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Économie - Réformes

Le plan de redressement adopté, le gouvernement prépare son lobbying

Le cabinet mise sur des objectifs plus ambitieux, notamment en termes de baisse du ratio dette/PIB.

Le Premier ministre Hassane Diab lors de son discours hier au Grand Sérail. Photo Dalati et Nohra

Après plusieurs semaines de discussions, le gouvernement a adopté hier à l’unanimité son plan de redressement du pays, qui traversait déjà la pire crise économique et financière de son histoire avant que l’épidémie de Covid-19 ne vienne un peu plus alourdir l’addition. Cette décision a été qualifiée « d’historique », en matinée, d’abord à Baabda par le président Michel Aoun, puis par le Premier ministre Hassane Diab dans son discours à l’issue de la réunion du Conseil des ministres au Grand Sérail. Ce plan, dont une copie d’une version présentée comme définitive a commencé à circuler peu de temps après l’allocution du chef du gouvernement, sera une de ses cartes principales dans le cadre des négociations qu’il doit mener avec les créanciers et les soutiens du pays afin de restructurer une dette publique insoutenable et d’obtenir les aides indispensables pour sauver une économie à la dérive. Dans la soirée, le bureau du Premier ministre a cependant indiqué qu’il n’avait pas encore publié de « version numérisée » du plan définitif et que celle qui circulait n’était « pas nécessairement la dernière mouture officielle ». Il reste que le document était néanmoins paraphé par le secrétaire général du Conseil des ministres.


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Les chantiers identifiés dans le document le plus récent sont, en outre, identiques à ceux des versions précédentes : une première datant du 6 avril et une seconde du 28 avril que l’exécutif avait qualifiée de dépassée peu après qu’elle a commencé à circuler mercredi soir. Selon nos observations, les réserves émises par le gouvernement concernant la version du plan en circulation pourraient ne concerner que la partie rédigée en arabe qui contient effectivement certaines erreurs.


L’aide du FMI
La soirée d’hier a toutefois permis de confirmer plusieurs éléments de ce plan, que ce soit à travers le discours du Premier ministre ou du document qui a circulé.

Si le gouvernement tablait au début du mois sur une aide externe allant de 10 à 15 milliards de dollars, la nouvelle version se base sur une enveloppe de 10 milliards de dollars en plus des 11 milliards de prêts et dons déjà promis par les donateurs présents lors de la Conférence de Paris d’avril 2018 (CEDRE). Dans son discours, Hassane Diab a en outre confirmé que le Liban allait bien s’adresser au Fonds monétaire international pour solliciter tout ou partie de cette enveloppe.


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Une volonté qui se ressent d’ailleurs dans la révision de la plupart des objectifs chiffrés du plan, qui semblent avoir tenu compte de certaines exigences dictées soit par la réalité de la situation du pays, soit par les interlocuteurs internationaux du Liban.


Dette et croissance
Concernant par exemple le chapitre consacré à la restructuration de la dette publique qui, à plus de 92 milliards de dollars, pèse 176 % du PIB en 2019, le gouvernement espère désormais faire passer ce ratio à 102,8 % en 2020 et créer les conditions nécessaires pour qu’il baisse progressivement afin d’atteindre 68,5 % à l’horizon 2030. Des objectifs plus ambitieux à long terme que ceux contenus dans la version du 6 avril qui tablaient sur un ratio dette/PIB de 92 % en 2020 puis 76,9 % en 2030. S’agissant du déficit public, estimé à 11,3 % du PIB en 2019, le gouvernement espère finalement l’abaisser à 5,3 % en 2020 (contre 7,2 % sur le même exercice dans la version du 6 avril) pour atteindre en 2024 un ratio de 0,7 % (1,3 % dans l’ancienne mouture).

Le gouvernement a également revu ses objectifs à la hausse concernant l’activité économique. Alors qu’il envisageait initialement un retour à la croissance en 2024 (+2 %, après une année de croissance nulle), la nouvelle mouture se base sur un scénario dans lequel le PIB libanais recommencerait à croître dès 2022 (+1,6 %). La nouvelle estimation pour 2020 a par ailleurs été revue à la baisse par rapport à celle communiquée par l’exécutif fin mars. La contraction est désormais de 13,8 % au lieu de 12 %.


Inflation et livre
Les objectifs en termes de croissance tiennent compte de deux paramètres sensibles, dans la mesure où ils affectent directement le niveau de vie des Libanais, à savoir l’inflation et la valeur de la livre par rapport au dollar, sur laquelle la monnaie nationale est ancrée depuis 1997 à un taux de 1 507,5 pour un dollar. Concernant l’inflation, le gouvernement part sur une estimation de +53 % en 2020, soit plus du double de ce qu’il avait anticipé dans la version du 6 avril (l’inflation était de 2,3 % en 2019). Le gouvernement espère que la mise en œuvre de son plan permettra de contrôler la hausse des prix pour atteindre un taux d’inflation à un niveau tout de même encore élevé en 2024, soit +6,4 %, contre 5,2 % pour ses prévisions fuitées début avril.


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Le plan de redressement a enfin tenu compte de la forte dépréciation de la livre par rapport au dollar chez les changeurs, où le taux est passé en quelques jours de 3 000 livres pour un dollar à plus de 4 000 depuis le début de la semaine. Un taux attribué au marché noir, mais qui avait été répercuté jusqu’à présent par l’ensemble des changeurs, même ceux agréés par la Banque du Liban (voir par ailleurs). Le dévissage du taux a d’ailleurs été au centre de vives tensions entre le Premier ministre et le gouverneur de la BDL, Riad Salamé. La dégringolade de la livre a également contribué à pousser de nombreux Libanais à manifester contre les restrictions bancaires ayant contribué à créer cette situation et la hausse des prix qui en a résulté.

Alors qu’il avait décidé, selon sa version du 6 avril, d’établir un scénario prenant comme base un taux de 2 032 livres pour un dollar en 2020 pour atteindre progressivement 2 979 en 2024, la version définitive du plan table pour sa part sur un taux de 3 500 livres le dollar à fin 2020, pour finir en 2024 à 4 297 en laissant flotter la monnaie nationale. Au-delà des objectifs chiffrés, ce scénario semble en tout cas sonner le glas du régime de change fixe actuel, voire de la dollarisation de l’économie.


Consultations la semaine prochaine
Enfin, c’est surtout au niveau des moyens choisis pour atteindre ces objectifs que la version définitive du plan se distingue, cette dernière étant plus exhaustive que les précédentes sur certains chapitres. Selon les dernières versions du plan, le gouvernement prévoit par exemple la création d’une entreprise qui gère les biens publics (public asset management company) ou encore une ébauche de calendrier de levée progressive des restrictions bancaires « de facto » devant démarrer en 2021. Il n’y a par contre aucun détail supplémentaire sur la réforme du secteur de l’électricité, à l’exception de la fin programmée des avances du Trésor à Électricité du Liban pour 2024, via notamment une augmentation des tarifs. En revanche, le gouvernement a intégré dans son volet de lutte contre la corruption les mesures adoptées vendredi en Conseil des ministres pour permettre à l’État de récupérer les fonds détournés (à hauteur de 10 milliards de dollars durant les cinq prochaines années). L’étape suivante devrait commencer la semaine prochaine. S’il a déclaré avant la tenue de la réunion que le plan n’avait pas besoin d’être voté par le Parlement pour être appliqué, Hassane Diab a en effet annoncé qu’il serait malgré tout présenté aux commissions parlementaires et que des discussions seront également menées « avec plusieurs parties concernées » pour préparer sa mise en œuvre.


Après plusieurs semaines de discussions, le gouvernement a adopté hier à l’unanimité son plan de redressement du pays, qui traversait déjà la pire crise économique et financière de son histoire avant que l’épidémie de Covid-19 ne vienne un peu plus alourdir l’addition. Cette décision a été qualifiée « d’historique », en matinée, d’abord à Baabda par le...

commentaires (7)

M le PM Si vous voulez de l argent et sauver des vies humaines commencer à verbaliser les chauffards qui roulent à contre sens un portable à la main sans ceinture de sécurité à toute vitesse et je passe cet argent pourra servir aux hopitaux refaire les routes mettre des signalisations payer les fonctionnaires. vous n avez pas besoins de démander des autorisations spéciales y a qu appliquer la loi.

youssef barada

16 h 49, le 01 mai 2020

Tous les commentaires

Commentaires (7)

  • M le PM Si vous voulez de l argent et sauver des vies humaines commencer à verbaliser les chauffards qui roulent à contre sens un portable à la main sans ceinture de sécurité à toute vitesse et je passe cet argent pourra servir aux hopitaux refaire les routes mettre des signalisations payer les fonctionnaires. vous n avez pas besoins de démander des autorisations spéciales y a qu appliquer la loi.

    youssef barada

    16 h 49, le 01 mai 2020

  • Je jugerai sur pièce, quand les détails du plan seront connus mais j'ai un préjugé favorable. De mémoire de libanaise, je n'ai jamais vu, avant celui-ci, un gouvernement prendre les problèmes à bras-le-corps et s'exprimer d'une seule voix: tantôt celle de sa porte-parole et tantôt celle du PM. On avait plus l'habitude de voir des réunions du conseil des ministres finir en eau de boudin, avec des ministres se lâchant dans les médias pour hurler avec leurs maîtres.

    Marionet

    14 h 18, le 01 mai 2020

  • Comment peut il penser que nous pouvons gober une seule de ses paroles. Ça sent le mensonge et le la démagogie à des milliers de km. Il ne peut pas être crédible en racontant un jour quelque chose et le lendemain son contraire. Il a atteint son plafond de verre alors du balai. Tant qu’il n’arrive pas à prononcer même un discours sans l’aval de ses employeurs il ne peut rien pour ce pays. Le problème de lEDL est remis au calendes grecques et la poursuite des voleurs à la trinité avec ça il peut toujours causer il nous intéresse.

    Sissi zayyat

    11 h 33, le 01 mai 2020

  • POUR LE MOMENT CE NE SONT QUE PAROLES. NOUS ATTENDONS LA PUBLICATION DEFINITIVE POUR NOUS PRONONCER.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 52, le 01 mai 2020

  • Monsieur Le Premier Ministre J’espère que vous avez défini dans votre programme une solution pour arrêter de faire vivre avec nos devises et le Liban et la Syrie ? Pour exemple ces jours ci des millions de litres de carburant allaient vers ce pays qui nous suce le sang depuis des décennies. Ils nous avaient fichus la paix avec l’assassinat de Rafic Hariri et le Hezbollah l’a ramené chez nous . Et c’est l’argent des émigrés qui les fait vivre maintenant avec leur réfugiés aussi au Liban qui bénéficient de plus d’aide que n’importe quel Libanais pauvres qui encore une fois fait les frais de la politique biscornue de Hezbollah.

    PHENICIA

    08 h 31, le 01 mai 2020

  • A first, but important, step. It is now indispensable that the Government and all parties move forward together.

    krane heinz

    04 h 09, le 01 mai 2020

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