les électeurs vont-ils encore accorder leurs voix à cette bande de mafieux ? Vont-ils continuer à choisir entre les “très mauvais” et les “moins mauvais”, ou bien vont-ils opter pour d’autres alternatives ? » s’interroge l’ex-parlementaire.

Pour l’heure, rien n’indique que des candidats issus des milieux révolutionnaires ou réformateurs sont disposés à s’engager dans l’aventure et, ce faisant, à accorder un semblant de légitimité à un pouvoir qu’ils contestent et dénigrent.

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Selon M. Baroud, il faut attendre pour voir comment les nouvelles élites issues du mouvement du 17 octobre vont évaluer cette opportunité et s’ils vont y voir un « piège tendu » ou plutôt l’occasion d’ouvrir une brèche dans le mur du pouvoir.

« Pour moi, il n’est pas question que je me présente au Kesrouan parce que je considère que la démission des huit députés ne se limite pas à l’acte lui-même, ni au siège parlementaire en tant que tel. C’était une expression très symbolique du refus total du système », dit-il, laissant entendre qu’il se rallie à cette position.


La convocation hier des collèges électoraux par le ministre démissionnaire de l’Intérieur, Mohammad Fahmi, en vue de l’organisation des prochaines élections partielles pour pourvoir à huit sièges vacants à l’Assemblée, a été perçue par certains comme une sorte de défi et un nouvel acte de provocation, même si cette mesure reste constitutionnellement requise de la part des...

commentaires (5)

Au point où on en est ils n’ont qu’à nommer ceux qui leur font plaisir. De toutes façons pas un seul individu "propre" ne se portera candidat. De plus avec Corona nous refusons d’aller voter. Sauf bien sûr en cas de démission généralisée du parlement, auquel cas le risque en vaudra la peine.

Gros Gnon

14 h 11, le 25 août 2020

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Commentaires (5)

  • Au point où on en est ils n’ont qu’à nommer ceux qui leur font plaisir. De toutes façons pas un seul individu "propre" ne se portera candidat. De plus avec Corona nous refusons d’aller voter. Sauf bien sûr en cas de démission généralisée du parlement, auquel cas le risque en vaudra la peine.

    Gros Gnon

    14 h 11, le 25 août 2020

  • DEMISSION DE LA GROTTE ALIBABIENNE ET NOUVELLES LEGISLATIVES TOTALES AVEC DU NOUVEAU SANG.

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 58, le 25 août 2020

  • Wi'am Wahab m'est furieusement sympathique ca matin. rappelez-vous quand il y'a quelques semaines il s’adressait au Sieur Fahmi de l’intérieure par un tonitruant "rouh men hawn wllé" sur les ondes de la LBC ? Je trouve qu'on devrait l'imiter a Wi'am ! LoL

    Lebinlon

    09 h 31, le 25 août 2020

  • Tiens le génial technocrate de l’intérieur s’embête un peu depuis qu’il n’a plus de circulation alternée à gérer ayant compris qu’il n’y avait pas de virus pair et de virus impair. Donc il veut organiser des élections partielles dans une capitale dont certains quartiers sont entièrement sinistrés suite au crime collectif du 4 août commis par l’ensemble de la classe politique gouvernante.

    Liberté de penser et d’écrire

    09 h 06, le 25 août 2020

  • Ah bon hien .. maintenant ils ont trouver l’argent pour faire des élections. ?!

    Bery tus

    06 h 58, le 25 août 2020

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