Enseignement privé

Écoles semi-gratuites en danger, 120 000 emplois menacés

« Il est de notre devoir national de sauvegarder le secteur de l’enseignement privé, qui a précédé la proclamation du Grand Liban et a participé à notre renaissance 150 ans durant », martèle le député Traboulsi.

Les évêques de Zahlé tenant conseil pour tenter de sauver l’école Sainte-Lourdes de la fermeture. Photo ANI

Comment prévenir l’effondrement de l’école privée et la disparition de quelque 120 000 emplois ? La question taraude en ce moment les responsables de tous bords. Les évêques de Zahlé ont tenu conseil hier au siège de l’évêché maronite de Zahlé, pour délibérer du sort de l’école semi-gratuite Sainte-Lourdes, à Barbara (Zahlé), en présence de représentants du corps enseignant. L’école fait partie des établissements dont la fermeture a été considérée comme inéluctable, voici quelques jours, par le secrétaire général des écoles catholiques, le P. Boutros Azar. Dans un communiqué, les responsables réunis ont affirmé « qu’un début de règlement de la crise financière des écoles semi-gratuites pourrait résider dans le règlement, par l’État, de sa quote-part dans le financement des scolarités des élèves ». Dans le cas précis de Sainte-Lourdes, une école centenaire et qui scolarise quelque 300 enfants de la région, le retard de paiement remonte à six ans. Mais qui, à l’exception d’une infime poignée de députés, s’emploie à tenter de résoudre le problème ?

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Selon des sources bien informées, deux autres établissements semi-gratuits historiques sont en instance de fermeture, à Beyrouth cette fois : l’école al-Inaya et l’école du Saint-Sauveur, toutes deux relevant de l’archevêché grec-catholique de Beyrouth. Pour la source citée, ces fermetures sont les prémisses de l’effondrement annoncé, une déroute directement provoquée par une augmentation inconsidérée des salaires des enseignants, qui a coïncidé avec une dégringolade de la monnaie nationale et une banqueroute des établissements de crédit. Dans les milieux académiques catholiques, on souligne que la totalité des écoles semi-gratuites sont désormais en danger, et que si elles venaient à fermer, ce sont pas moins de 120 000 le nombre d’emplois qui seraient appelés à disparaître.

Traboulsi et Baroud au secours de l’école privée

Pour sauver l’école privée, le député Edgar Traboulsi (CPL) a demandé il y a quelques jours au gouvernement de solliciter des bailleurs de fonds internationaux, afin qu’un soutien soit apporté au secteur scolaire privé au même titre que les autres secteurs productifs affectés par la pandémie de Covid-19.

« L’éducation est un secteur économique qui contribue directement à la formation de l’élément humain considéré comme l’un des piliers du relèvement attendu », affirme le député dans sa requête, tout en jugeant « tout à fait regrettable » cette lacune dans le plan de réforme économique présenté par le gouvernement. « Il est de notre devoir national de sauvegarder le secteur de l’enseignement privé, qui a précédé la proclamation du Grand Liban et a participé à notre renaissance 150 ans durant », a souligné le député.

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M. Traboulsi propose notamment que l’État s’acquitte sans tarder des impayés qu’il doit à toutes les écoles semi-gratuites, et a lancé l’idée d’une participation de l’État au financement de la scolarité de tout élève libanais du secteur privé, à hauteur du tiers du coût de la scolarisation d’un élève de l’Éducation nationale dans le public. L’idée, confie le député à L’OLJ, s’inspire de la démarche de l’un des pionniers de l’Éducation nationale, feu l’ancien ministre Louis Abou Charaf qui, alors qu’il présidait la commission de l’Éducation, avait préconisé la participation de l’État au financement de l’école privée.

Par ailleurs, le député Traboulsi a proposé, avec son collègue Assaad Dergham, rapporteur de la commission de l’Éducation, l’instauration d’une « carte pédagogique » qui permettrait de retracer la carrière scolaire et universitaire de tout Libanais, à l’instar de ce qui se fait dans les pays développés. Ces propositions seront débattues jeudi en commission, a promis le parlementaire.

L’État, seule instance de recours possible

Pour sa part, l’ancien ministre de l’Intérieur Ziyad Baroud propose, en sa qualité d’avocat du syndicat des enseignants, que le règlement de la crise scolaire soit l’objet d’une approche holistique et non sectorielle, et prévoit une réglementation des rapports entre tous les acteurs de ce secteur, écoles, enseignants, parents et État. M. Baroud propose qu’une « loi d’exception soit élaborée pour la situation exceptionnelle » que traverse le secteur, comprenant l’exemption des écoles et des enseignants de leurs taxes et impôts, ainsi qu’une participation de l’État à hauteur de 65 % aux frais de scolarité dans les écoles privées. Tout en soulignant que le contrat de travail engage l’école et l’enseignant, indépendamment des parents, M. Baroud constate en effet que « la crise est trop profonde, et que seule une intervention de l’État est susceptible de la régler ».



Comment prévenir l’effondrement de l’école privée et la disparition de quelque 120 000 emplois ? La question taraude en ce moment les responsables de tous bords. Les évêques de Zahlé ont tenu conseil hier au siège de l’évêché maronite de Zahlé, pour délibérer du sort de l’école semi-gratuite Sainte-Lourdes, à Barbara (Zahlé), en présence de représentants du...

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Quel est le coût de scolarisation d'un élève dans l'enseignement public? De mémoire, j'avais entendu le chiffre de 6 Millions de LL par élève et par an. C'est exorbitant et comparable aux écoles les plus chères, pour un résultat final qui laisse à désirer.

Tanios Kahi

19 h 15, le 02 juin 2020

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Commentaires (1)

  • Quel est le coût de scolarisation d'un élève dans l'enseignement public? De mémoire, j'avais entendu le chiffre de 6 Millions de LL par élève et par an. C'est exorbitant et comparable aux écoles les plus chères, pour un résultat final qui laisse à désirer.

    Tanios Kahi

    19 h 15, le 02 juin 2020