Restructuration de la dette

Morgan Stanley commente la présentation du gouvernement aux créanciers

La banque américaine relève « une approche cohérente pour la restructuration de la dette » et salue la volonté des intervenants de ne pas chercher « à embellir la réalité des défis économiques ». Elle estime toutefois que des clarifications sur les différents points soulevés auraient dû être apportées.

La banque américaine estime que le ministère des Finances a envoyé un signal positif à ses créanciers locaux. Photo AFP

Que penser de la présentation du ministère des Finances adressée vendredi dernier aux créanciers du pays ? Le ministre des Finances Ghazni Wazni, le directeur général du ministère des Finances Alain Bifani et le conseiller économique du ministre Talal Salman s’étaient succédé pour livrer aux créanciers quelques éléments sur la situation macro-économique du pays et sur les futures étapes envisagées en vue d’une restructuration de la dette publique. La banque d’investissement américaine Morgan Stanley a publié hier une note actualisant son rapport publié la semaine dernière sur la restructuration de la dette publique libanaise, et ce à la suite de la visioconférence du ministère des Finances. Morgan Stanley relève tout d’abord « une présentation solide », « une approche cohérente pour la restructuration de la dette » et salue la volonté des intervenants de ne pas chercher « à embellir la réalité des défis économiques ». Avec un bémol toutefois, puisqu’elle estime que le ministère aurait pu apporter davantage de clarifications sur les différents points soulevés.

Restructuration de la dette publique

Lors de cette présentation, il a été souligné que le gouvernement planifiait aussi bien une restructuration de la dette en dollars – sur les eurobonds – qu’une restructuration de la dette en livres – sur les bons du Trésor –, ainsi qu’une restructuration du secteur bancaire local. L’approche qui sera adoptée pour la restructuration des eurobonds (31,314 milliards de dollars) « dépendra fortement de combien de réserves en devises le gouvernement et la BDL auront à leur disposition », tandis que celle qui sera envisagée pour les bons du Trésor (l’équivalent de 57,072 milliards de dollars) « dépendra des ressources en livres libanaises disponibles, et plus précisément du surplus primaire (solde budgétaire hors service de la dette) que le gouvernement parviendra à atteindre à moyen terme ». Ce qui laisserait penser, selon Morgan Stanley, qu’un haircut (réduction du principal de la dette) serait nécessaire pour la dette en dollars, mais pas pour celle en livres, qui pourrait être uniquement rééchelonnée et connaître une réduction des taux d’intérêt.

La banque américaine note que le cadre régissant le taux de change a été évoqué lors de la présentation comme un paramètre-clé du plan de relance, mais que rien de ce que cela implique concrètement n’a été clairement mentionné. « Le Liban prévoit que son PIB se contracte de 55 milliards de dollars en 2018 à 34,4 milliards, ce qui signifierait que le ratio dette/PIB passerait de 176 % à 280 % si le peg (taux officiel à 1 507,5 livres pour un dollar) est maintenu, et ce qui impliquerait donc un haircut plus significatif », écrit Morgan Stanley. Une dévaluation de la livre permettrait de facto une baisse de ce ratio.

Par ailleurs, la banque américaine estime que le ministère des Finances a envoyé un signal positif à ses créanciers locaux, en indiquant que le gouvernement veillera à assurer un traitement équitable envers l’ensemble de ses créanciers, dissipant ainsi les craintes d’un traitement plus avantageux des détenteurs internationaux d’eurobonds au détriment des banques locales.


(Lire aussi : Dette : Barclays liste les obstacles à un redressement serein du Liban)

Restructuration du secteur bancaire

« Le secteur bancaire est le deuxième plus important au monde en termes de ratio actifs/PIB, à 422 % (…). Cette réforme passera par un démêlage des liens entre les banques commerciales et la BDL et par une redéfinition de leur rôle qui sera recentré sur l’octroi de prêts à l’économie réelle », avait indiqué vendredi le ministère des Finances.

Il s’agit là pour Morgan Stanley de reconnaître que l’exposition des banques locales à la dette souveraine ne se limite pas uniquement à leurs souscriptions aux eurobonds et bons du Trésor, mais également aux placements (les certificats de dépôt) de ces établissements bancaires auprès de la Banque centrale qui s’élèvent à environ 80 milliards de dollars, sans prendre en compte les réserves obligataires (environ 18 milliards de dollars).

Depuis quelques années, la BDL jouait le rôle d’intermédiaire. L’État s’endettait en émettant des obligations, qui sont ensuite rachetées par la BDL. La Banque centrale émettait à son tour des certificats de dépôt à des taux d’intérêt plus élevés, qui étaient ensuite rachetés par les banques commerciales. Cela permettait, in fine, aux banques de financer le gouvernement sans que cela ne se reflète sur leur niveau d’exposition à la dette.


(Lire aussi : Pour Morgan Stanley, la restructuration de la dette libanaise sera “complexe” et durera “jusqu’à deux ans”)


L’objectif serait donc de supprimer ce rôle d’intermédiaire joué jusqu’ici par la BDL entre le secteur bancaire et le gouvernement. Morgan Stanley ne s’avance pas sur la nature du mécanisme comptable qui permettrait de transformer ces certificats de dépôt en une dette de gouvernement détenue par les banques commerciales. Elle convient que cela rétrécirait considérablement le bilan de la BDL, mais estime que cette opération sera nécessaire pour mieux estimer le besoin de recapitalisation du secteur bancaire à la suite d’une restructuration de la dette. « Pour la recapitalisation du secteur bancaire, on doit prendre en compte l’ensemble de la dette publique détenue par les banques locales (obligations et placements à la BDL) et pas uniquement les obligations », écrit la banque américaine.

En parallèle, pour faire en sorte que le secteur bancaire prête davantage à l’économie réelle : les taux d’intérêt devront baisser aussi bien sur les certificats de dépôt que sur les obligations, ce qui contribuera aussi à baisser le service de la dette pour l’État.

Enfin, Morgan Stanley regrette que la présentation du ministère des Finances n’apporte aucun nouvel élément sur le développement des négociations menées par les autorités libanaises avec le FMI ni sur leur stratégie visant à arrêter l’hémorragie de dollars qui sortent du système. Jusqu’à présent, le Liban n’a pas formulé de demande officielle d’aide au FMI, en dehors de la demande d’assistance technique pour laquelle une délégation du Fonds était venue à Beyrouth fin février et une demande formulée la semaine dernière d’aide financière d’urgence devant permettre de soutenir les efforts du Liban dans sa lutte contre le nouveau coronavirus. Mais la mise en place d’un plan de stabilisation et d’ajustement structurel par le FMI, qui pourrait assurer au Liban une injection de liquidités en devises en contrepartie de réformes structurelles, demeure l’une des principales conditions de la communauté internationale à l’octroi de tout soutien financier.


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