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Politique - Législation

Au Parlement, des renvois en commission à la pelle et une fin en queue de poisson

La longue séance parlementaire s’est terminée après un défaut de quorum, laissant en suspens un projet de loi sur l’octroi d’un milliard deux cents millions de livres aux petites entreprises et aux agriculteurs.

Faute de quorum, un projet de loi, en dehors de l’ordre du jour déjà fixé, qui prévoyait l’octroi d’un milliard deux cents millions de livres aux petites entreprises et aux agriculteurs, n’a pas été voté. Photo tirée du compte Flickr du Parlement

Le lourd rideau de velours rouge du théâtre de l’Unesco est tombé sur une pièce inachevée. La longue séance parlementaire qui devait s’étaler sur trois jours (mardi, mercredi et jeudi) s’est terminée hier en queue de poisson, faute de quorum, laissant en suspens un projet de loi, en dehors de l’ordre du jour déjà fixé, qui prévoyait l’octroi d’un milliard deux cents millions de livres aux petites entreprises et aux agriculteurs pour créer, selon la ministre de la Défense Zeina Acar, un filet de sécurité pour la société. Le Premier ministre, Hassane Diab, a demandé au président de la Chambre de tenir une séance le soir pour étudier ce projet en raison de son importance, mais Nabih Berry a refusé en affirmant : Nul ne me dit ce que je dois faire, le Parlement est souverain. Par cette phrase lapidaire, le président de la Chambre a mis un terme prématuré à la séance parlementaire en trois volets, qui risquait de déraper, d’abord en raison des débats animés entre les députés et ensuite en raison du réveil du mouvement de protestation dans la rue.

De fait, l’ambiance au palais de l’Unesco – transformé en siège provisoire du Parlement – était hier bien différente de celle de la veille, qui était restée plus ou moins bon enfant. Comme si les différents blocs parlementaires avaient rechargé leurs batteries pendant la nuit après notamment le retour en commission du projet de loi sur une amnistie générale en clôture de la séance de mardi soir, plusieurs députés ont eu des échanges virulents hier. Nabih Berry a d’ailleurs eu du mal à contenir les excès. Plan orchestré ou hasard des débats, toujours est-il que le Parlement a renvoyé en commission la plupart des projets de loi importants, notamment au sujet de la levée de l’immunité des ministres, un projet présenté par les députés Hassan Fadlallah (Hezbollah) et Hani Kobeissy (Amal) ; de l’arrêt des travaux de construction du barrage de Bisri, présenté par Paula Yacoubian ; et de la nécessité de recouvrir les fonds transférés à l’étranger, un texte présenté par le Courant patriotique libre. La nouvelle astuce trouvée pour ne pas voter ces projets était de leur retirer le caractère d’urgence pour les renvoyer en commission. Autrement dit, ils n’ont pas été rejetés, mais ils exigent un examen plus approfondi. Par contre, le projet de loi sur la levée du secret bancaire présenté par le CPL a été rejeté de même que le projet de loi pour interdire les portraits des leaders et autres dirigeants dans les lieux publics, présenté par Paula Yacoubian, et celui portant sur la réduction du mandat du Parlement en vue d’organiser des élections anticipées, proposé par le parti Kataëb, qui a provoqué l’échange le plus violent de la séance.


Entre Élie Ferzli et Samy Gemayel, le clash de la séance

L’examen de ce projet de loi a provoqué une véritable confrontation entre le vice-président de la Chambre, Élie Ferzli, et le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel. M. Ferzli a ainsi déclaré, sans nommer directement M. Gemayel, qu’il faut cesser de chercher à tromper l’opinion publique avec des projets populistes, au détriment de la dignité du Parlement. M. Gemayel a vivement riposté en lançant à M. Ferzli à deux reprises : « Je ne vous permets pas. » Nabih Berry a tenté d’intervenir, en vain. Le chef des Kataëb a lancé en guise de conclusion : « Si Ferzli et le camp auquel il appartient avaient réussi au pouvoir, nous n’en serions pas là aujourd’hui... »

Samy Gemayel a aussi protesté contre le mode de vote à main levée adopté par M. Berry, assurant que ce procédé n’est pas précis. Il a demandé que le vote se fasse par interpellation des noms, mais le président de la Chambre a refusé, ayant choisi ce procédé depuis la veille pour gagner du temps.

Le député Jamil Sayyed, qui dit se tenir au-dessus des clivages traditionnels, n’a pas ménagé de son côté les différentes parties, réclamant un pouvoir judiciaire réellement indépendant, ce qui reste, selon lui, le moyen le plus efficace pour lutter contre la corruption, et non les lois qui peuvent ne pas être appliquées. Il a aussi affirmé que le fait d’accuser toute la classe politique de corruption est le plus court chemin pour saboter la lutte contre la corruption. Il a aussi suscité la colère de Mohammad Hajjar (courant du Futur) qui a déclaré, sans nommer personne, que certains cherchent à faire adopter des lois avec des intentions politiques cachées pour s’en prendre à Rafic Hariri et à son héritage.


(Lire aussi : Le cannabis à des fins thérapeutiques... une manne ou une manœuvre politique ?)


Trois bonnes nouvelles, malgré tout

Toujours au sujet de la lutte contre la corruption, il faut signaler le fait que publiquement tous les blocs parlementaires affirment la soutenir à tout prix, mais dès qu’il s’agit de prendre des mesures concrètes, la plupart se dérobent. Le plus franc à cet égard a sans doute été Mohammad Hajjar qui a exprimé ses craintes que cette lutte ne soit l’occasion de régler de vieux comptes. Finalement, protestations populaires, crise économique et financière, et même coronavirus ne changent pas grand-chose dans l’univers du Parlement où, en dépit de toutes les déclarations, on en revient toujours au même point : la ligne ténue entre la lutte contre la corruption et les vengeances politiques.

Il faut encore préciser que l’examen du projet de loi sur la levée de l’immunité des ministres a suscité un long débat technique sur le fait de savoir s’il exige un amendement constitutionnel ou non. Dans la foulée de ce débat, le député Ali Ammar (Hezbollah) a présenté sa démission de la Haute Cour de justice pour juger les présidents et les responsables. Cette cour prévue par Taëf n’a, de fait, jamais été formée. Récemment, le Parlement avait choisi les députés qui en sont membres, mais les gouvernements successifs n’avaient pas nommé les magistrats qui doivent en faire partie.

Par contre, les rares bonnes nouvelles de la séance d’hier ont consisté d’abord dans l’adoption du projet de loi présenté par Alain Aoun (CPL) sur la suspension des échéances financières et autres pour une durée de six mois, une question qui touche actuellement tous les citoyens ayant des factures ou des traites à régler. Une autre bonne nouvelle a consisté dans l’octroi d’un crédit de 450 milliards de livres libanaises aux hôpitaux privés, en dehors de l’ordre du jour. Enfin, le président de la Chambre a annoncé que, selon ses informations, le plan financier et économique du gouvernement est prêt et il doit être discuté en Conseil des ministres. La nouvelle a été confirmée par le président du Conseil qui a ajouté que le plan devait être discuté cette semaine mais, en raison de la séance parlementaire, cela a été reporté à la semaine prochaine...


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commentaires (15)

Et concernant le quorum: qui était présent et qui ne l'était pas??

Sybille S. Hneine

20 h 19, le 23 avril 2020

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Commentaires (15)

  • Et concernant le quorum: qui était présent et qui ne l'était pas??

    Sybille S. Hneine

    20 h 19, le 23 avril 2020

  • Et pendant ce temps là le peuple trinque... si on a rien à se reprocher on ne fait pas de défaut de quorum... etc... Décourageant affligeant déprimant... Comment lutter contre la corruption lorsque ce sont les mêmes qui débattent depuis des décennies??

    Sybille S. Hneine

    20 h 12, le 23 avril 2020

  • Au Parlement, des renvois en commission à la pelle". Renvoyer en commission, c'est embrouiller le problème pour escamoter un objectif. C'est un art dans lequel excelle Nabih Berry. Dans le langage gaullien, on appelle cela "Le comité Gustave, Théodule, Hippolyte".

    Honneur et Patrie

    17 h 35, le 23 avril 2020

  • WOWWWWW ! 3 LOIS D'IMPORTANCE EXTRAORDINAIRE VOTEES. A AJOUTER AUX AUTRES EXPLOITS " DU LIBAN FORT ". QUE VEUT DONC DE PLUS LE PEUPLE ? LES VOLEURS DE TOUTES ESPECES BRANLENT ET TREMBLENT DE PEUR ! HAIR CUT? ENTERRE DIT IL ? CELUI DES 90 % ? CELUI DES 98% ? CELUI DES 100% ? A APPLIQUER SUR DES MONTANTS DE 100K$ ET PLUS? 200K$ ? 300? 500? QUI OSERAIT AVANCER UNE ASSURANCE QUELCONQUE QUANT A L'ENTERREMENT TOTAL OU PARTIEL DU HAIR CUT ? QUI EN DECIDERAIT ? LA BDL, L'ABL, BERRI, DIAB, NASRALLAH,AOUN ?

    gaby sioufi

    10 h 53, le 23 avril 2020

  • Faut demander une aide extérieure pour les faire dégager au plus vite !

    Brunet Odile

    09 h 55, le 23 avril 2020

  • Nous sommes complices pas victimes. Nous les avons votés en place après tout. La prochaine fois que (si) nous en aurons l’occasion, au moment de cocher un nom, demandons-nous si la personne à laquelle nous allons confier notre avenir, et surtout celui de nos s, est la bonne personne pour ce rôle. Au lieu de faire le calcul traditionnel: combien me paie-t-il pour ma voix, et pourra-t-il m’aider lorsque J’en aurai besoin? (à noter le "j" majuscule, utilisé lorsque le "moi" prime sur la collectivité)...

    Gros Gnon

    09 h 44, le 23 avril 2020

  • C'est connu pour enterrer un projet il suffit de creer une commision....les affames vont se reveiller.....

    Houri Ziad

    09 h 41, le 23 avril 2020

  • Des ploucs des ploucs des ploucs et pendant ce temps le peuple meurt de faim ! Ces politiques sont la honte du Liban.

    Brunet Odile

    09 h 36, le 23 avril 2020

  • Cela aurait été trop beau que les fossoyeurs de notre pays depuis 30 ans acceptent brusquement les changements qui signifieraient la fin de leur main-mise criminelle sur l'Etat. Et le plus indécent de leur part est qu'ils font semblant d'exiger des...réformes !!! Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 24, le 23 avril 2020

  • Vous n'avez pas l'impression d'un déja-vu ?.......

    Tabet Karim

    09 h 10, le 23 avril 2020

  • Des renvois en commission à la pelle de lois super dangereuses retenons celle de la loi des loyers à l'heure ou grand nombre d 'immeubles risquent de s'effondrer .

    Antoine Sabbagha

    08 h 30, le 23 avril 2020

  • LES POLICHINELLES SE SONT REPRODUITS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 30, le 23 avril 2020

  • Au cas où Le Gouvernement de M Diab va être poussé à la demission , quelle est la chance de voir naître un changement ? Des élections parlementaires anticipées qui seront ipso facto contestées car elles seront menées Par les partis politiques au pouvoir Et aidé Par l'establishment profond qui les soutient au niveau de tous les secteurs du pays . Je suis très sceptique . Un courant politique qui a toujours prône le changement n'a pas réussi malgré le nombre de députés et de ministres et actuellement ce new Gouvernement dans lequel nous avons mis des espoirs est mis à rude épreuve . Triste pays qu'est le nôtre !

    Lecteurs OLJ

    06 h 11, le 23 avril 2020

  • Quelle mascarade! Des députés à la noix de coco, des décisions loufoques, sauf une pour les hôpitaux, des débats surréalistes! Le peuple mérite mieux que ce poulailler malgré le prestige de l'endroit. Ils nous mènent vers le désastre jusqu'à ce que le pays devienne une proie mûre et facile à se faire gober par la wilayat du fakih où nous deviendrons tous des gardiens de la révolution, opposés à l'évolution... Akh ya watani...

    Wlek Sanferlou

    02 h 58, le 23 avril 2020

  • Mais c’est toujours le même cirque et la foire d’empoigne! Qu’on cesse de se moquer des gens! Chassez le naturel et il revient au galop: la même clique de députés au pouvoir, un pseudo-gouvernement qui gesticule et fait semblant de vouloir changer les choses sans rien faire de concret et...vogue la galère... La rue avait raison: rien ne pourra changer au pays si ce pauvre premier ministre ne démissionne pas en reconnaissant son impuissance, que l’on décide de nouvelles élections pour en finir de cette clique de députés aux allégeances communautaires douteuses et surtout se débarrasser d’un chef de gouvernement inamovible et qui se prend pour un mini-sultan autocratique... Sinon, le pays continuera d’aller d’une catastrophe économique à une autre Malheureusement, on ne voit pas encore la lumière au bout du tunnel

    Saliba Nouhad

    01 h 02, le 23 avril 2020

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