"Non à la répression policière. Libérez Kinda el-Khatib", peut-on lire sur cette affiche publiée par des militants de la société civile.
Le commissaire adjoint par intérim du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Fadi Akiki, a engagé lundi des poursuites contre la militante Kinda el-Khatib, sous les chefs d'inculpation d'"intelligence avec l’ennemi, entrée sur les territoires palestiniens occupés et collaboration avec des espions israéliens ou d'agents au service de l’État hébreu", selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).
Détenue depuis jeudi, Kinda el-Khatib, militante du Akkar (Liban-Nord) de 23 ans, active sur les réseaux sociaux et connue pour ses prises de position hostiles au Hezbollah et au président de la République Michel Aoun, a été déférée par le juge Akiki devant le premier juge d’instruction militaire par intérim, Fady Sawan, afin qu'elle soit interrogée et qu'un mandat d'arrêt soit émis à son encontre.
Dans la matinée, des activistes et des membres de la famille de la jeune femme, ont tenu un sit-in devant le siège du tribunal militaire à Beyrouth, afin de protester contre sa détention par la Sûreté générale. Présente durant le sit-in, Jocelyne el-Raï, l'avocate de Kinda el-Khatib, a déploré au micro de la chaîne LBCI les fuites dans cette enquête, qui devrait rester "secrète", affirmant ne pas pouvoir dire si sa cliente avait fait des aveux, tout en mettant en garde contre les "circonstances" dans lesquelles de tels aveux auraient pu être obtenus, en évoquant ainsi d'éventuelles pressions contre sa cliente.
Des routes coupées
Interrogés plus tôt par des journalistes de la LBCI, des participants au sit-in ont pointé l'absence de preuves étayant les accusations contre Kinda el-Khatib, et exprimé leur crainte que le dossier ne soit fabriqué de toutes pièces, évoquant notamment l'exemple de Ziad Itani, un cinéaste arrêté en 2017 et accusé à tort d’avoir collaboré avec Israël. Détenu plusieurs mois, il avait été finalement innocenté et relâché en mars 2018. L'ancienne directrice du bureau de lutte contre la cybercriminalité au sein des Forces de sécurité intérieure, Suzanne el-Hajj, avait alors été inculpée pour son rôle présumé dans la falsification d'accusations à l'encontre de l'acteur.
Sur les réseaux sociaux, Kinda el-Khatib a été victime de campagnes menées par des internautes partisans du Hezbollah qui ont inondé Twitter de publications et de photos la qualifiant d’agent à la solde de l’État hébreu.
Des activistes anti-pouvoir sont régulièrement détenus et interrogés par les autorités, dans un climat de répression des libertés de plus en plus pesant au Liban, alors que le pays ne cesse de s'enfoncer dans une crise économique et financière, la pire depuis trente ans. Dans ce contexte, parallèlement au sit-in des proches de Kinda el-Khatib, plusieurs routes ont été coupées en journée, en guise de protestation contre l'arrestation d'autres militants ces derniers jours. A Zahlé, dans la Békaa, des protestataires ont ainsi bloqué la route de Saadnayel-Taalbaya dans les deux sens à l'aide de bennes à ordures. Dans le Nord, à Minié, d'autres manifestants ont bloqué l'autoroute Minié-Abboudiyé au niveau du siège du Conseil municipal de la ville, en guise de protestation contre l'arrestation du militant Mounir Chaker qui serait membre d'un collectif d'activistes de Minié. Ces blocages ont provoqué des embouteillages dans le secteur.



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Parce qu'elle est hostile au Hezbollah et au président Michel Aoun, Kinda el-Khatib est accusée d'intelligence avec l'ennemi. Pas moins. "Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage. " (Molière).
19 h 58, le 22 juin 2020