Cinéma

Wissam Tanios filme l’odyssée de l’espoir

Présenté au festival de Rotterdam, le premier long documentaire, « We Are From There », du jeune réalisateur parle d’émigration, de départ sans aucun pathos. C’est plus un cri d’espoir que de désespoir lancé à la jeunesse de cette région du monde en quête d’elle-même.

En quête de l’enfance heureuse.

Le titre est déjà très évocateur. We Are From There (Nous venons de là-bas), documentaire de 82 minutes réalisé par Wissam Tanios et produit par Christian Eid, a un respect pour les racines, même s’il y a eu départ (obligé et non volontaire). Wissam Tanios, né de père libanais et de mère syrienne, a suivi durant cinq ans les pérégrinations de ses cousins, tous deux syriens, qui ont décidé un jour, à cause de la guerre, de quitter le pays. Jamil et Milad sont ces deux frères aux personnalités très différentes et qui vont prendre des routes séparées dans la vie. Jamil va émigrer d’abord à Beyrouth puis effectuer un voyage illégal en Suède où il caressera le bois, « cette matière vivante qui respire », et suivra la carrière de son père, menuisier de père en fils, tandis que Milad restera d’abord à Damas. Musicien rêveur et sensible, ce dernier ne pourra plus poursuivre son travail d’enseignant ni suivre sa passion. Il ne tardera donc pas à partir. Il ira caresser sa trompette à Berlin, sous des cieux plus cléments.

Leur cousin Wissam, ayant grandi avec eux, enregistre leurs voyages respectifs pendant cinq ans, tout en remontant les aiguilles d’une montre et en jetant un regard nostalgique sur le passé. Les sujets d’émigration, de départ et de reconstruction de soi sont abordés avec délicatesse et finesse. « Je ne voulais pas traiter ce sujet comme un scoop événementiel. Ce n’est pas simplement un documentaire, mais il s’agit de la vie de deux jeunes gens de la classe moyenne qui ressemble à celle de tant de jeunes qui ont vu leurs rêves brisés et qui ont décidé un jour de prendre le large», explique-t-il. « D’ailleurs, les Européens qui ont vu le film ont très bien compris que ce n’était pas un énième reportage sur les réfugiés mais bien l’histoire de deux jeunes gens qui se cherchent. Les identités ou la politique ne m’intéressent pas », ajoute le cinéaste. « Tout le monde peut avoir accès aux nouvelles, mais rares sont ceux qui ont accès à la vie intime des personnes qui ne sont certainement pas traitées dans ce film comme des nombres. Preuve en est, lorsque Jamil décide de quitter d’une façon illégale dans une embarcation, les images ressemblent plus à une aventure et lui semble heureux, comme s’il faisait du rafting. Dans ce film, j’essaye de faire comprendre que l’être humain a une capacité énorme de s’adapter et de changer le cours de sa vie. Mais cela n’empêche pas qu’il garde “sa maison intérieure” intacte. »


Respect de la maison

Le film commence d’ailleurs avec une image de la menuiserie qui sent bon le bois, « comme un lieu sacré » où les enfants et même le réalisateur en avaient fait leur cour de jeu. C’est de là que va commencer le voyage. Wissam Tanios avoue avoir pris le relais de son oncle (le père de Jamil et Milad) qui filmait des « home vidéos » quand les cousins étaient petits. Un vent de paix soufflait dans cette Syrie et au Liban, devenus par la suite des territoires au destin tragique. « Le film a simplement commencé, raconte le jeune réalisateur, lorsque je me suis mis à filmer mes cousins sans raison aucune. Je ne savais pas où je me dirigeais exactement et probablement je voulais parler de moi-même à travers eux. En 2015, je décidais de faire de tous ces ‘‘footages” un film. J’en parlais à un ami qui ma indiqué le producteur Christian Eid. »

C’est ainsi que l’aventure de We Are From There commence. Christian Eid, qui travaille dans la boîte de production Abbout, avoue avoir eu un coup de foudre pour ce projet. « Je venais de quitter le Liban et j’étais à Paris. Je me suis tout de suite identifié aux personnages et j’ai pensé que je pouvais les faire exister sur l’écran. Par ailleurs, mes allers-retours au Liban me permettaient d’avoir du recul sur le problème. Nous nous sommes très bien compris, Wissam et moi, et nous avons postulé pour le BCP où nous avons obtenu un prix pour l’étalonnage. Nous avons aussi reçu un fonds de l’Organisation internationale de la francophonie, et la chaîne al-Jazeera a acheté des droits de diffusion pour le monde arabe. Mais également un soutien du ministère libanais de la Culture et du Fonds arabe pour les arts et la culture (AFAC). Par la suite, Gabrielle Dumon, une productrice française, a rejoint l’aventure en 2017. » Et de poursuivre : « Je n’avais jamais travaillé un projet seul. C’était le premier. Mais lorsque Myriam Sassine et Georges Shoucair en ont eu vent, ils m’ont proposé de le faire dans le cadre d’Abbout tout en étant producteur principal. Ainsi, j’intervenais beaucoup dans le montage, dans les idées que je partageais avec Wissam. C’était un défi pour moi. Je travaille également comme producteur créatif parce que je choisis des films auxquels je m’identifie. Mon travail de producteur ne se limite pas seulement à trouver des fonds ou des soutiens, mais aussi à me sentir utile en offrant une visibilité à des œuvres pareilles. » Et Wissam Tanios de conclure : « Christian est réaliste et moi rêveur. De cette osmose est né We Are From There. Et nous formons à présent tous deux une bonne équipe. »


Le titre est déjà très évocateur. We Are From There (Nous venons de là-bas), documentaire de 82 minutes réalisé par Wissam Tanios et produit par Christian Eid, a un respect pour les racines, même s’il y a eu départ (obligé et non volontaire). Wissam Tanios, né de père libanais et de mère syrienne, a suivi durant cinq ans les pérégrinations de ses cousins, tous deux syriens,...

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