Rechercher
Rechercher

Économie - Devise

Le taux livre/dollar s’affole sur le marché noir

La BDL a annoncé le lancement, d’ici à fin juin, d’une application pour fixer et diffuser le taux de change.


Le taux livre/dollar s’affole sur le marché noir

L’écart croissant entre le taux fixé par le syndicat et celui du marché noir a poussé la BDL à réagir. Photo P.H.B.

Le taux livre/dollar a encore grimpé hier chez les agents de change du marché noir malgré le rappel à l’ordre publié mardi par la Banque du Liban (BDL), en plein contexte de crise économique et de dépréciation de la monnaie nationale par rapport au billet vert.

Redevenu actif cette semaine, le site lebaneselira.org indiquait que les acteurs illégaux achetaient des dollars à 4 400 livres en moyenne pour les revendre à 4 600 livres. Des niveaux supérieurs d’au moins 100 livres à ceux affichés la veille et qui ont été confirmés par les sources habituellement contactées par L’Orient-Le Jour. Les propriétaires de la plate-forme avaient arrêté de l’actualiser après qu’un décret du ministère des Télécoms publié le 3 avril a ordonné le blocage d’une trentaine d’applications de ce type.

Lire aussi

Retour de l’anarchie sur le marché des changes

Le taux fixé quotidiennement par les agents agréés depuis une semaine a, lui, encore oscillé hier entre 3 890 livres à l’achat et 3 940 livres à la vente, un niveau inchangé depuis mardi. Le problème tient, là, dans l’offre de dollars. « La BDL fournit des dollars au compte-gouttes, et les changeurs ne veulent pas entamer leurs stocks parce qu’ils pensent que le taux va continuer de grimper. Tout cela fait que l’offre de devises sur le marché légal est quasiment nulle par rapport à une demande qui ne faiblit pas. Les acheteurs de devises dans le besoin se retrouvent donc à la merci des agents du marché noir ou des particuliers qui en profitent », explique une source proche de la filière.

La parité officielle de 1 507,5 livres ne s’applique plus que pour un nombre limité de transactions, tandis que d’autres taux sont imposés pour certaines catégories spécifiques d’opérations.

Importantes disparités

La moyenne affichée pour les taux du marché noir cache pour sa part d’importantes disparités. Selon lebaneselira.org, entre 4 200 et plus de 4 900 livres le dollar à l’achat contre 4 300 livres à plus de 5 000 à la vente. Sur les réseaux sociaux ou sur les groupes de messagerie instantanés, certains usagers ont rapporté que les taux avaient atteint la barre des 5 500, voire des 5 700 livres, sans toutefois fournir d’éléments permettant de le confirmer formellement. « Il s’agit de transactions de particulier à particulier », précise la source.

Lire aussi

Taux de change : la BDL rappelle les agents de change à l’ordre

Une autre établit un lien entre la pression sur la demande de dollars au Liban et l’effondrement du taux de la livre syrienne par rapport au billet vert ces derniers jours – une relation de cause à effet également soulignée par certains sites d’informations, mais que L’Orient-Le Jour n’a pas pu formellement confirmer. Entre samedi et lundi, le dollar a bondi de 2 300 à plus de 3 000 livres, soit plus de quatre fois le taux officiel, fixé en mars par la Banque centrale à 700 livres pour un billet vert. Avant la guerre, un dollar valait 47 livres. La dépréciation de la livre syrienne est liée à la précarité de la situation économique dans ce pays en conflit depuis 2011 et lourdement sanctionné notamment par l’administration américaine ou encore l’Union européenne. Une situation qui ne devrait pas s’arranger avec l’entrée en vigueur, à la mi-juin, du Caesar Act (Caesar Syria Civilian Protection Act) qui vise à sanctionner tout gouvernement, toute entité ou toute personne qui aide le régime syrien.

Le dérèglement brutal du marché des changes au Liban hier s’inscrit, lui, dans une tendance qui a commencé à se manifester en fin de semaine dernière, soit quelques jours seulement après la réouverture des agents agréés qui avaient fait grève pendant plus d’un mois. Un mouvement initialement lancé le 23 avril dernier pour protester contre l’inertie des autorités face aux agents illégaux, puis qui s’est mué en mouvement de protestation contre l’arrestation de plusieurs dizaines de changeurs accusés de ne pas avoir respecté le plafond de 3 200 livres fixé le 28 avril par la BDL pour la filière (circulaire n° 553). Un cadre de la BDL et un banquier avaient également été arrêtés et entendus avant d’être relâchés.

Au moment d’appeler les agents de change à rouvrir le 3 juin, leur syndicat avait indiqué qu’il allait publier chaque matin un taux livre/dollar uniformisé, d’abord calqué sur celui du marché noir, mais devant à court terme baisser jusqu’à s’aligner sur le plafond de la BDL. L’organisation avait également appelé les agents à mettre en place des mesures pour tracer les transactions en dollar sur le marché en demandant par exemple des justificatifs aux clients – particuliers comme entreprises. Ces règles n’ont été respectées que pendant près de 48 heures avant que le taux du marché noir ne se mette à dériver à partir de vendredi dernier.

« Sayrafa », une application de la BDL

L’écart croissant entre le taux fixé par le syndicat et celui du marché noir – suivi par certains agents agréés selon nos sources – a poussé la BDL à réagir. Dans un communiqué publié tard mardi soir, la BDL a menacé de retirer la licence des changeurs agréés qui ne respecteraient pas les directives imposées et a assuré que les changeurs illégaux seraient poursuivis en justice. La BDL a enfin indiqué aux agents de catégorie A (ceux qui peuvent importer et exporter des devises) qu’ils devaient lui adresser leurs demandes d’achats de dollars en appliquant les taux fixés par leur syndicat, en justifiant leur demande et en « précisant les noms des bénéficiaires ».

Cette volonté de réglementer et de renforcer la traçabilité des transactions en devises hors du secteur bancaire semble également être un des objectifs poursuivis par la circulaire n° 5 de la BDL publiée hier. Le texte annonce que, d’ici au 23 juin, la BDL va fournir à chaque bureau de change une tablette sur laquelle sera installée l’application « Sayrafa » à travers laquelle sera diffusé et mis quotidiennement à jour le taux de la livre par rapport au dollar (et aux autres devises). Le taux sera fixé tous les matins à 9h en fonction de l’activité la veille – le texte ne dit pas par qui, mais il semble que la BDL et les agents de change seront mis à contribution – et pourra évoluer en cours de journée en fonction du volume des transactions réalisées, qui seront systématiquement enregistrées sur l’application.

Lire dans Le Commerce du Levant

Jusqu’où peut aller la livre libanaise ?

La circulaire précise en outre les modalités d’enregistrement des agents de change à ce nouveau réseau visant apparemment à étendre le contrôle des capitaux en dehors du secteur bancaire. Elle liste les documents qui devront être demandés à tout client en vue d’enregistrer les transactions – copie de pièce d’identité pour les particuliers ou relevé d’immatriculation de l’entreprise, numéros de téléphone, date, montant et motif de la transaction, etc. Elle précise enfin les sanctions prévues en cas de manquement – et qui sont principalement dictées par le code de la monnaie et du crédit. « Ces mesures ne permettront pas à la BDL de contrôler le marché noir, qui sera d’autant plus sollicité par les clients qui ne veulent pas que leurs transactions soient tracées », juge la source précitée. Elle rappelle enfin qu’il est difficile d’imaginer que la situation se stabilise avant que les négociations avec le Fonds monétaire international, à qui le Liban a demandé une assistance financière, n’aboutissent à un résultat concret.


Le taux livre/dollar a encore grimpé hier chez les agents de change du marché noir malgré le rappel à l’ordre publié mardi par la Banque du Liban (BDL), en plein contexte de crise économique et de dépréciation de la monnaie nationale par rapport au billet vert.Redevenu actif cette semaine, le site lebaneselira.org indiquait que les acteurs illégaux achetaient des dollars à 4 400...

commentaires (10)

Qu’en a fait les usurpateurs du pouvoir depuis le début de la guerre en Syrie pour protéger nos réserves en dollars et empêcher par le soin de nos voisins toutes fuites des dollars à l’étranger en échange de la livre syrienne ??? Si 10000 personnes font un transfert de 10000 $ seulement, on est déjà à 100 M$ Sûrement la BDL a donné l’alerte ... Pourquoi ce silence ? Car l’important c’est le gâteau de la trahison. enjoy while you can !

Alors...

22 h 30, le 11 juin 2020

Tous les commentaires

Commentaires (10)

  • Qu’en a fait les usurpateurs du pouvoir depuis le début de la guerre en Syrie pour protéger nos réserves en dollars et empêcher par le soin de nos voisins toutes fuites des dollars à l’étranger en échange de la livre syrienne ??? Si 10000 personnes font un transfert de 10000 $ seulement, on est déjà à 100 M$ Sûrement la BDL a donné l’alerte ... Pourquoi ce silence ? Car l’important c’est le gâteau de la trahison. enjoy while you can !

    Alors...

    22 h 30, le 11 juin 2020

  • ALLEZ ALLEZ: INTERDICTION DU BUSINESS DE CAMBISTES. LIMITER CE COMMERCE AUX BANQUES. TIENS TIENS ... QUE DIS-JE LA ?

    gaby sioufi

    17 h 48, le 11 juin 2020

  • OLJ, cessez d'ecrire " LE MARCHE NOIR ". c'en devient plus que ridicule

    gaby sioufi

    17 h 45, le 11 juin 2020

  • La politique de la BDL application pour fixer et diffuser le taux de change encourage de plus le marché noir dans un pays où l’on veut changer son économie libre pour devenir dirigée à l’ancienne mode communiste

    Antoine Sabbagha

    13 h 11, le 11 juin 2020

  • La BDL fournit au compte goutte. Encore une fois pourquoi pas aux clients détenteurs des comptes en $? Car ces clients iraient les revendre et ne partageraient pas le gâteau avec la BDL... triste. Injuste. Du grand nimporte quoi. Avec au milieu un peuple qui s'enfonce dans la misère. Dont les comptes sont pris en otage.

    Sybille S. Hneine

    08 h 58, le 11 juin 2020

  • Ah ben heureusement que ça devait descendre petit à petit dans les prochains jours... et se rapprocher des 3200 LL. Une réussite!!!!!! Ceux qui cumulé les $ ne les vendent qu'à peine. Pénurie...

    Sybille S. Hneine

    08 h 55, le 11 juin 2020

  • "... La parité officielle de 1 507,5 livres ne s’applique plus que pour un nombre limité de transactions, tandis que d’autres taux sont imposés pour certaines catégories spécifiques d’opérations. ..." | La parité officielle s'applique dans un seul sens, sur le taux de conversion en LBP des avoirs en USD des déposants. Un haircut de facto de 66% qui ne dit pas son nom. Et les autorités laissent faire... Vous voulez quoi au juste? Qu'on s'en occupe nous-même? Où est la justice? Il y a des lois ou pas? Un système judiciaire ou pas?

    Gros Gnon

    02 h 27, le 11 juin 2020

  • ce n est que le debut pour l instant la livre tient bon .les hommes politiques ont pour l instant autre chose à faire( partager le pouvoir et se servir) pauvre liban

    youssef barada

    01 h 01, le 11 juin 2020

  • SI CA CONTINUE ON ENTENDRA DU DIX MILLE DANS QUELQUES MOIS.

    LA LIBRE EXPRESSION DEFIE LA CENSURE

    00 h 24, le 11 juin 2020

  • Est-ce qu'on peut vendre l'or au prix qu'on veut en livres ou c'est interdit? Et l'argent? Et les voitures? Et tout ce qu'il faut payer en devises? Alors pourquoi ils gesticulent avec l'argent du contribuable à développer des "apps" carrément policières pour faire semblant de vouloir vraiment contrôler le prix auquel un propriétaire de dollars a le droit de les vendre? Ce faisant ils poussent le dollar dans un énième marché parallèle, le rendant ainsi plus rare et moins liquide et ils en augmentent donc le prix ainsi que la fourchette entre prix d'achat et prix de vente, rendant l'approvisionnement des commerces trop hasardeux pour les importateurs qui ne peuvent plus savoir à quel saint se vouer. Tellement à côté de la plaque que les mots me manquent.

    M.E

    00 h 22, le 11 juin 2020

Retour en haut