Devise

Quel sera le taux pratiqué à la réouverture des bureaux de change ?

Les changeurs envisageraient de s’aligner sur le taux du marché noir pour progressivement redescendre vers le seuil fixé par la Banque du Liban.

Un bureau de change fermé dans le quartier de Jdeidé. Photo M.A.

Les bureaux de change devraient rouvrir leurs portes demain après plus d’un mois d’une grève lancée par leur syndicat le 23 avril en plein contexte de crise économique et financière marqué par une forte dépréciation de la livre libanaise par rapport au dollar.

Un rendez-vous qui sera tenu, sauf rebondissement de dernière minute, a assuré à L’Orient-Le Jour une source proche de la filière qui est toutefois restée muette concernant le taux dollar/livre qui sera pratiqué et qui est guetté par l’écrasante majorité des acteurs du marché.

La parité officielle de 1 507,5 livres pour un dollar ne s’applique plus que pour un nombre limité de transactions. Selon la majorité des sources contactées par L’Orient-Le Jour, le taux du marché noir, que tout le monde suit depuis plusieurs mois, semblait être redescendu hier – à quelques exceptions près – à plus ou moins 4 100 livres pour un dollar, soit 150 à 200 livres de moins que celui pratiqué par certains revendeurs ce week-end. « Le marché était très calme hier. Beaucoup d’entrepreneurs et de particuliers actifs sur le marché ont choisi de reporter leurs opérations en attendant de voir dans quelles conditions les agents de change agréés vont rouvrir leurs portes », a indiqué une source proche de la filière à L’Orient-Le Jour. « S’agissant du taux, il y a beaucoup de spéculations, mais peu de certitudes », ajoute-t-elle.

Vague d’arrestations

« En principe, les changeurs devraient respecter l’accord qu’ils ont passé avec la Banque du Liban et qui a été consacré par la circulaire n° 553 du 28 avril dernier, laquelle leur interdit de vendre des dollars à plus de 3 200 livres », souligne le directeur du département de recherche de Byblos Bank, Nassib Ghobril. « Cela dit, il faut voir comment les choses vont effectivement se dérouler », poursuit-il. C’est d’ailleurs toujours à 3 200 livres pour un dollar que les sociétés de transfert d’argent sont contraintes par la BDL à convertir en livres les montants en devises transférés à leurs clients avant de les décaisser (circulaire n° 551 du 16 avril).

Une source proche des agents de change indique pour sa part que la filière prévoit dans un premier temps de s’aligner sur le taux du marché noir pour progressivement redescendre vers le plafond fixé par la BDL. « Nous nous organisons pour pouvoir y arriver en 15 jours », ajoute-t-il. Un scénario qui suppose que les autorités compétentes ont donné leur feu vert.

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La publication de la circulaire plafonnant le taux dollar/livre pour les agents de change a donné lieu à une importante vague d’arrestations, à l’initiative du procureur financier Ali Ibrahim, qui a notamment visé le président du syndicat de la filière Mahmoud Mrad, son vice-président Élias Srour ou encore le directeur des opérations monétaires de la Banque du Liban (BDL), Mazen Hamdane. Les trois hommes, accusés notamment d’avoir manipulé le taux de change, ont été libérés sous caution, et les suites données aux procédures activées par le parquet n’ont pas été publiquement exposées. Plusieurs dizaines de changeurs, agréés et illégaux, avaient également été arrêtés pour ne pas avoir respecté le plafond fixé par la BDL soit en s’alignant sur le taux du marché noir, soit en refusant de mettre leurs stocks de devises en vente.

9ème réunion avec le FMI

Si le syndicat des changeurs a toujours en apparence assuré de sa volonté de respecter les plafonds de la Banque centrale, les acteurs de la filière ont cependant jugé cet objectif irréaliste tant qu’il n’y avait pas assez de devises sur le marché pour satisfaire la demande dopée par les restrictions bancaires sur les transferts à l’étranger, les retraits de devises en espèces et les conversions en vigueur depuis des mois. Au moment de se mettre en grève, leur syndicat avait également dénoncé à plusieurs reprises l’inertie des autorités face aux agents illégaux avant la vague d’arrestations initiée par Ali Ibrahim et dont les effets sur l’évolution du taux du marché noir ne sont pour l’instant pas tangibles.

Nassib Ghobril conclut pour sa part qu’il est difficile d’imaginer que le taux dollar/livre puisse se stabiliser de façon durable si aucune mesure forte n’est prise pour relancer la confiance ébranlée des déposants et des investisseurs vis-à-vis du secteur financier du pays. Une crise de confiance dont il impute la plus grande part de responsabilité aux dirigeants libanais qui n’ont pas lancé les réformes attendues pour redresser l’économie libanaise et assainir ses finances publiques. Les négociateurs libanais poursuivent de leur côté leurs réunions avec les cadres du Fonds monétaire international en vue de décrocher l’aide financière qu’ils ont demandée début mai et qui doit leur permettre de remettre le pays sur les rails. La réunion d’hier, la 9e depuis le début officiel des pourparlers le 13 mai, a porté justement sur les réformes financières que le pays, en défaut de paiement sur sa dette publique, doit impérativement mettre en œuvre. Le prochain rendez-vous, toujours en visioconférence, Covid-19 oblige, est programmé pour demain selon le ministère des Finances.


Les bureaux de change devraient rouvrir leurs portes demain après plus d’un mois d’une grève lancée par leur syndicat le 23 avril en plein contexte de crise économique et financière marqué par une forte dépréciation de la livre libanaise par rapport au dollar.

Un rendez-vous qui sera tenu, sauf rebondissement de dernière minute, a assuré à L’Orient-Le Jour une source...

commentaires (3)

3200 LL... les banques elles-mêmes ne respectent pas ce taux. Hier je l'ai reçu à 3000 LL. Alors les changeurs "officiels"... j'ai de gros doutes avant même leur réouverture.

Sybille S. Hneine

08 h 33, le 02 juin 2020

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Commentaires (3)

  • 3200 LL... les banques elles-mêmes ne respectent pas ce taux. Hier je l'ai reçu à 3000 LL. Alors les changeurs "officiels"... j'ai de gros doutes avant même leur réouverture.

    Sybille S. Hneine

    08 h 33, le 02 juin 2020

  • RIEN NE CHANGERA. LES FAUTES COMMISES PAR LE GOUVERNEMENT QUI S,ATTAQUE AUX DEPOTS DES GENS ET LES RESTRICTIONS IMPOSEES AUX DEPOSANTS PAR LES PREDATEURS BANQUIERS ET LA BDL QUI COUPE LES DOLLARS DECIDERONT DU TAUX SUR LE MARCHE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 23, le 02 juin 2020

  • "... La parité officielle de 1 507,5 livres pour un dollar ne s’applique plus que pour un nombre limité de transactions. ..." | MAIS ARRÊTEZ AVEC CETTE AFFIRMATION BIDON!!! Le maintien du taux officiel de 1507.5 pour TOUTES les transactions bancaires, SAUF les retraits limités en cash en LL au taux de 3'000 (limites illégales et arbitraires imposées par les banques à la tête du client) SONT LE HAIRCUT QUI EST EN TRAIN D'AVOIR LIEU malgré toutes leurs bonnes paroles !!!!!!

    Gros Gnon

    01 h 52, le 02 juin 2020