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Nos Lecteurs ont la Parole

Lettre au président Macron : Nous avons besoin d’une aide politique

Monsieur le Président,

Vous lirez ma missive et peut-être non. Mais je me permets de me diriger de la sorte vers vous car mon pays saigne. Abondamment. Depuis longtemps. Depuis plus de cinquante ans que je suis né peut-être. Mais certainement dans les temps qui courent, il n’arrête plus de saigner. La plaie est béante, gigantesque. Et surtout elle ne tarit plus.

Monsieur le Président,

Au lendemain de l’apocalyptique mardi que nous venons de subir, vous devez savoir que vous n’avez pas visité un pays indépendant, une nation libre.

Je dois vous dire, vous annoncer et vous devez savoir que mon pays n’est plus un pays souverain. Nous, peuple du Liban, sommes pris en tenaille entre une milice et une mafia. Et l’une nourrit l’autre.

Peut-on demander à une milice et à une mafia de modifier leurs attitudes pour avoir la chance d’être aidés par les pays du monde ?

Est-ce logique d’inciter un peuple à rectifier le tir alors qu’il est pris en tenaille ?

Vous n’êtes pas sans savoir, Monsieur le Président, que nous, libanais, n’avons plus accès à notre argent dans les banques, ce qui limite même nos déplacements en dehors du pays au cas où l’on déciderait de nous échapper de cette situation qui nous ligote.

La liberté de pensée est muselée à l’intérieur et nous sommes incapables de sortir de nos frontières. Notre peuple, naguère épris de liberté, se retrouve ainsi complètement anéanti, brisé par la nouvelle donne socio-économico-politique qui s’impose à lui.

Actuellement, nous sommes un peuple fragilisé que personne n’écoute. Voilà pourquoi votre visite avait un sens énorme pour nous. La France répète depuis des mois « Aidez-nous à vous aider ».

Mais comment en finir puisque nous sommes pris en otage ? Notre président est atone, notre gouvernement incompétent, notre Parlement complètement hypothéqué. Comment dès lors faire pour sortir de ce mauvais gué dans lequel on patauge ?

Qu’attendre de nous, nous qui subissons les affres de nos soi-disant responsables ?

Toutes les voix morales, culturelles, intellectuelles du pays se sont élevées depuis le mois d’octobre 2019 pour demander un changement. Mais rien n’y fait. Les recteurs des deux universités les plus anciennes du pays, le président de l’ordre des avocats, toutes les voix du clergé, de nombreux intellectuels, tout le monde s’échine à longueur de journée à signer pamphlets et manifestes. Rien n’y fait. On est pris en tenaille. Nous sommes otages.

Monsieur le Président,

Vous êtes la seule figure politique internationale en laquelle la majorité des Libanais ont confiance. Parce que l’on sait que la France est la seule nation à agir au Liban sans penser à des intérêts propres à elle.

Nous revivons les mêmes traumatismes que l’on transmet de génération en génération.

Devant cet état de fait, la seule issue qui nous reste et vu que notre décision nationale n’est plus pensée à Beyrouth, mais ailleurs, il nous faut une aide. Substantielle. Non point économique ou sanitaire seulement. Mais une aide politique. Pour nous libérer du joug de notre classe dirigeante. Il nous faut une intervention internationale, sous l’égide de l’ONU, pour sauver ce qui peut encore l’être. Cela est la seule issue pour nous aider. Voilà pourquoi vous avez débarqué dans un pays dont le peuple est écrasé par une classe dirigeante sans vergogne et qui continuera à vous cacher qu’elle dirige un pays, mue par ses propres intérêts et sous l’influence d’interventions étrangères suspectes dont elle ne peut se départir.

Avec tous mes respects.

Pr Sami RICHA

Chef de service de psychiatrie

à l’Hôtel-Dieu de France

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Monsieur le Président,

Vous lirez ma missive et peut-être non. Mais je me permets de me diriger de la sorte vers vous car mon pays saigne. Abondamment. Depuis longtemps. Depuis plus de cinquante ans que je suis né peut-être. Mais certainement dans les temps qui courent, il n’arrête plus de saigner. La plaie est béante, gigantesque. Et surtout elle ne tarit plus.

Monsieur...

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