Barrage de Bisri

Le niet de la société civile au dialogue avec l’État

Plusieurs grands rassemblements civils, ONG et experts indépendants ont refusé de s’inscrire à une réunion à laquelle a invité le ministre de l’Énergie.

Le niet de la société civile au dialogue avec l’État

La vallée de Bisri, que les autorités veulent noyer sous un barrage. Photo d’archives AFP/Joseph Eid

L’invitation au dialogue lancée récemment par le ministère de l’Énergie autour du projet de barrage à Bisri, en coopération avec les ministères de l’Information et de l’Environnement, s’est heurtée au rejet des principaux groupes de la société civile qui militent pour la préservation de cette vallée.

Deux grands rassemblements civils, l’Alliance civile pour l’environnement (CEA) et le Mouvement écologique libanais (LEM), ont publié des communiqués annonçant leur refus de participer à ce dialogue, annoncé par le ministère comme regroupant « des spécialistes locaux et étrangers », alors que le délai pour l’inscription des demandes de participation expirait mercredi. Le Comité de coordination des habitants des villages de la vallée de Bisri a lui aussi publié un communiqué dans ce sens. À cela, il faut ajouter la prise de position de l’Association de protection du patrimoine libanais (APPL), partie prenante de la campagne contre le projet depuis le début, ainsi que de plusieurs experts indépendants et partis politiques, notamment le Parti socialiste progressiste, qui ne cache pas son opposition au barrage. Une réunion devait avoir lieu hier dans la bibliothèque de Baakline, dans le Chouf, à l’invitation des municipalités, mais elle a été reportée en raison de l’instabilité sécuritaire.

Le barrage, qui devrait être érigé dans une belle vallée verte entre les cazas de Jezzine et du Chouf, est conçu pour alimenter Beyrouth, dans le cadre d’un grand projet hydraulique prévu à cet effet. L’ouvrage lui-même est financé en grande partie par un prêt de la Banque mondiale : selon certains activistes interrogés, c’est cette institution internationale qui a exigé des ministères un dialogue avec la société civile, ajoutant que c’est ce mois-ci que le sort du barrage devrait être tranché.

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Les griefs de la société civile contre ce projet, exécuté par le Conseil du développement et de la reconstruction, sont nombreux : outre la beauté naturelle, la biodiversité et le patrimoine très riche qui risquent de disparaître si le site est noyé, les activistes et spécialistes indépendants font valoir que la vallée est traversée par une faille majeure du pays, et que la nature du terrain, riche par ailleurs d’eau souterraine, n’est pas propice au stockage d’eau. Ils soulignent également que l’une des sources prévues pour ce grand projet hydraulique (qui comprend plus d’une infrastructure) est le lac du Qaraoun, dont l’eau est irréversiblement polluée. Enfin, ils insistent sur le fait que les alternatives existent, qu’elles sont plus simples à mettre en œuvre et moins coûteuses, soupçonnant les autorités de « marchés douteux ». De nombreux sit-in ont déjà eu lieu, dont un, permanent, en marge du mouvement de contestation d’octobre, et les habitants de la vallée y participent activement.

Les activistes « face à un choix impossible »

De son côté, la CEA, qui compte des dizaines de militants, de spécialistes et d’ONG, estime que « si le gouvernement était sérieux dans sa volonté de dialogue, il aurait respecté les règles et convié les spécialistes dès la conception du projet et non en prévision de sa phase exécutive ». « Si le gouvernement avait voulu un dialogue scientifique et utile, il aurait dû adopter un comportement équitable et responsable en gelant le projet jusqu’à ce que le dialogue ait donné des résultats, poursuit le texte, publié le 10 juin. D’un autre côté, comment est-ce que le ministère principalement concerné se permet-il de lancer des invitations aléatoires pour le dialogue, en mettant les activistes face à un choix impossible : celui de ne pas assister au débat et d’en assumer les conséquences, ou celui de faire acte de présence en accordant au cabinet la couverture dont il a besoin, sans nécessairement être entendus. » Sur un plan plus général, le rassemblement estime que les échecs constatés dans d’autres projets du même type devraient faire l’objet de reddition de comptes et de poursuites, avant qu’un nouveau barrage ne soit entamé.

« Le seul dialogue acceptable ? Renoncer au projet »

Le communiqué publié le 10 juin par le Comité de coordination des habitants des villages de Bisri fait écho à celui de la CEA. « Cette invitation au dialogue lancée par le ministère de l’Énergie n’a pas d’intérêt, étant fondée sur les mêmes arguments non scientifiques qui visent à justifier la poursuite du projet et à couvrir la position du gouvernement, lit-on dans ce texte. Les responsables ne cherchent qu’à faire croire à l’opinion publique qu’ils ont mené le dialogue attendu d’eux. »

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Et de poursuivre : « Cela fait cinq ans que nous dialoguons avec vous, que ce soit par le biais d’un recours auprès du Conseil d’État, des rencontres avec la Banque mondiale ou un débat au sein du Parlement, et nous n’avons remarqué aucune intention d’abandonner ce projet voué à l’échec. Nous n’avons perçu chez vous aucune aptitude à considérer avec intérêt les multiples études que nous vous avons présentées. »

« Le seul dialogue acceptable à nos yeux passe par un renoncement pur et simple à ce projet, surtout après les décisions prises par plusieurs municipalités essentielles de la vallée en signe de refus du barrage, poursuit le texte. Quant à vous, il vous faudra respecter la volonté des municipalités et considérer les alternatives existantes, notamment l’exploitation des eaux souterraines de la région. »

« Comment engager un dialogue quand les études ne sont pas respectées ? »

Enfin, dans un communiqué publié le 4 juin dernier, le LEM, qui compte des dizaines d’ONG dans ses rangs, a également annoncé sa non-participation au dialogue avec le gouvernement. Le rassemblement se demande ce qui justifie un dialogue qui suit, et non précède, une décision prise par le gouvernement de poursuivre ce projet de barrage (datant du 2 avril dernier).

« Comment le LEM peut-il engager un dialogue avec un ministère qui, depuis 2014, exécute une stratégie de gestion des ressources hydrauliques avant l’achèvement de l’étude d’impact stratégique, dont les conclusions sont allées à l’encontre de cette politique de construction des barrages ? Il aurait fallu y mettre un terme et demander des comptes pour les erreurs déjà commises », selon le texte.

Le LEM rappelle que l’étude d’impact environnemental relative au projet de Bisri a dépassé le délai légal, estimant que l’abattage d’arbres et les travaux d’excavation qui ont eu lieu sur le site (en fin d’été dernier) doivent par conséquent être considérés comme illégaux.


L’invitation au dialogue lancée récemment par le ministère de l’Énergie autour du projet de barrage à Bisri, en coopération avec les ministères de l’Information et de l’Environnement, s’est heurtée au rejet des principaux groupes de la société civile qui militent pour la préservation de cette vallée.

Deux grands rassemblements civils, l’Alliance civile pour...

commentaires (3)

Coup fourré... ! Résultat de vils calculs clientélistes, assortis de pillage au grand jour des ressources de l’Etat..! Un Crime de plus sans appel.

LeRougeEtLeNoir

11 h 58, le 13 juin 2020

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Commentaires (3)

  • Coup fourré... ! Résultat de vils calculs clientélistes, assortis de pillage au grand jour des ressources de l’Etat..! Un Crime de plus sans appel.

    LeRougeEtLeNoir

    11 h 58, le 13 juin 2020

  • Bisri, Selaata, barges turques, mazout frelaté, même combat, mêmes magouilles, mêmes bénéficiaires.

    Yves Prevost

    07 h 03, le 13 juin 2020

  • EN FIN DE COMPTE IL FAUT SE SOUMETTRE A LA VOLONTE DU PEUPLE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    06 h 54, le 13 juin 2020