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Nos lecteurs ont la parole

Lettre au président de la République

Monsieur le Président,

Vous occupez aujourd’hui la plus haute magistrature de l’État et êtes le garant de la Constitution, il est naturel que les Libanais se tournent vers vous lorsque leur pays est confronté à une crise existentielle. Je me permets de m’adresser à vous publiquement car tous les clignotants sont au rouge – sang – qui menacent l’existence même du pays.

Vous êtes le seul à avoir prêté serment pour la sauvegarde du pays dans ses deux dimensions interne et externe.

Les derniers développements ont tellement ravagé le tissu national, alimentant la haine et donc les dissensions profondes, que fleurissent çà et là des visions myopes de l’avenir du Liban et de nos institutions.

Nous attendons de vous de réaffirmer la vision politique qui sous-tend notre projet national et son unité interne. Ce projet, bâti sur la fécondité des contraires, et de la richesse humaine et culturelle qu’elle induit, représente une réelle valeur ajoutée civilisationnelle. Le Liban demeure une expérience unique : celle du partage fécond entre l’islam et la chrétienté, entre la montagne terrienne des refuzniks (rebelles à toute aliénation) et le littoral commerçant prospère, ouvert et cultivé. Cette synthèse est fragile, parfois douloureuse, mais elle constitue l’essence même de notre vocation nationale.

Nous sommes ainsi le seul pays au monde où l’islam, cet ami-ennemi dont l’Occident peine à déchiffrer les codes, gouverne paritairement avec les chrétiens. Malgré les souffrances, nous avons ainsi réussi cette greffe, qui fait de chacun de nous, en dépit des apparences, un citoyen multiple.

Y renoncer, c’est laisser libre cours à des sirènes inventives destructrices partant toutes du refus de l’autre. La partition, suicidaire, qu’elle soit assumée ou déguisée, tout comme certaines lectures irréalistes du fédéralisme, ou même cette obstination à faire de la lecture des accords de Taëf un dogme confessionnel, partent toutes de cette même idée du refus de l’acceptation de l’autre autrement qu’en le soumettant.

Un pays sans ADN de construction a du mal à trouver une place digne dans le concert des nations. C’est à vous, Monsieur le Président, que revient la tâche de rappeler et consolider la vision fondatrice d’hier, mais qui reste aussi promesse d’avenir.

Votre serment visait aussi la sauvegarde et la protection du territoire.

En restant loin de la polémique, qui ressortit plus des réactions émotionnelles que des analyses rationnelles, je ne sais s’il y a une écrasante majorité de la population favorable à une normalisation avec Israël ou à l’inverse enthousiaste envers l’accord irano-américain.

L’accord-cadre signé à Washington, salué à Tel-Aviv, qui en donne une lecture inquiétante, ainsi que dans certains milieux américains opposés aux accords d’Islamabad, est décrit par nombre de commentateurs et spécialistes internationaux comme une reddition unilatérale face aux exigences israéliennes. Certains vont plus loin, qui lui reprochent de faire entrer le Liban, si soucieux de neutralité, dans la lutte des axes intra-américains, entre les défenseurs des accords signés par le président Trump et les tenants du traditionnel tropisme pro-israélien.

Quant à l’accord irano-américain, il prend une allure d’accord régional, et s’ingère en réalité dans les affaires d’une grande partie du monde, à commencer par le Liban, les pays limitrophes, certaines puissances, sans oublier l’ensemble du monde marchand.

Ses défenseurs croient qu’en cas de ratification honnête, il apporterait la solution à notre double défi inextricable : libérer le territoire par l’exercice de la seule puissance capable d’infléchir Israël, les USA, et ramener le Hezbollah dans le giron de la vie civile avec ses lois et codes, par l’exercice, là encore, de la seule puissance capable de l’obtenir, l’Iran apaisé.

Nous sommes convaincus, Monsieur le Président, que vous avez à cœur d’œuvrer pour le bien national dans cet océan d’incertitudes. Le souci de l’union nationale, de la souveraineté territoriale, de la légalité internationale et de l’avenir fier et prospère du Liban sont au centre de vos préoccupations quotidiennes, mais les options politiques face à ces défis mériteraient d’être mieux explicitées pour l’ensemble de la population.

Les décisions qui vous incombent compteront parmi les plus lourdes de conséquences depuis la fin de la guerre. Puisse votre action rester guidée par votre loyauté, la fidélité à votre serment, et par la raison, loin des pressions émotionnelles et viscérales. C’est de la survie du Liban qu’il y va.

Nous restons confiants.

Respectueusement, 

Ancien ministre

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Monsieur le Président, Vous occupez aujourd’hui la plus haute magistrature de l’État et êtes le garant de la Constitution, il est naturel que les Libanais se tournent vers vous lorsque leur pays est confronté à une crise existentielle. Je me permets de m’adresser à vous publiquement car tous les clignotants sont au rouge – sang – qui menacent l’existence même du pays. Vous êtes le seul à avoir prêté serment pour la sauvegarde du pays dans ses deux dimensions interne et externe. Les derniers développements ont tellement ravagé le tissu national, alimentant la haine et donc les dissensions profondes, que fleurissent çà et là des visions myopes de l’avenir du Liban et de nos institutions. Nous attendons de vous de réaffirmer la vision politique qui sous-tend notre projet national et son unité interne. Ce...
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