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Déconfinement

Coronavirus : la seconde vague de contamination risque d’être plus meurtrière

Manifestations, regroupements devant les banques et les administrations publiques, marche en groupe et sans masque, violations des règles de distanciation sociale... Ces derniers jours, de nombreux Libanais prennent des risques.

Hier, dans les locaux du service de la Mécanique à Dékouané, les contribuables agglutinés aux guichets comme si de rien n’était. Photo tirée de la page Facebook de Nayla Abdelnour

Les premières mesures de déconfinement viennent à peine d’être mises en place que déjà les Libanais semblent reprendre une vie normale, comme si le coronavirus, qui a fait près de 230 000 morts en cinq mois dans le monde, n’était plus que de l’histoire ancienne. Aux portes des banques et devant les distributeurs de billets, une clientèle inconsciente s’attroupe et se bouscule, souvent sans masque ni gants ni le moindre respect des consignes de distanciation minimale d’un mètre et demi. Sur les promenades, avec le retour des beaux jours, les joggeurs réinvestissent les lieux en masse, courant, suant, soufflant, côte à côte et sans la moindre protection. Dans les rues, en plein dans les embouteillages, les deux-roues reprennent leurs vieilles habitudes, zigzaguant entre les autos, frôlant les conducteurs, à deux sur leur mobylette, tête et visage nus. Et pas un policier pour les remettre sur le droit chemin. Même les administrations publiques rouvrent progressivement leurs portes sans avoir au préalable organisé la reprise.


La prévention, seul traitement en l’absence d’un vaccin
Au service de la Mécanique de Dékouané hier, aucune obligation de respecter la distanciation sociale. Agglutinés devant les guichets, les citoyens, masqués certes, poursuivaient leurs formalités comme ils l’ont toujours fait, dans la promiscuité et l’anarchie la plus totale. À croire que nul ne craint pour sa santé ni celle de ses proches.


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Les contestataires, eux aussi, semblent avoir laissé tomber les mesures de protection. Prudents dans un premier temps, manifestant d’abord en voiture, ils ont rapidement abandonné les mesures-barrières pour se saluer, s’enlacer et se bousculer même, dans un corps-à-corps avec les forces de l’ordre, que ce soit à Beyrouth, Tripoli ou encore Saïda. Le coronavirus est pourtant loin d’être éradiqué au Liban, malgré une propagation nettement plus faible qu’aux États-Unis ou en Europe, avec 725 cas comptabilisés et 24 décès jusque-là. Le corps médical craint une seconde vague bien plus meurtrière que la première, sur base du scénario de l’épidémie de grippe espagnole qui avait fait au moins 50 millions de morts dans le monde, en l’absence d’un vaccin salvateur. C’est ce que révèle à L’Orient-Le Jour le président de la commission parlementaire de la Santé, le Dr Assem Araji, qui déplore le non-respect des mesures de distanciation sociale par près de 40 % de la population. « Nous avons certes réussi à contenir le Covid-19 au Liban à ce niveau, avec la coopération de la population. Mais le déconfinement progressif ne veut pas dire que les gens peuvent sortir sans masque, qu’ils peuvent manifester collectivement dans les rues, se regrouper devant les banques ou recevoir des condoléances. Le respect des consignes de distanciation, d’hygiène et de protection est impératif », martèle le député à l’issue de sa conférence de presse. « Si nous continuons à ne pas respecter les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé et du ministère de la Santé et si le virus ne s’avère pas sensible à la chaleur, nous risquons fort une seconde vague de propagation particulièrement meurtrière à l’image de la grippe espagnole », prévient-il. Car en l’absence d’un vaccin, le seul traitement est la prévention, conclut-il, invitant la population à davantage de responsabilité personnelle et collective.


Il suffirait d’un cas asymptomatique parmi les manifestants
Si le déconfinement a été décidé en pleine pandémie, c’est parce que la vie économique doit reprendre, que le chômage a atteint des proportions inquiétantes et que les populations les plus modestes risquent de mourir de faim. En un mot, les Libanais et le monde entier doivent apprendre à vivre avec le virus.


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Mais cela ne les autorise pas pour autant à reprendre leurs bonnes vieilles habitudes sociales. « Nous ne pouvions maintenir le confinement plus longtemps, vu les répercussions économiques graves d’un pays à l’arrêt », explique le président de l’ordre des médecins, le professeur Charaf Abou Charaf, cardiologue pédiatre et membre du comité d’urgence de lutte contre le coronavirus. « Mais il n’est pas non plus question d’opérer un déconfinement brutal et total car nous risquons le pire », met-il en garde. C’est dans ce cadre qu’il craint que les manifestations, telles qu’elles se déroulent ces derniers jours, ne créent une nouvelle propagation. « Il suffirait d’un cas asymptomatique, d’un blessé atteint par le virus pour contaminer des dizaines de contestataires et de secouristes », prévient-il, observant que les attroupements devant les banques ou dans les boutiques sont tout aussi dangereux. Une situation d’autant plus grave qu’il « sera impossible de retracer les cas, comme il est encore possible de le faire ». D’où la nécessité de « mener des campagnes de sensibilisation pour encourager la population à coopérer avec les autorités sanitaires, à se protéger avec des masques et des gants, à privilégier aussi la distanciation sociale ».


Un déconfinement chaotique
C’est dans ce cadre que le Premier ministre Hassane Diab invite les Libanais à « respecter les gestes-barrières, dans la crainte d’une seconde vague de contamination ». De son côté, la caïmacam du Metn, Marlène Haddad, appelle les municipalités du caza à renforcer les contrôles auprès des commerçants et des entreprises pour s’assurer du respect des normes sanitaires et sociales. Il faut dire aussi que le dépistage récent d’un cas de coronavirus à Aïn el-Rihané, village du Kesrouan voisin de Aïntoura, a semé la panique dans la région, le malade ayant côtoyé un certain nombre de personnes. C’est ce que révèle à L’OLJ le Dr Georges Ghanem, directeur médical de l’hôpital Rizk-Centre médical de l’Université libano-américaine (LAUMC) et chef du département de cardiologie, dont la clinique mobile de dépistage du Covid-19 a été dépêchée dans le village pour mener des tests PCR. « Un nouveau pic s’annonce visiblement », constate-t-il. S’il salue le « franc succès de l’opération de confinement », il dénonce en revanche « l’absence totale de l’État lors du processus de déconfinement », qui pousse les Libanais « à ignorer les règles sanitaires primordiales », alors que la grogne populaire monte sur fond de crise économico-financière aiguë. « Le déconfinement est chaotique, au risque de nous faire perdre tous les acquis. Ce qui serait grave », met-il en garde, invitant les autorités à faire preuve de vigilance et à « prendre les choses en main » tant qu’il en est encore temps.

Prendre les choses en main veut dire « geler le déconfinement non nécessaire sans pour autant paralyser le pays », estime le Pr Moussa Riachi, directeur des opérations Covid-19 à l’Hôtel-Dieu de France et chef du service de pneumologie et de réanimation médicale. Il invite dans ce cadre les autorités à adresser « un message clair » à la population afin de reporter les échéances de paiement. « Est-il normal que tant de personnes se soient précipitées au même moment au service de la Mécanique pour régler leurs factures ? » gronde-t-il. Et pour les formalités les plus urgentes, comme celles de la CNSS, il encourage « la prise de rendez-vous et la prolongation des horaires » afin de limiter les regroupements et les longues attentes. « Les gens doivent éviter de se croiser dans les administrations publiques. Et les autorités ont le devoir d’organiser le bon déroulement des formalités », insiste-t-il. Quoi qu’il en soit, avec la reprise des manifestations et le retour d’expatriés dont un bon nombre est porteur du virus, le spécialiste craint fort « une seconde vague plus importante que la précédente dès le mois de juillet et de nouvelles atteintes en nette augmentation d’ici à trois semaines ».


Les premières mesures de déconfinement viennent à peine d’être mises en place que déjà les Libanais semblent reprendre une vie normale, comme si le coronavirus, qui a fait près de 230 000 morts en cinq mois dans le monde, n’était plus que de l’histoire ancienne. Aux portes des banques et devant les distributeurs de billets, une clientèle inconsciente s’attroupe et se...

commentaires (4)

Voilà comment anéantir les effets positifs de tout ce qui a été fait jusqu'à maintenant. C'est lamentable et cela me donne l'impression que le peuple libanais, au moins en partie, est aussi c...que ses dirigeants.

mokpo

09 h 42, le 02 mai 2020

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Commentaires (4)

  • Voilà comment anéantir les effets positifs de tout ce qui a été fait jusqu'à maintenant. C'est lamentable et cela me donne l'impression que le peuple libanais, au moins en partie, est aussi c...que ses dirigeants.

    mokpo

    09 h 42, le 02 mai 2020

  • Autant le confinement a été réussi et respecté, autant le dé confinement est arrivé pour anéantir tous les efforts fournis. Les gens qu'on voit agglutinés à la mécanique sont masqués certes maison voit certains avec le masque ne couvrant pas le nez, et donc inutile.

    Citoyen

    13 h 50, le 01 mai 2020

  • LA FAIM FAIT PRENDRE DES RISQUES A LA POPULATION PUISQUE LE SLOGAN EST D,ORENAVANT : MOURONS DU CORONA PLUTOT QUE DE FAIM ! LES RESPONSABLES SONT LES PREDATEURS BANQUIERS ET LES ALIBABAS DES TROIS CAVERNES. CEUX DE LA PLUS HAUTE TETE DE L,ECHELLE ET JUSQU,A SON PLUS BAS. LES MAFIEUX QUI DECIDENT ENCORE DU DESTIN DE CE PAUVRE PAYS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 16, le 01 mai 2020

  • Qu'importe? Vos rapatriés seraient tous arrivés d'ici là.

    Esber

    07 h 17, le 01 mai 2020