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Le confessionnalisme entre la forme et le fond

Alors que les cloches de la suppression du confessionnalisme retentissent à chaque chant opportun du coq, le respect des quotas de représentation est, à l’opposé, une cause qui mérite tout autant, sinon plus, d’être plaidée à défaut de consensus sur la question.

Les uns ont bien raison de réclamer leur quota. Les autres visent un idéal, oui ; mais un idéal sans doute assez éloigné des contours tracés naturellement par nos racines ancestrales, qui d’ailleurs ont elles-mêmes écrit notre histoire ; car nous devons bien reconnaître – avec un peu de pragmatisme, de modestie, d’acceptation du prochain et de réalisme dans la fixation de nos objectifs – que nous sommes constitués d’une diversité de familles et qu’il serait, pour le moins qu’on puisse dire, difficile de s’engager dans une dynamique ayant pour « mode d’emploi » la loi du nombre assortie du slogan de la modernité et du progrès, si à l’horizon d’une telle démarche certaines d’entre elles seraient écartées de toute responsabilité significative dans la gestion des affaires de l’État, ou n’en auraient qu’une part superficielle. D’où le principe sacro-saint de la participation ; une participation en effet authentique, mesurée et équilibrée, conjuguée toutefois à la compétition pour en optimiser le résultat.

Partant de là, toute faille qui, dans un sens ou dans l’autre, ne tiendrait pas compte des contraintes nées de la mosaïque si particulière au tissu social libanais, desservirait les intérêts du pays. Il faudra donc toujours doser la forme au service du fond tout en réalisant que dans ce genre d’équilibre, un vice de forme – par excès ou par défaut – sacrifierait le fond qui est l’esprit même du confessionnalisme et qui a pour unique but de permettre à des communautés différentes les unes des autres de cohabiter sans s’effacer réciproquement et tout en maintenant les valeurs qui les caractérisent. C’est bien la raison pour laquelle la participation est une condition préalable à la compétition. Autrement, on porterait atteinte à la convivialité interconfessionnelle qui est si propre à notre pays, au point de s’en être greffée avec le temps à son identité, malgré toutes les imperfections et tempêtes de l’histoire.

Le défi n’est donc pas tant de supprimer le confessionnalisme que d’empêcher les risques de dérapage, de dérive et de déviation par rapport au but escompté !

En y réfléchissant sous cet angle, on entrevoit plus clairement qu’en réalité, dans une société pluricommunautaire, c’est le non-respect de l’esprit du confessionnalisme qui est le grand responsable des difficultés qui surgissent au niveau de la gouvernance, alors qu’en apparence, le confessionnalisme en tant que tel semble en être lui-même le coupable.

Il serait donc fâcheux que la suppression du confessionnalisme soit paradoxalement le seul moyen de barrer la route aux facteurs qui empêchent d’en atteindre le but. Effectivement, là où les pères de l’indépendance ont semé (Béchara el-Khoury et Riad el-Solh) il n’y a pas de nœud gordien à trancher et il faudra impérativement trouver un autre moyen, comme le maintien si salutaire d’une juste mesure. Sans quoi, le Liban perdrait son label de « pays message » qui lui avait été admirablement décerné par saint Jean-Paul II à la suite de sa visite de mai 1997. Oui, quel dommage si le Liban cessait d’être porteur d’un aussi profond message. À Dieu ne plaise ! Rappelons-nous, à l’appui, ce fameux témoignage concordant de Lech Walesa, ancien président polonais et poids lourd des Nobels de la paix (1983), où il nous exprimait son souhait de s’inspirer du modèle libanais pour envisager de l’adapter aux besoins européens (rencontre islamo-chrétienne autour de Marie le 25 mars 2010, jour de l’Annonciation).

Christian JEANBART

Master en affaires internationales

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Alors que les cloches de la suppression du confessionnalisme retentissent à chaque chant opportun du coq, le respect des quotas de représentation est, à l’opposé, une cause qui mérite tout autant, sinon plus, d’être plaidée à défaut de consensus sur la question.

Les uns ont bien raison de réclamer leur quota. Les autres visent un idéal, oui ; mais un idéal sans doute...

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