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Humeur

Apocalypse now

Apocalypse now

Photos C.H.

C’était un mardi ordinaire, dans un quotidien moins qu’ordinaire, traînant dans son sillage une lassitude proche de la tristesse… Il est près de 18h10, la corniche attire encore quelques sportifs, quelques acharnés, en dépit d’une grande chaleur, à la recherche d’une fenêtre de couleurs. Ce goût salé qui nous fait encore sentir un peu vivants…


Photos C.H.


Il aura suffi de quelques secondes pour que tout cet univers bleu, presque artificiel, ce semblant de quiétude, explose et nous fasse basculer dans l’horreur. D’abord le bruit, sourd, profond, qui pénètre les entrailles. Qui souffle. Qui assomme. Qui désarme. Suivi d’un court silence et du concert de klaxons de voitures devenues folles. Et puis cet immense nuage de fumée qui prend cruellement la teinte du coucher de soleil avant d’absorber la ville et la mettre à genoux.

Entre la peur et la peine, l’incompréhension et l’évidence de nos fragilités, se remettre en marche. S’éloigner. Même si l’on pensait avoir épuisé notre stock de larmes, notre lot de peines et de révoltes, ces larmes salées sont revenues, une fois de plus, souligner notre désolation et notre impuissance.


Photos C.H.


Depuis mardi, Beyrouth tout entière étouffe sous les gravats et rend son dernier souffle. Quelles que soient les raisons, incompétence, négligence ou attaque ciblée, cette journée qui restera dans nos mémoires déjà chargées de traumatismes est un crime caractérisé contre un peuple à bout de souffle. Un massacre.

Le réveil, le lendemain, tout comme la veille, s’est fait au son des vitres que l’on ramasse comme les derniers morceaux de notre vie d’avant, comme des larmes qui tombent, goutte à goutte, sur le cercueil des victimes de ce carnage. Pour le moment, 4 000 blessés, plus de 100 tués et 300 000 sans-abri.

« L’important, c’est que nous soyons encore en vie… » Combien de fois, depuis 1975, les Libanais se sont-ils répété cette phrase qui les a longtemps sauvés du désespoir ? En vie ? Depuis presque un an, nos cœurs, après avoir battu au rythme d’une révolution interrompue, sont placés sur respirateurs artificiels. Nous sommes tous en deuil d’un pays, d’une culture, d’une lumière et d’une force qui nous rendaient invincibles. Qui, du moins, nous faisaient croire que nous l’étions.

Nous sommes en deuil parce que nous vivons auprès de croque-morts, ces cannibales de nos vies, indifférents au naufrage d’un si beau pays et qui méritent les peines les plus sévères. Que faire de toute cette colère, sinon reprendre la rue, une rue anéantie même physiquement, et ne plus la quitter avant que justice soit faite ? Au nom de toutes les victimes, enfants et adultes, des suicidés, des morts de faim, des disparus, dont le chiffre ne cesse de grandir dans le silence le plus écœurant.


C’était un mardi ordinaire, dans un quotidien moins qu’ordinaire, traînant dans son sillage une lassitude proche de la tristesse… Il est près de 18h10, la corniche attire encore quelques sportifs, quelques acharnés, en dépit d’une grande chaleur, à la recherche d’une fenêtre de couleurs. Ce goût salé qui nous fait encore sentir un peu vivants…


commentaires (3)

IL FAUT NOMMER QUI SONT LES PROPRIETAIRES DE CES MATIERES ET POURQUOI STOCKEES AU PORT.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

15 h 06, le 06 août 2020

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Commentaires (3)

  • IL FAUT NOMMER QUI SONT LES PROPRIETAIRES DE CES MATIERES ET POURQUOI STOCKEES AU PORT.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    15 h 06, le 06 août 2020

  • Bon mais après nos larmes? Il ne faut quand même pas leur donner la satisfaction de la mission accomplie. Nous avons le droit de gémir et de pleurer mais il faut que nous nous sortons de cet enfer coûte que coûte. Nous avons déjà assez donné dans la colère et les frustrations de tout genre il est temps de nous débarrasser de cette gouvernance qui nous pourri la vie et d’en finir une fois pour toute avec les voleurs, les criminels et les lèche bottes. Transformons cette haine et cette colère en révolte et allons les déloger un à un de leur tanière. Nous sommes les seuls à pouvoir le faire. Personne ne peut résister à la colère du peuple. Remuons nous et allons libérer notre pays.

    Sissi zayyat

    12 h 56, le 06 août 2020

  • Un très beau texte, de douleur et de rage mêlées..

    Makhlouf-Cheval

    12 h 10, le 06 août 2020