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Nos lecteurs ont la parole

Lettre ouverte au Premier ministre Hassane Diab

Monsieur le Premier ministre,

Je m’adresse à vous avec tout mon respect et en toute sincérité.

Mais je m’adresse aussi à vous en tant que jeune citoyenne libanaise, vous me pardonnerez donc l’aigreur ressentie dans quelques-unes des critiques que vous lirez au fil des lignes. Voyez-vous, comme bon nombre de mes compatriotes, l’amertume accompagne mon quotidien depuis un bon moment. Pour être tout à fait franche, je vais vous avouer tout de suite que je ne fais pas partie de ceux qui ont été partisans de votre élection. D’ailleurs, ma réaction avait été certes moins violente mais tout aussi cynique et révoltée que celle de la rue le soir où vous avez été élu Premier ministre de ma République perdue.

Les événements du 17 octobre 2019 nous ont donné une lueur d’espoir après trois décennies de classes politiques incompétentes et corrompues. Aujourd’hui, le Liban brûle sa dernière cartouche entre la dégringolade de la livre libanaise et la dégradation des conditions socio-économiques. Vous me direz que vous avez hérité d’un État défaillant suite aux méfaits de vos prédécesseurs, je ne vous contredirai pas sur ce point. Mais en ce moment, Monsieur le Premier ministre, les cartes sont entre vos mains et vous seul êtes capable de tourner la page, fermer le livre et commencer à écrire une nouvelle histoire du Liban. Vous seul pouvez confirmer ou démentir nos préjugés. Nous ne verrons sûrement pas le Liban de nos rêves sous votre mandat, mais vous avez l’occasion de poser la première brique d’une nation dont nous pourrons être fiers un jour. Qu’attendez-vous ?

Nous avions écouté avec attention votre discours dans lequel vous aviez délibérément pointé du doigt le gouverneur de la Banque centrale Riad Salamé. Toutefois, Monsieur le Premier ministre, n’aurait-il pas été plus judicieux de se demander où a disparu l’argent consacré aux fonds publics ? Ne croyez-vous pas aujourd’hui qu’il faudrait remettre tout d’abord en question le gouvernement qui s’est endetté durant toutes ces années auprès de la Banque centrale pour soi-disant répondre aux besoins des Libanais ? Les prérogatives dont dispose le gouverneur de la Banque centrale sous le code de la monnaie et du crédit ne lui donnent pas une grande marge de discrétion pour accepter ou refuser d’accorder un prêt au gouvernement. Je ne voudrais en aucun cas faire l’avocat du diable. Il est impossible pour moi de défendre toute personne ayant participé au système politique et économique responsable de l’effritement du pays. Mais Monsieur le Premier ministre, si vous tenez à vous en prendre au gouverneur de la Banque centrale, critiquez plutôt sa politique monétaire dont le financial engineering de 2016 qui a énormément contribué à la crise économique. Reprochez-lui d’avoir été complice de toutes ces escroqueries durant 27 ans sans avoir jamais eu le courage ou l’intégrité de les dénoncer dans l’espoir d’avoir la chaise présidentielle un jour.

Les politiciens ont réussi à manipuler la colère de la rue en la déviant vers le système bancaire. Les banques ont sans aucun doute mal gérer les fonds des Libanais ; toutefois, elles ont été victimes de pressions politiques. En 2014, François Bassil, président de l’Association des banques libanaises, dénonce le vol des fonds publics et décide de mettre fin à l’endettement de l’État. Quelques jours plus tard, le député du parti Amal Hani Kobeissi porte plainte contre Bassil et menace de l’emprisonner. Je ne défends en aucun cas le système bancaire puisque toutes les institutions économiques ont participé à la déchéance du pays.

À qui la faute ? La réponse est simple, elle se trouve juste sous vos yeux. Il s’agit de la classe politique toujours agrippée au pouvoir, des « zaïms » qui ont institué le clientélisme, et des hommes politiques qui ont échoué à tous les niveaux. Ils nous ont fait mendier 200 dollars aux portes des banques, nous ont humiliés à chaque coupure d’électricité et ont même eu le culot de nous asphyxier avec leurs déchets. On nous a donné 30 ans de pourriture et d’ordure. Comment osez-vous encore nous demander d’être patients ?

Monsieur le Premier ministre, la rue nous appartient et nous ne la quitterons pas avant que vous répondiez à nos demandes. Pour construire un pays, il faut avant tout se débarrasser des mauvaises herbes. Nous l’avons répété à plusieurs reprises : « kellon yaaneh kellon » ; ce slogan résonnera de plus en plus fort dans toutes les rues du pays jusqu’à ce que vous jugiez tous ceux qui ont abusé de leur pouvoir et utilisé l’argent issu du dur labeur du peuple libanais pour leurs propres comptes. Aujourd’hui, rien ne nous arrête puisque nous n’avons plus rien à perdre. Les voyous, les mobylettes et les menaces de guerre ne nous font plus peur.

Monsieur le Premier ministre, cela fait déjà 4 mois que vous occupez votre poste. Nous vous avons accordé la chance que vous nous aviez demandée et la réaction exceptionnelle de votre gouvernement face au Covid-19 affirme sa capacité à gérer des situations difficiles et imprévues. A-t-il fallu une pandémie qui mette vos vies en péril pour réagir ?

Vous le savez bien, l’avenir du Liban tient à un fil et nous ne pouvons plus nous permettre d’entendre des « ma khallouna ». Le temps des promesses vides qui ont peut-être dupé nos parents, victimes des décisions prises par des criminels de guerre, touche à sa fin. On ne nous aura plus ! Le retour de la « thaoura » fera trembler tous vos chandeliers de cristal. Et contrairement aux confrontations du passé où seule la moitié du peuple risquait de vous tenir tête, vous l’avez bien vu, désormais les femmes libanaises se joignent aux hommes et c’est le peuple tout entier que vous entendrez crier « Lebnan ra7 yerja3 ». Emblème de la révolution, la femme libanaise ne sera plus jamais sous-estimée. Longtemps dépourvue de ses droits civiques fondamentaux, elle est à présent au premier rang des marches révolutionnaires et n’hésite pas à lancer un coup de pied dans l’entrejambe d’une racaille armée s’il le faut.

Le pays des Cèdres né à nouveau le 17 octobre 2019 sera un pays dont nous pourrons être fiers. Un pays dirigé par des grands hommes tels Fouad Chéhab et Élias Sarkis. Un pays où devenir politicien n’est pas une affaire d’argent mais de compétence. Un pays où les hommes politiques sont des martyrs qui meurent en héros et non pas des lâches qui remplissent leurs poches pour s’assurer une retraite dorée.

Monsieur le Premier ministre, ce Liban, nous ne l’avons jamais perdu de vue et nous nous battrons jusqu’au dernier souffle pour y vivre.

Et vous, n’en rêvez-vous pas aussi ?

Mes sincères salutations,

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Monsieur le Premier ministre,Je m’adresse à vous avec tout mon respect et en toute sincérité.Mais je m’adresse aussi à vous en tant que jeune citoyenne libanaise, vous me pardonnerez donc l’aigreur ressentie dans quelques-unes des critiques que vous lirez au fil des lignes. Voyez-vous, comme bon nombre de mes compatriotes, l’amertume accompagne mon quotidien depuis un bon moment. Pour être tout à fait franche, je vais vous avouer tout de suite que je ne fais pas partie de ceux qui ont été partisans de votre élection. D’ailleurs, ma réaction avait été certes moins violente mais tout aussi cynique et révoltée que celle de la rue le soir où vous avez été élu Premier ministre de ma République perdue.Les événements du 17 octobre 2019 nous ont donné une lueur d’espoir après trois décennies de classes...
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