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Alcool, tabac, drogue... Tous addicts après le confinement ?

coronavirus

Et plus le confinement durera, plus les effets négatifs risquent de se faire sentir, avertit un expert.

AFP/Stéphane ORJOLLET/OLJ
26/03/2020

"Encore un apéro-visio ! Je vais finir alcoolique..." "Au boulot je peux pas descendre fumer à la moindre contrariété, en télétravail je te dis pas !" Rigolards ou angoissés, les témoignages du genre se multiplient sur les réseaux sociaux.

Alors, tous "accros", lorsque le confinement aura pris fin ? Pas forcément, mais attention, répondent des spécialistes. "Les liens entre les situations de stress traumatique et la consommation sont tout à fait établis. On répond avec les moyens du bord habituels, calmants, alcool, drogues récréatives", explique Philippe Batel, psychiatre et addictologue, chef du pôle addiction de Charente, dans le sud-ouest de la France. "En situation de confinement, la plupart des stratégies d'adaptation au stress, comme le sport ou les sorties, n'existent plus. Mais il y a de plus en plus de stress. Et la stratégie d'adaptation qui existe toujours, c'est l'utilisation de substances", abonde Elsa Taschini, psychologue spécialisée et cofondatrice de l'association Addict'Elles.

Le phénomène est donc attendu, même chez les gens ne souffrant pas d'addictions lourdes, et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) l'aborde dans ses recommandations pour "faire face au stress" pendant l'épidémie : "Ne cherchez pas à canaliser vos émotions en fumant, en buvant de l'alcool ou en consommant d'autres produits stupéfiants". Certains pays ont pris des mesures radicales pour éviter les abus. L'Afrique du Sud va interdire dès vendredi toute vente d'alcool pendant sa période de confinement, tandis que Hong Kong a sommé les restaurants et les bars de ne plus en servir.


(Lire aussi : Maintenir la communication pour éviter les pires conséquences du confinement)



Cavistes
En France, c'est plutôt l'inverse : les débits de tabac -gros pourvoyeurs de taxes pour l'Etat- comme les cavistes peuvent rester ouverts au grand dam de certains alcoologues. Pour les fumeurs, dépendants à la nicotine, le problème est particulier. "Quand on est enfermé, ce n'est pas le moment de se priver", relève le professeur Bertrand Dautzenberg, secrétaire général de l'Alliance contre le tabac. "Le mieux c'est de remplacer, mettre des patchs ou utiliser des substituts ou une cigarette électronique. Mais on peut aussi essayer de se dire : c'est un moment compliqué mais qu'est-ce que je peux faire de bien? Arrêter de fumer..."

"Il faut réussir à gérer cette question du craving" (envie irrésistible), souligne aussi Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction, une association de professionnels. "On voit la multiplication des e-apéros, un besoin de convivialité, de décompression qui s'associe à la consommation d'alcool", poursuit cette spécialiste. Il faut donc "éviter de tomber dans le systématisme : convivialité égale alcool, stress égale alcool".

Et plus le confinement durera, plus les effets négatifs risquent de se faire sentir, avertit Philippe Batel. "La consommation répond à un délai d'attente : on se dit ça va m'apaiser, me permettre de mettre les choses à distance. Mais au fur et à mesure, il y a de moins en moins d'effet d'apaisement et le bénéfice attendu bascule de l'autre côté" : vers le caractère dépressif et anxiogène de la (sur-)consommation d'alcool.


(Lire aussi : La protection sociale : un enjeu politique majeur face à la pandémie)

Blague ?
Pour Elsa Taschini, il y a comme un inconscient collectif de ces dangers, que traduit la multiplication des vidéos humoristiques sur les excès en confinement. "Si on en fait autant de blagues, c'est qu'en fait on sait que ce n'est pas vraiment une blague". Elle aussi recommande de "faire un bilan" et de s'interroger sur la place qu'occupent pour chacun d'entre nous ces "modérateurs de stress pas comme les autres" par rapport à d'autres activités aux vertus apaisantes possibles en confinement : films, lecture ou animaux de compagnie, sans oublier la sexualité.

Reste la question des drogues "récréatives" et de ses millions d'adeptes pour lesquels la question de l'approvisionnement peut devenir délicat en temps de pandémie. "Si au début du confinement il n'y avait presque plus de dealers qui se déplaçaient, ils se sont réorganisés. Il faut commander la veille, en plus grosse quantité, mais ils ont repris les tournées", se rassure Thomas (le prénom a été changé), 24 ans, étudiant parisien.


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Saliba Nouhad

Et encore, ce n’est que le début...
Imaginez encore 1 à 2 mois de confinement obligatoire et la situation pourrait encore empirer: conflits familiaux, violence conjugale, dépression en masse et augmentation des taux de suicides, sans compter les mauvaises habitudes alimentaires, la prise de poids, la sédentarité avec remontée du tabagisme, ce qui augmentera de manière significative les accidents cardiovasculaires à court et moyen terme...
Sans compter le stress chronique, les névroses d’angoisse reliées à l’incertitude financière du lendemain, qui augmenterait les troubles psychosomatiques et les violences sociales au sortir de la crise...
Ce n’est pas pour brosser un tableau noir et alarmiste, mais il faut être réaliste et espérer que les gouvernements et les milieux de santé se préparent à gérer l’après-pandémie qui pourrait être encore plus délicate à contrôler.

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