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Confinés, les littéraires de l’USJ détournent les grands auteurs

La page Facebook du département de lettres françaises de l’USJ a choisi l’humour pour combattre l’ennui, à coup de parodies d’ouvrages littéraires, de blagues autour de l’utilisation des outils numériques, ou encore de montages à partir de tableaux.

Capture d’écran de la page Facebook du département de lettres françaises de l’USJ.

« Voyage au bout du confinement » de Louis-Ferdinand Céline, « Le dernier jour d’un confiné » de Victor Hugo, « Rêverie d’un confiné solitaire » de Jean-Jacques Rousseau, « Les Métamorphoses » de Covid… Entre détournements et parodies littéraires, les quelque 3 400 abonnés et 13 400 personnes suivant la page Facebook Lettres françaises de l’USJ semblent avoir trouvé un moyen à la fois culturel et drôle de se détendre en cette période de réclusion. « Je crois qu’en ce moment, il est primordial d’avoir de l’humour, sinon on se jetterait tous de nos balcons. Je suis adepte de cet aphorisme, attribué tantôt à Hugo, tantôt à Wilde, à Vian, Valéry, voire à Churchill : l’humour est la politesse du désespoir », lance Karl Akiki, chef du département de littérature française à l’USJ depuis 2017 et administrateur de la page. « L’idée est de faire des échos entre la littérature et le monde réel de façon à apaiser les hantises et les peurs. J’alterne un post sérieux en début de journée et un post humoristique en début de soirée pour décompresser. »

Ces posts, toujours accompagnés de tableaux ou de caricatures, tantôt imaginés par l’enseignant lui-même, tantôt relayés depuis d’autres pages Facebook, sont intelligents et, mine de rien, éducatifs. « La démarche pédagogique réside ici dans plusieurs points : d’abord, faire découvrir des auteurs aux étudiants et aux internautes, ensuite les replonger dans les classiques : ce n’est jamais mauvais... De plus, les étudiants sont impliqués dans le processus créatif : ils participent à la réalisation des posts et, de fait, ils redécouvrent souvent la bibliothèque familiale. »


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Travaillant à partir de Canvas, de nombreux posts sont créés quasiment quotidiennement avec la participation active des étudiants, et cela donne à ces derniers la possibilité d’être au plus proche de leur département et de leurs enseignants, comme le souligne Karl Akiki : « Par exemple, on a fait une série intitulée “Comment les profs vivent leur confinement”, dans lesquels les enseignants de notre département étaient interrogés sur leurs activités des dernières semaines. Ce sont les étudiants qui ont proposé les questions et qui les ont posées à leurs enseignants. Ce qui en est ressorti, c’est que beaucoup ont des activités manuelles, créatrices, ils se lancent dans la cuisine, la pâtisserie, et je trouve cela intéressant. Les professeurs ont aussi répondu avec humour pour représenter leur confinement, avec toujours cette idée de remotiver les troupes avec des réponses comiques. »

Avec humour pour ne pas finir en absurdie avec Beckett ou Ionesco

Proust, Sartre, Corneille, Shakespeare, tous ces grands auteurs repris sur la page des Lettres françaises, qu’ont-ils à nous apprendre en ce moment ? « Chaque auteur a vécu un moment d’enfermement. Je trouve cela intéressant de voir comment ces écrivains, tels que Proust, confiné pour écrire À La recherche du temps perdu, ont utilisé le confinement d’une façon positive. L’expérience du confinement existe partout en littérature. Par exemple, les unités de temps et de lieu dans la tragédie classique (tout a lieu dans un seul espace, avec une seule action) est une sorte de confinement qui crée le tragique, mais qui peut aussi créer la comédie. Sur ce point, j’ai décidé de prendre la comédie. Pourquoi ne pas prendre exemple là-dessus ? Le Roi Lear a été écrit par Shakespeare en période de peste en Angleterre. Flaubert écrivait confiné dans son gueuloir… les expériences de confinement sont abondantes en littérature », rappelle le chef du département. Mais ces posts ne sont pas que détournements humoristiques et parodiques, ils sont aussi souvent informatifs, et ne s’éloignent jamais trop de l’actualité et des Lettres. À ce titre, on trouve régulièrement des passages entiers de littérature retranscrits : en ce qui concerne les épidémies, les citations vont de Thucydide à Giono, en passant par Eugène Sue ou Mary Shelley, ou encore à Nerval, dont Karl Akiki revient sur les extraits de son Voyage en Orient (1851), alors qu’il est en quarantaine à Beyrouth, (quelques années avant Flaubert) : « Je trouve la description par Nerval de Beyrouth fabuleuse. Il décrit en détail la région de la Quarantaine, qui donnait à l’époque sur la mer et la montagne. Ce qu’a vécu Nerval n’est pas tellement loin de ce qu’on vit maintenant. Comme lui, je suis plus attentif à la ville autour de moi, aux détails qui m’entourent, la couleur des immeubles, le silence, le bruit des oiseaux… C’est inspirant. Le confinement n’est pas forcément nécessaire pour créer, mais je pense que c’est un ingrédient important. On ne peut créer en étant mélangé aux gens. C’est avec la distanciation sociale et le recul que se déclenche le processus créatif. En ce sens je trouve que la période qu’on vit a du bon. Il faudrait juste que ça ne s’éternise pas trop… », espère Karl Akiki.




« Voyage au bout du confinement » de Louis-Ferdinand Céline, « Le dernier jour d’un confiné » de Victor Hugo, « Rêverie d’un confiné solitaire » de Jean-Jacques Rousseau, « Les Métamorphoses » de Covid… Entre détournements et parodies littéraires, les quelque 3 400 abonnés et 13 400 personnes suivant la page Facebook...

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