Alors que le coronavirus se propage dans le monde, tout l’enjeu est de savoir comment préserver la vie humaine. En dehors des recherches scientifiques qui tentent de trouver un remède à cette maladie, la littérature nous offre une leçon d’histoire afin de surmonter les pandémies. Lire le présent à la lumière de la littérature des épidémies présente un avantage, car cela suscite des interrogations intemporelles et sa vocation est d’exprimer les valeurs essentielles de la vie. De nombreux écrivains ont abordé le sujet de l’angoisse devant un mal invisible, de la crainte de la contagion, de la responsabilité collective…
Andrée Chédid est l’une des écrivaines qui nous raconte l’épidémie de choléra en Égypte à la fin des années quarante dans le Sixième jour. Le roman met en exergue la pénurie d’eau et la pollution comme éléments déclencheurs de la maladie, et montre les conséquences désastreuses du manque d’hygiène et du délaissement de l’environnement. Cette crise écologique nous incite à nous interroger sur nos actes qui nuisent à l’écosystème. En effet, des études récentes pointent la responsabilité des changements environnementaux dans la propagation du Covid-19 et les médecins confirment que la destruction de la biodiversité, la déforestation, le braconnage des animaux augmentent les risques d’épidémies : « Le coronavirus est lié à la crise écologique. » Le message de Chédid demeure actuel, car il pousse tout être humain à adopter des « écocomportements » indispensables pour lutter contre les menaces infectieuses.
Le roman a aussi une portée morale dont on peut toujours tirer profit pour mieux gérer la crise sanitaire actuelle. Le roman présente une société inhumaine déchue dans ses valeurs qui, au lieu de s’entraider, abandonne les malades à la mort. Cette déshumanisation se reproduit actuellement : les médias évoquent des attaques contre des citoyens d’origine asiatique, puis européenne. Dans certains pays, comme au sud de l’Italie ou en Ukraine, l’opinion publique s’oppose violemment à l’afflux de compatriotes venant des foyers infectés.
Le respect d’autrui est sacrifié à la rentabilité. La complaisance dans le mal est incarnée dans la personne d’Okkasionne qui dénonce les malades du choléra pour gagner de l’argent. Il y aurait bien de parallèles à relever entre la cupidité de ce personnage et le mode de vie matérialiste de nos sociétés. Nous rencontrons au quotidien des comportements égoïstes, comme le fait de dévaliser les supermarchés de produits alimentaires ou la hausse des prix des masques et des désinfectants. Si le comportement des dénonciateurs du choléra est taxé par Chédid, c’est pour mettre en relief la perte du sens de l’humain, l’incapacité de compatir aux souffrances des autres, de se relier à l’entourage, de manifester une solidarité. C’est aussi un effort pour humaniser l’humanité. N’oublions pas que dans certains pays développés, les gouvernements ont retardé l’annonce du confinement par crainte de paralyser l’économie, ce qui a contribué malheureusement à la propagation du virus. Pour réagir contre le coronavirus, le monde devrait surmonter les querelles d’ego et les intérêts personnels, commerciaux et monétaires.
D’ailleurs, nous rencontrons dans le roman des personnages opposés à Okkassionne, tel le batelier qui éprouve de la compassion envers la vieille femme et la laisse voyager sereinement. L’auteur nous conseille ainsi de garder l’empathie et de retourner à la base même de notre nature humaine. Même si nous apercevons beaucoup d’égoïsme autour de nous à travers cette crise de 2020, des médecins, des infirmières, des bénévoles incarnent l’altruisme et s’engagent dans la lutte contre le mal pour l’intérêt de tous : « Quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble. » C’est ainsi qu’il faut lire l’expérience vécue par Om Hassan comme un exemple à suivre. L’amour est plus fort que la mort : « Ni les hommes ni la mort ne nous rattraperont… L’ombre, c’est la maladie du soleil et, rappelle-toi, le soleil gagne toujours. » Cet amour maternel nous invite à nous attacher à nos proches, à les protéger et à traverser avec eux cette dure épreuve pour s’en sortir victorieux tel le personnage de Chédid.
Université libanaise
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