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ÉCLAIRAGE

Le chef de la diplomatie iranienne violemment chahuté par les députés

Lors d’une session parlementaire tenue hier, Mohammad Javad Zarif a du faire face à des critiques acerbes.

Le chef de la diplomatie iranienne violemment chahuté par les députés

Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif. Photo AFP

Les temps sont durs pour le gouvernement iranien. Pour son premier discours, tenu hier devant le Parlement depuis l’élection législative de février dernier qui avait couronné la victoire des conservateurs dans un contexte d’abstention massive, le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a eu affaire à une Assemblée on ne peut plus hostile, chahuté de toutes parts alors qu’il tentait de défendre les politiques extérieure et économique du gouvernement conduit par le président « modéré » Hassan Rohani. « Ce n’est pas nouveau d’avoir des débats houleux très controversés au Parlement entre les députés et les représentants du gouvernement. Cela s’est produit plusieurs fois par le passé avec cette administration, mais aussi avec celle de Mahmoud Ahmadinejad », note Adnane Tabatabaï, directeur du centre de réflexion allemand Carpo.

Tandis que le chef de la diplomatie iranienne accusait les États-Unis de ne pas manquer une occasion pour isoler un peu plus Téhéran sur la scène internationale, les députés ont multiplié critiques et quolibets à l’encontre de Mohammad Zarif, allant jusqu’à le traiter de « menteur ». Face au Parlement, M. Zarif n’a eu d’autre choix que de recourir à sa proximité avec le guide suprême de la révolution iranienne, Ali Khamenei, et de faire état des relations qu’il entretenait avec l’ancien commandant en chef des gardiens de la révolution iranienne, Kassem Soleimani.

« Nous utilisons toutes nos ressources pour aider les gens à vivre et nous utilisons toutes nos capacités pour aider la puissance nationale de l’Iran. Dites ce que vous voulez dire, mais le martyr Soleimani et moi, nous nous rencontrions chaque semaine... » a déclaré M. Zarif dans des propos rapportés par l’agence de presse kurde irakienne, Rudaw, avant d’ajouter : « Ceux qui ont connu le martyr Soleimani... ceux qui sont affiliés à sayyed (Hassan) Nasrallah, ceux qui sont affiliés aux résistances irakienne, libanaise et palestinienne, ce sont eux qui savent, pas vous. »

Dans le collimateur des députés, la politique américaine de pression maximale sur Téhéran – symbole de l’échec de l’administration Rohani qui avait suscité beaucoup d’espoir auprès des Iraniens dans la foulée de la signature de l’accord sur le nucléaire en juillet 2015 – et son impact sur l’économie du pays.

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« Lors des dernières élections législatives, auxquelles la plupart des Iraniens n’ont pas participé, les radicaux ont pris le contrôle du Parlement. En substance, les opposants à l’accord sur le nucléaire servent actuellement de législateurs. Il est naturel qu’ils attaquent Zarif et son agenda », résume Sina Azodi, chercheur non résident à l’Atlantic Council. « Il faut garder à l’esprit que dans les cercles durs du régime, Mohammad Zarif est largement accusé de s’être vendu à l’Occident. Ils ont même un surnom pour lui, “Javad-Amrikayi”, ce qui littéralement signifie Javad l’Américain, en référence aux décennies qu’il a passées aux États-Unis. » « M. Zarif, comment se fait-il que vous souriiez lorsque vous négociez avec les 5 +1 (Conseil de sécurité des Nations unies, NDLR), mais veniez en colère au Parlement ? » a lancé au ministre des Affaires étrangères le député Ali Reza Salimi.

L’application progressive des nouvelles sanctions américaines depuis novembre 2018 a étranglé l’économie iranienne qui désormais peine à vendre du pétrole, sa principale source de revenu. La crise sanitaire liée au coronavirus n’a fait qu’aggraver la situation. Le Fonds monétaire international estime le taux d’inflation à 34,2 % et la croissance du PIB à -6 %. Hier, la valeur de la devise iranienne a encore chuté, avec un dollar à 220 000 rials. Cette dévaluation s’est accélérée dans le sillage de la résolution de l’Agence internationale de l’énergie atomique le 19 juin dernier, qui accuse l’Iran de ne pas se soumettre à l’inspection de deux sites soupçonnés d’avoir été le lieu d’activités nucléaires non déclarées.

Si l’ultime décideur de la politique étrangère iranienne est le guide suprême, les tensions actuelles sur la scène interne pourraient isoler Téhéran un peu plus. « Je ne serais pas surpris que le Parlement prenne des mesures pour donner au gouvernement un mandat afin qu’il réduise la coopération avec l’AIEA, ce qui compliquerait encore la situation », commente Sina Azodi. « De manière plus générale, avec la prochaine élection présidentielle de 2021, je pense que la politique étrangère de l’Iran adoptera une approche conflictuelle. Cela ne fera que paralyser encore plus la politique extérieure de Rohani », poursuit-il.

« Le Parlement iranien n’est pas un organe décisionnel en matière de politique étrangère, mais c’est un forum de débat public. Les séances plénières du “Majlis” sont retransmises en direct, il y a donc un impact sur le discours public dans son ensemble. Mais cela ne façonnera pas les décisions prises par la République islamique en matière d’affaires extérieures », rappelle pour sa part Adnane Talabataï.


Les temps sont durs pour le gouvernement iranien. Pour son premier discours, tenu hier devant le Parlement depuis l’élection législative de février dernier qui avait couronné la victoire des conservateurs dans un contexte d’abstention massive, le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a eu affaire à une Assemblée on ne peut plus hostile, chahuté de toutes parts...

commentaires (1)

Vraiment du pur theatre ...a t on entendu un jour des debats au parlement iranien criticant le guide supreme ?

HABIBI FRANCAIS

06 h 22, le 06 juillet 2020

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Commentaires (1)

  • Vraiment du pur theatre ...a t on entendu un jour des debats au parlement iranien criticant le guide supreme ?

    HABIBI FRANCAIS

    06 h 22, le 06 juillet 2020