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À La Une - Proche-Orient

A Gaza, peut-on discuter avec des Israéliens sur Zoom ?

L'arrestation de militants palestiniens pour avoir parlé avec des Israéliens via visioconférence a suscité une controverse sur le rôle d'une militante et ex-collaboratrice d'Amnesty dans leur détention.

Un Palestinien membre des forces de sécurité loyales au Hamas à Rafah, point de passage avec l'Égypte, dans le sud de la bande de Gaza, le 13 avril 2020. AFP / SAID KHATIB

Une discussion sur Zoom, un poste critique sur Facebook et les geôles du Hamas : l'arrestation de militants palestiniens à Gaza pour avoir parlé avec des Israéliens via visioconférence a suscité une controverse sur le rôle d'une militante et ex-collaboratrice d'Amnesty dans leur détention.

La semaine dernière, les autorités du mouvement islamiste palestinien Hamas au pouvoir à Gaza ont écroué des civils palestiniens accusés de "trahison" et d'avoir mené des "activités de normalisation" avec Israël par le biais d'échanges sur le site Zoom. Israël et le Hamas sont des ennemis jurés qui se sont livré plusieurs guerres ces dernières années.

Le 9 avril, les autorités locales ont arrêté Rami Aman, fondateur du Comité pour les jeunes de Gaza, une ONG locale, trois jours après une discussion en ligne avec une organisation de la gauche israélienne, d'ailleurs pro-palestinienne. "Etablir toute activité ou communication avec les forces d'occupation israéliennes, peu importe l'excuse, est un crime au sens de la loi et constitue un acte de trahison de notre peuple", a souligné le ministère de l'Intérieur à Gaza. Que s'est-il passé entre la conférence sur Zoom et l'arrestation de Rami Aman ?

Des médias ont évoqué un commentaire sur Facebook de Hind Khoudary, ex-consultante d'Amnesty International, qui avait d'ailleurs été arrêtée l'an dernier par le Hamas pour avoir mis en lumière des "violations" des droits humains contre des manifestants "pacifiques". Amnesty International a confirmé à l'AFP que Hind Khoudary avait été une "pigiste contractuelle embauchée pour une brève période" afin de documenter l'an dernier des manifestations à Gaza, mais qu'elle n'était plus employée par l'organisation de défense des droits humains. "Et nous condamnons absolument l'arrestation des individus pour avoir pratiqué leur droit de s'exprimer en paix et de se rassembler", a dit à l'AFP Saleh Hijazi, adjoint au directeur régional d'Amnesty International pour le Moyen-Orient, en référence à l'arrestation de M. Aman.


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"Pas une erreur"
Sur sa page Facebook, l'ancienne collaboratrice d'Amnesty a tagué la semaine dernière le nom de Rami Aman, affirmant qu'il s'adonnait à des activités de "normalisation" avec Israël, qui impose notamment un blocus à Gaza depuis que cette enclave est tombée, en 2007, sous contrôle du Hamas. "En tant que Palestinienne, avant même d'être journaliste, je suis contre toute normalisation (avec Israël)", a affirmé lundi à l'AFP Mme Khoudary. "Je n'ai pas fait une erreur lorsque j'ai écrit contre Rami Aman (...) et je ne suis pas opposée à son arrestation", a-t-elle ajouté, soulignant toutefois ne pas être la cause de sa détention car le Hamas était, selon elle, déjà au fait de ses activités.

"Ces commentaires sur Facebook et les médias sociaux ne sont pas responsables de l'arrestation de (Rami) Aman et de cinq autres personnes avec lui", a dit à l'AFP le porte-parole du ministère de l'Intérieur à Gaza, Iyad al-Bozm. Ces six personnes sont toujours détenues dans le cadre d'une enquête préliminaire et sont constamment sous surveillance des services de sécurité, d'après lui.



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Normalisation vs occupation
"Rami Aman avait déjà été arrêté il y a deux ans et relâché sous caution après avoir promis de ne pas mener des activités de normalisation avec les forces d'occupation (...) Mais malheureusement, il a repris ses activités et violé la loi et la culture de notre peuple", a ajouté M. Bozm.

Sur les réseaux sociaux, la polémique enflait lundi, de nombreuses personnes accusant Mme Khoudary d'avoir contribué à l'arrestation de M. Aman. Mais d'autres la félicitaient pour son combat contre la "normalisation" des relations avec Israël. Pour l'analyste palestinienne Yara Hawari, "la majorité des Palestiniens s'opposent à des activités de normalisation car celles-ci contribuent à l'idée selon laquelle tout ce qu'il faut (pour résoudre le conflit) c'est le dialogue, alors que (...) c'est la fin de la violence par l'armée d'occupation israélienne" qui est nécessaire. "Imaginez que l'on demande à une personne victime d'abus physique et émotif de discuter avec son agresseur pendant que les abus se poursuivent (...) Ce serait cruel", affirme-t-elle pour expliquer le rejet par de nombreux Palestiniens de "normaliser" des relations avec Israël sans accord de paix. Et donc les soutiens apportés à Mme Khoudary.


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