Covid-19

Malgré les récentes observations sur la nicotine, le tabac reste un facteur de risque majeur

Les fumeurs figurent au nombre des personnes à risque de développer les symptômes graves de la maladie.

Les fumeurs figurent au nombre des personnes à risque de développer les symptômes graves du Covid-19. Photo Bigstock

Les poumons sont les principaux organes affectés par le Covid-19 et l’atteinte pulmonaire est d’une intensité variable selon la sévérité de l’infection et la charge virale. Les fumeurs quotidiens, qui sembleraient moins contaminés par le SARS-CoV-2 que les non-fumeurs, selon des études basées sur des constats statistiques, restent cependant, selon les spécialistes, au nombre des personnes à risque de développer les symptômes graves du Covid-19 au même titre que les personnes âgées, celles cardiaques, diabétiques et hypertendues ou encore les personnes ayant une immunodéficience. Le Dr Mirna Waked, pneumologue, répond aux questions de L’Orient-Le Jour.

Qui sont les patients à risque de développer une pneumonie causée par une infection au Covid-19 ?

Il ne s’agit pas, à proprement dire, d’une pneumonie, mais d’une atteinte pulmonaire inflammatoire d’intensité et de forme variables, entraînant une hypoxie (manque d’apport en oxygène au niveau des tissus de l’organisme). Les patients à risque de développer des formes sévères sont ceux âgés de plus de 60 ans, les diabétiques, ceux présentant des pathologies cardiovasculaires, ainsi que certaines personnes souffrant de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive, un syndrome respiratoire observé surtout chez les fumeurs). La sévérité de l’atteinte pulmonaire varie d’un sujet à l’autre. Chez certains, il faut juste surveiller l’évolution, chez d’autres, l’atteinte est telle qu’elle requiert le recours à l’oxygène et à la ventilation mécanique, voire à une admission en unité de soins intensifs.

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À quoi ressemblent les poumons d’une personne atteinte du Covid-19 ?

Une inflammation au niveau des alvéoles entraînée par un orage de cytokines (ce sont des protéines sécrétées par les cellules qui contrôlent les réponses immunitaires et inflammatoires) qui attaquent les poumons. Cette inflammation peut être diffuse ou localisée pouvant ressembler à un poumon de choc (insuffisance de fonctionnement de l’appareil respiratoire) ou à un œdème pulmonaire cardiogénique (une manifestation de l’insuffisance cardiaque aiguë) et même à des pathologies d’hypersensibilité pulmonaire.

Quelles sont les séquelles laissées par cette infection sur les poumons ?

Il est trop tôt pour parler de séquelles pulmonaires. Il est clair que les personnes guéries retrouvent une capacité normale si elles n’ont pas de maladies chroniques. Pour pouvoir répondre à cette question, il faut attendre les résultats des études menées sur un large nombre de malades du Covid-19, suivis dans le temps.

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Une étude publiée dans le «New England Journal of Medicine» et une autre par l’Académie française des sciences suggèrent que les fumeurs contaminés par le virus ont moins de risques de développer des symptômes graves. Est-ce que le tabac peut présenter un facteur atténuant des symptômes du Covid-19 ou diminue-t-il le risque de contracter le virus ?

Le lien entre le tabagisme et le risque accru de contracter le SARS-CoV-2 n’est pas encore clair. Toutefois, en nous basant sur des articles internationaux récents, il est clair que l’arrêt du tabac diminue le risque de développer une infection plus sévère ou fatale.

Des rapports chinois récents montrent aussi que l’atteinte par Covid-19 est plus fréquente chez les hommes qui sont des fumeurs avec un taux de mortalité frôlant 4,7 % contre 2,8 % chez les femmes, selon l’Organisation mondiale de la santé.

Le SARS-CoV-2 est suspecté d’entrer dans les cellules par le biais des récepteurs ACE2. Comme la nicotine contenue dans le tabac augmente le nombre de ces récepteurs sur la surface des cellules, la théorie populaire a été de supposer que le tabac augmente le risque de Covid-19 ou en exacerbe les symptômes, dans le cas d’une infection préexistante.

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Par ailleurs, certains chercheurs ont avancé tout aussi facilement et hâtivement la théorie selon laquelle une augmentation du nombre de ces récepteurs pourrait avoir un rôle protecteur en diminuant l’angiotensine qui joue un rôle dans l’amplification de l’inflammation dans les poumons de choc.

Les méta-analyses effectuées sur le nombre limité de publications sur le Covid-19 ne peuvent, pour l’instant, conclure en faveur d’aucune de ces théories, en raison de problèmes méthodologiques, du nombre limité de personnes incluses dans les études et des ajustements statistiques imparfaits.

Dans l’attente de plus amples études menées sur le sujet, les données actuelles nous poussent à conseiller toujours l’arrêt du tabac, car il reste, en médecine pulmonaire et en médecine tout court, un facteur d’une comorbidité absolue et incontestable. Donc la question reste ouverte, mais il est inconcevable d’adopter, comme c’est insinué dans certains médias, la nicotine comme une substance qui protège du Covid-19.

Dans cette pandémie, il est certain qu’il existe des enjeux géopolitiques et économiques énormes. L’industrie du tabac n’est apparemment pas innocente dans ces annonces apparentées à des rumeurs infondées.


Les poumons sont les principaux organes affectés par le Covid-19 et l’atteinte pulmonaire est d’une intensité variable selon la sévérité de l’infection et la charge virale. Les fumeurs quotidiens, qui sembleraient moins contaminés par le SARS-CoV-2 que les non-fumeurs, selon des études basées sur des constats statistiques, restent cependant, selon les spécialistes, au nombre...

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