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Coronavirus

« Le Liban est en danger », met en garde le président de l’ordre des médecins

Face au bilan en nette hausse, le ministre de l’Intérieur durcit le couvre-feu nocturne, et son collègue de la Santé menace de « boucler le pays pendant 48 heures ».


Une fidèle allume un cierge dans l’église Saint-Georges qui a rouvert ses portes à Beyrouth hier. Anwar Amro/AFP

Avec 36 nouvelles contaminations au cours des dernières 24 heures, parmi lesquelles 23 atteintes locales et 13 rapatriés, le Liban voit la propagation du coronavirus repartir à la hausse sur son territoire pour atteindre 845 cas depuis le 21 février. Une situation qui pousse le président de l’ordre des médecins de Beyrouth, le Pr Charaf Abou Charaf, à tirer la sonnette d’alarme. Après avoir enregistré zéro atteinte à plusieurs reprises et fait figure d’excellent élève à l’échelle mondiale, le Liban risque en effet aujourd’hui de perdre ses acquis si la situation n’est pas contrôlée rapidement. Une hausse liée, d’une part, au nombre particulièrement élevé de rapatriés atteints de Covid-19 qui n’ont pas respecté l’obligation de quarantaine et, d’autre part, au relâchement chaotique du confinement dans différentes régions du pays.

Un couvre-feu plus sévère
Cette nouvelle situation a poussé le ministre de l’Intérieur Mohammad Fahmi à durcir le couvre-feu nocturne, alors qu’entre en vigueur aujourd’hui la troisième phase du déconfinement. Dans un communiqué, il a annoncé l’instauration d’un couvre-feu entre 19h et 5h, « en raison du non-respect par de nombreux citoyens des mesures de prévention sanitaire ». Depuis une semaine, le couvre-feu avait été allégé et fixé à 21h, et les bars et restaurants ainsi que certaines boutiques avaient connu une certaine affluence durant le dernier week-end. Les églises ont rouvert leurs portes hier, après les mosquées vendredi, en respectant les mesures de distanciation, dans le cadre de la deuxième phase de déconfinement. Les lieux de culte ne sont autorisés à accueillir les fidèles qu’à 30 % de leur capacité. Les écoles, elles, devraient rouvrir dès le 28 mai.

Pour mémoire

Coronavirus : la seconde vague de contamination risque d’être plus meurtrière

« Si les citoyens ne respectent pas les mesures de distanciation sociale et d’utilisation de masques, cela mènera à une fermeture totale des administrations publiques, des entreprises et des sociétés commerciales, à l’exception du secteur médical et sanitaire ainsi que des forces armées, et à une interdiction pour les citoyens de sortir dans les rues », a pour sa part averti le ministre de la Santé Hamad Hassan. Il a également envisagé sur son compte Twitter la possibilité de « boucler le pays pendant 48 heures » face au rebond des contaminations, si les choses venaient à empirer dans les prochaines 72 heures.

13 militaires contaminés
Il faut dire que la contamination de 13 militaires servant auprès du tribunal militaire inquiète particulièrement. Une contamination confirmée par la direction de l’orientation de l’armée. Deux de ces militaires viennent de Majdel Anjar dans la Békaa, selon notre correspondante Sarah Abdallah, qui fait état d’une appréhension montante dans la région. Selon la LBCI, le « patient zéro » est un militaire asymptomatique atteint, dont le père avait été contaminé. Quarante avocats s’étant rendus au siège du tribunal militaire dans la semaine ont dû passer des tests de dépistage PCR. D’autres magistrats ayant côtoyé le tribunal militaire passeront également des tests mardi.

À Jdeidet el-Qaiteh, dans le Akkar, où le nombre de cas s’élève désormais à 15 après la détection samedi de plusieurs contaminations, les habitants sont invités à ne sortir de chez eux qu’en cas d’extrême nécessité. Depuis hier matin, la police municipale contrôle la température corporelle des personnes à l’entrée principale du village. Toutes les autres entrées ont été fermées, ainsi que les mosquées et les cafés. Il faut dire que cette région figure parmi les plus mauvais élèves en matière de respect des mesures de confinement, de fermeture des commerces et de distanciation sociale, avec un taux de 50 % seulement.

Alors que l’origine des atteintes reste à déterminer, les rumeurs font état de contaminations par des rapatriés n’ayant pas respecté les consignes d’isolement. Sur les réseaux sociaux, des vidéos circulent même, montrant des célébrations populaires dans des villages pour les accueillir. Ils auraient pourtant dû observer une période de « quatorzaine », en isolement absolu. Mais nul ne les y a contraints, ni même les municipalités de leurs villages.

Politisation de la santé et irresponsabilité sociale
C’est dans ce cadre que le président de l’ordre des médecins de Beyrouth, le Pr Charaf Abou Charaf, tire la sonnette d’alarme, dénonçant à L’Orient-Le Jour « le relâchement généralisé des mesures de distanciation et l’absence de mesures sérieuses de contrôle des rapatriés ». Sans oublier « la grande proximité des passagers dans les avions, contrairement aux promesses préalables ». « C’est le chaos », accuse-t-il, condamnant « le non-respect par les autorités des recommandations des spécialistes de la santé », qui a pour conséquence une recrudescence des cas. « Si nous ne respectons pas les mesures sanitaires préventives, le port du masque, la distanciation sociale, le lavage des mains, nous risquons une catastrophe sanitaire. Et nos hôpitaux n’ont pas les capacités d’y faire face », met en garde le cardiologue-pédiatre, également membre de la cellule de crise contre le coronavirus.

Le Pr Abou Charaf insiste à ce stade sur la nécessité « de rétablir le confinement, quitte à boucler le pays, à interdire les rassemblements, à arrêter les prières dans les églises et les mosquées, à ne pas rouvrir les écoles ». Il appelle aussi « à arrêter les rapatriements de Libanais de l’étranger, qui représentent pour le pays une bombe à retardement sur le plan sanitaire, si jamais les autorités (municipalités ou autres) n’ont pas les capacités de contrôle et d’encadrement nécessaires. Car ils sont lâchés dans la nature sans surveillance, alors que le rapatriement doit respecter les normes sanitaires et sociales ». Au cœur du problème, « l’irresponsabilité de la population, poussée probablement par l’optimisme officiel », mais aussi « la politisation de la santé », laisse entendre le président qui invite les autorités « à laisser la santé à l’abri de la politique ». « Le Liban est en danger », martèle le médecin, qui donnera mercredi une conférence de presse avec les doyens des facultés de médecine, afin de rappeler qu’on « ne peut jouer avec la santé des gens ». À son tour, l’ancien ministre de l’Éducation, Élias Bou Saab, a fustigé dans un tweet les directives « contradictoires » des autorités, celle du Premier ministre qui « craint une seconde vague », des ministres de l’Intérieur et de la Santé qui « appellent à une application ferme des mesures préventives ». Et ce alors que le ministre de l’Éducation prépare la rentrée des classes et les examens officiels, dénonce-t-il. « La santé de nos enfants est une ligne rouge », conclut M. Bou Saab, invitant à reporter la rentrée scolaire.

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Cette levée de boucliers a poussé le ministère de la Santé à publier un second communiqué en début de soirée, invitant les rapatriés à respecter les mesures de confinement et les Libanais à se conformer aux normes sanitaires et à faire preuve de responsabilité.

La troisième phase
Malgré cette situation alarmante, le Liban doit entamer aujourd’hui la troisième phase du plan de déconfinement progressif. Selon le ministère de l’Intérieur, la circulation alternée des véhicules restera en vigueur, mais les restrictions sont levées pour tous les véhicules durant la journée de dimanche. Les restaurants et cafés pourront poursuivre leur réouverture à 50 % de la capacité totale de leurs salles, mais seulement dans les limites imposées par le couvre-feu. Les commerces de plus de 100 m³, qui étaient restés fermés lors de la seconde phase, peuvent désormais rouvrir leurs portes les jeudis, vendredis et samedis, selon les mêmes horaires que tous les autres commerces (de 8h à 17h), à l’exception des centres commerciaux. Les centres d’inspection mécanique rouvriront également, sur base de rendez-vous pris au préalable entre 7h et 17h, et le travail peut reprendre sur les chantiers de construction.La réouverture des centres d’accueil pour personnes handicapées, initialement prévue lors de cette phase est, elle, reportée à fin mai. Les clubs sportifs et aires de jeux, en extérieur comme en intérieur, resteront également fermés jusqu’à nouvel ordre.



Avec 36 nouvelles contaminations au cours des dernières 24 heures, parmi lesquelles 23 atteintes locales et 13 rapatriés, le Liban voit la propagation du coronavirus repartir à la hausse sur son territoire pour atteindre 845 cas depuis le 21 février. Une situation qui pousse le président de l’ordre des médecins de Beyrouth, le Pr Charaf Abou Charaf, à tirer la sonnette d’alarme....

commentaires (7)

Trop de gens ne portent plus de masques et dans les manifestations personne ne se soucie du covid 19 . Le retour au confinement dur devient alors un must .

Antoine Sabbagha

19 h 36, le 11 mai 2020

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Commentaires (7)

  • Trop de gens ne portent plus de masques et dans les manifestations personne ne se soucie du covid 19 . Le retour au confinement dur devient alors un must .

    Antoine Sabbagha

    19 h 36, le 11 mai 2020

  • Le civisme du libanais il est parfait mais à l étranger seulement il faut voir ca à l aeroport dès qu un libanais pose ses pieds sur le sol libanais il se croit tout permis , j irai meme plus loin dans l avion surtout dans MEA il se voit au Liban . il suffit de regarder comment il conduit sa voiture au Liban et à l étranger

    youssef barada

    13 h 07, le 11 mai 2020

  • Instruction civique absente, respect de l'autre pas enseigné à la,maison ni même dans certaines écoles, pas d'alerte de la conscience, donc pour le libanais, du plus gros bonnet au simple ouvrier, tout est permis!! Mais "après moi le déluge" ne rime plus du tout avec la tragédie que nous vivons tous ensemble, pour une fois, sans distinction entre riches et pauvres!!! Ça laisse à réfléchir profondément: jusqu'où peuvent mener l'injustice, les inégalités, la non application de la Charte des Nations Unis sur les Droits de l'Être Humain ??

    Zaarour Beatriz

    11 h 27, le 11 mai 2020

  • BOUCLER LE PAYS 48 HOURS NE SERVIRAIT A RIEN. IL EN FAUT DEUX SEMAINES AU MOINS. A TRIPOLI, SAIDA ET AILLEURS, MEME A BEYROUTH, LES GENS SE TRIMBALLENT SANS MASQUE COMME SI DE RIEN N,ETAIT ET METTENT EN DANGER LEURS PERSONNES ET LES AUTRES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 47, le 11 mai 2020

  • cela fait bien longtemps que le Liban est au-delà du danger ,mais à présent il s'agit d 'inconscience ,d'irresponsabilité; choisir de mourir appartient à chacun;choisir de tuer l'autre, c'est un crime.J.P

    Petmezakis Jacqueline

    07 h 10, le 11 mai 2020

  • Le président de l'ordre des médecins, lui-même membre de la cellule de crise (supposée), s'indigne de ce que les autorités officielles ne suivent pas les recommandations des spécialistes en matière de coronavirus! En fait, ces autorités ne suivent que ce que leurs parrains leur indiquent et leur propre cellule de crise. Et pour brouiller d'avantage la réalité, ils continuent les rapatriements en parallèle avec un relâchement voulu des mesures de confinement, pour accuser les résidents de l'accroissement du nombre des contaminations contrairement à la réalité. Bande de corrompus.

    Esber

    06 h 17, le 11 mai 2020

  • "... Au cœur du problème, « l’irresponsabilité de la population, poussée probablement par l’optimisme officiel », mais aussi « la politisation de la santé » ...", et surtout le manque probant de civisme du Libanais

    Gros Gnon

    00 h 12, le 11 mai 2020