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Neurologie

Les AVC chez les jeunes adultes, une autre conséquence de la Covid-19

Cette complication de la maladie a été observée chez des personnes qui n’ont pas de facteur de risque et âgées de moins de 50 ans.

Pascal Jabbour en salle d’opération. Photo DR

Les complications liées au nouveau coronavirus sont découvertes au fil de la progression de la pandémie. Alors que l’on pensait que la Covid-19 provoque uniquement des syndromes respiratoires, l’on observe aujourd’hui des complications inflammatoires, cardiovasculaires et neurologiques. Parmi ces dernières, l’accident vasculaire cérébral (AVC).

Normalement, celui-ci survient chez les personnes âgées de plus de 70 ans, présentant des facteurs de risque comme le tabagisme, l’obésité, l’hypercholestérolémie et l’hypertension artérielle. Mais, avec le début de la pandémie, les neurochirurgiens interventionnels ont eu la mauvaise surprise de constater que des jeunes adultes – de moins de 50 ans – sont victimes d’AVC. Ce qui est rare. Pire encore, le taux de mortalité parmi eux est extrêmement élevé, frôlant les 55 %. Et la moitié de ceux qui guérissent vivent avec des séquelles permanentes. Cette situation a vite alarmé les neurochirurgiens, dont Pascal Jabbour, chef du département de chirurgie neurovasculaire à l’hôpital universitaire Thomas Jefferson de Philadelphie. Après avoir été confronté à des cas de jeunes adultes contaminés et victimes d’AVC, il a soumis plusieurs articles sur le sujet pour qu’ils soient publiés dans des revues médicales. L’un d’eux sera publié dans la revue Neurosurgery. Le Dr Jabbour répond aux questions de L’Orient-Le Jour.

Comment et quand avez-vous réalisé le lien entre le coronavirus et les AVC?

Au cours des deux premières semaines qui ont suivi la déclaration faite par l’Organisation mondiale de la santé annonçant que la Covid-19 était devenue une pandémie, nous avons remarqué que de jeunes adultes étaient victimes d’AVC. Ils avaient moins de 50 ans et ne présentaient aucun facteur de risque. Lorsque nous leur avons effectué le test de la Covid-19, nous avons été surpris de constater que beaucoup d’entre eux étaient contaminés par le virus.

Du 20 mars au 10 avril, 35 % des victimes d’AVC étaient porteuses du virus et la moitié d’entre elles l’ignorait. Chez ces patients, l’AVC était donc le premier symptôme de la Covid-19. De plus, 40 % de ceux qui étaient contaminés par le virus avaient moins de 50 ans.

Sait-on comment la Covid-19 provoque des AVC ?

Il existe plusieurs théories. Selon une première théorie, la Covid-19 cause une réaction inflammatoire sévère dans le corps humain, entraînant une augmentation soudaine des cytokines, c’est-à-dire des protéines inflammatoires dans le sang. Ce qui stimule la coagulation sanguine et, par conséquent, la formation de caillots dans différentes parties de l’organisme dont le cerveau.

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D’après une autre théorie, le virus peut causer une vascularite qui est une inflammation des petits vaisseaux et des cellules présentes dans la partie intérieure des vaisseaux. Cette vascularite va provoquer une agrégation plaquettaire et des caillots vont alors se former.

Selon une troisième théorie, le SARS-CoV-2, virus responsable de la pandémie, utilise les récepteurs de l’ACE2 dont le rôle est de créer l’angiotensine. C’est une hormone responsable de l’autorégulation du flux sanguin vers le cerveau. Le virus va donc s’attacher à ces récepteurs, empêchant l’enzyme de conversion ACE2 de le faire. Cela va provoquer une perturbation du mécanisme de régulation du flux sanguin. Ainsi, soit le flux sanguin vers le cerveau est faible, ce qui entraîne un AVC, soit il est fort, provoquant une hémorragie cérébrale.

Ce lien entre la Covid-19 et les AVC vous inquiète-t-il ?

Oui, parce que l’AVC peut être le premier symptôme dont souffre une personne contaminée par le virus. De plus, beaucoup de ces patients tardent à se faire hospitaliser de peur d’être contaminés. Dans ce cas, nous ne pouvons plus intervenir. Il est important donc de reconnaître les symptômes de l’AVC et de ne pas tarder à chercher une aide médicale. Les principaux symptômes sont une sensation de faiblesse dans une moitié du corps, des troubles du langage et de la vision, une paralysie faciale, une céphalée intense et soudaine et un vertige intense et soudain.

Par ailleurs, je m’inquiète pour les personnes contaminées qui sont intubées et sous sédatifs. Dans leur cas, l’examen neurologique ne peut pas être effectué et ces patients risquent de développer un AVC silencieux.

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Au fil des jours, nous découvrons de nouvelles complications induites par la maladie. Nous ignorons beaucoup de choses encore. Nous avons, à titre d’exemple, reçu des patients avec une encéphalite (infection/inflammation du cerveau). Cela signifie que le virus peut atteindre le cerveau directement. Il entre dans le nez et attaque le nerf olfactif qui relie le nez au cerveau.

Quid du traitement ?

De plus en plus d’essais cliniques sont menés. À l’hôpital universitaire Thomas Jefferson, par exemple, nous avons divisé les patients hospitalisés et contaminés en deux groupes. Le premier reçoit des anticoagulants à fortes doses et le deuxième à faibles doses. Dans le cadre de cet essai toujours en cours, nous procéderons par la suite à une comparaison des deux groupes pour voir si les patients ont eu des AVC. Cela nous permettra de savoir si tous les patients admis en raison du coronavirus doivent être mis sous anticoagulants.

Quel est le taux de guérison chez ces patients ?

Le pronostic est mauvais. Le taux de mortalité chez les jeunes adultes, contaminés par le virus et qui ont eu un AVC, est de 55 %. Quant aux personnes guéries, la moitié d’entre elles développent des séquelles permanentes, comme une paralysie, un trouble du langage, des troubles cognitifs ou un coma. C’est un taux extrêmement élevé comparé à celui observé chez les patients atteints d’un AVC et ayant reçu un traitement endovasculaire pour aspirer le caillot. Dans ce cas, 5 à 10 % des patients gardent des séquelles permanentes.

Le taux de mortalité est élevé pour différentes raisons. Premièrement, de nombreux patients décèdent des complications liées au virus. Ensuite, chose assez inhabituelle, de nombreux patients (45 %) se sont présentés avec un blocage dans multiples artères du cerveau alors que normalement, 95 % des personnes victimes d’un AVC ont une seule artère bouchée. Les interventions pour aspirer ces caillots prenaient alors plus de temps et étaient plus compliquées que d’habitude. Beaucoup d’entre eux ont développé un AVC même après qu’on leur eut enlevé le caillot.


Les complications liées au nouveau coronavirus sont découvertes au fil de la progression de la pandémie. Alors que l’on pensait que la Covid-19 provoque uniquement des syndromes respiratoires, l’on observe aujourd’hui des complications inflammatoires, cardiovasculaires et neurologiques. Parmi ces dernières, l’accident vasculaire cérébral (AVC).

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