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Liban - Confinement

Dans Beyrouth confiné, des commerces continuent de fonctionner à la dérobée

Livres, fournitures de sport, fleurs... Tout se livre désormais à domicile.

Il suffit d’un numéro de téléphone, et toutes sortes de marchandises vous seront livrées.

Depuis plusieurs semaines à travers Beyrouth, la plupart des magasins, hors alimentaires et pharmacies, ont fermé leurs portes, alors que la capitale vit à l’heure du confinement. Nombreux sont toutefois les commerçants qui ont affiché leur numéro de téléphone ou leur adresse e-mail sur un morceau de papier, scotché sur le rideau baissé de leur magasin, pour continuer à assurer quelques services à leurs clients et engranger un minimum de revenus. Couturiers ou retoucheurs, merceries, boutiques de tissus d’ameublement…

Un certain nombre de commerces, contraints à la fermeture, sont également passés au commerce en ligne. Beaucoup de magasins de sport, grandes surfaces, ou encore librairies livrent désormais à domicile. À l’autre bout de l’application, des Libanais confinés qui achètent un vélo d’appartement pour rester en forme, un livre pour tuer le temps, un DVD pour se relaxer après une journée en télétravail. « Depuis le début du confinement, je suis en télétravail, alors quand le chargeur de mon ordinateur est tombé en panne, j’ai paniqué. Mais en “googlelant” les boutiques spécialisées proches de chez moi, j’en ai trouvé une prête à me dépanner », explique Lætitia. Une femme, au bout du fil, a donné rendez-vous à la boutique dont le rideau est resté partiellement baissé, pour récupérer le chargeur, après avoir vérifié qu’elle l’avait en stock. « En trente minutes, mon problème était réglé », poursuit la jeune femme.

Élie, qui travaille dans une ONG, s’est vu obligé de faire confectionner des foulards pour des distributions d’urgence. Tout s’est réglé au téléphone, de la commande au cliché, à l’épreuve. « Ce fournisseur a ouvert pour travailler uniquement pour nous, même si la commande était très limitée », note Élie.

« Nous ne faisons pas de consultations, mais nous sommes prêts à réparer des lunettes cassées ou à en vendre de nouvelles », souligne une vendeuse debout sur un trottoir et travaillant chez un opticien.

Lors des fêtes de Pâques, les chocolatiers ont ouvert timidement leurs portes et la présence des vendeurs à l’intérieur des boutiques se devinait grâce aux lumières allumées.



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Des fleurs et des couleurs
La situation économique s’est tellement dégradée que ceux qui ont été obligés de fermer boutique sont désormais prêts à travailler même pour très peu de revenus.

Yéhia est en charge d’une boutique ayant pignon sur rue dans diverses régions du pays, connue pour la vente de papeterie et l’impression rapide de documents. « Nous ouvrons seulement en matinée. Un travail qui prendrait normalement une journée nécessite désormais trois jours. Comme nous vendons de la papeterie, les autorités nous considèrent comme des librairies. Nous baissons donc le rideau à 11h et nous continuons à travailler jusqu’à 14h », explique-t-il.

Quelques pépinières ouvrent aussi à la dérobée et livrent à domicile, à prix cassés. Fleuristes et horticulteurs, qui travaillent avec des produits agricoles périssables, accusent de lourdes pertes. Quelques-uns bravent la réglementation propre au confinement pour vendre plantes en fleurs et bouquets. Dans une pépinière située dans la banlieue de Beyrouth, on peut lire sur la porte d’entrée principale que les lieux sont fermés, mais les clients entrent par une porte dérobée. Le gérant les incite à effectuer leur choix rapidement. « Nous avons été verbalisés à deux reprises. Que voulez-vous ? Il faut bien écouler la marchandise, nous ouvrons donc seulement en matinée et nous comptons sur notre bonne étoile pour ne pas encore recevoir des contraventions », soupire-t-il.

Partout au Liban, salons de manucure, coiffeurs et entraîneurs de gym personnels offrent leurs services à domicile. Tous disent prendre leurs précautions. Dans les maisons où ils interviennent, les lieux dans lesquels ils se sont installés sont stérilisés dès qu’ils partent. « Je suis rentrée de voyage quelques jours avant la fermeture de l’aéroport. Deux semaines après le confinement, il fallait que je fasse les racines de mes cheveux, mes ongles… J’avais du mal à me regarder dans un miroir. J’ai appelé le coiffeur et l’esthéticienne… L’esthéticienne est venue chez moi. Nous étions toutes les deux masquées et elle portait des gants. Le coiffeur a ouvert spécialement pour moi », dit Rima. De nombreux coiffeurs sont en train d’accueillir leurs clients en catimini, surtout les femmes qui veulent cacher leurs cheveux blancs.

Nayla raconte son expédition chez le coiffeur : « Nous étions trois femmes au salon de coiffure, toutes voisines. Le coiffeur nous a donné rendez-vous, juste pour que nous puissions faire teindre les racines. Nous sommes ses clientes depuis de longues années. Tout s’est passé rapidement. Nous sommes sorties de chez lui les cheveux teints et lavés, mais sans brushing. Il avait peur d’être verbalisé. Nous sommes rentrées discrètement et rapidement à la maison, comme si nous venions de commettre un abominable crime. Nous faisions peine à voir. »


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