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« Et le Liban est mon unique allégeance »

Quiconque gravite aujourd’hui autour ou au sein des cercles du pouvoir est frappé de suspicion. En termes moins euphémiques, il « pue », et cela fait des années que les activistes le crient à qui veut l’entendre. Cette puanteur, ceux qui la portent n’ont pas à la diffuser dans les lieux publics. Ils ont à savoir que les politiques égoïstes et finalement dangereuses auxquelles ils ont participé de près ou de loin leur interdisent désormais cet espace souverain entre tous qu’est la cité. Si la révolution occupe moins les rues et les places ; si la fatigue, le mauvais temps et l’urgence de vivre ont provisoirement affecté la véhémence des premiers mois, la colère n’en est pas moindre et les difficultés croissantes du quotidien ne cessent de l’attiser. Et les Libanais ne tolèrent plus le spectacle d’un responsable, entouré de sa cour et de sa cohorte prétorienne, encapsulant un restaurant, une salle de spectacle ou même une voie de passage pour son bon plaisir. Et c’est faire preuve d’un manque total de considération face aux souffrances des gens et à la détérioration galopante de leur qualité de vie que d’aller se pavaner parmi eux comme si le divorce n’avait pas été consommé. Ce mépris, cette indifférence ne passeront pas, ne passeront plus, aussi violents soient à l’égard des protestataires les forces de l’ordre et surtout les militaires honteusement affectés à la défense des « personnalités » incriminées.

À ce propos, qu’est-ce qu’un Parlement qui se barricade derrière des barrières de ciment et des kilomètres de barbelés ? Une Assemblée nationale isolée de la nation et qui se protège de la base dont elle tient son pouvoir est une assemblée qui a de toute évidence perdu sa légitimité. Et pour filer le concept, quelle est le niveau d’efficacité d’un responsable qui ne peut même plus circuler dans sa propre ville sans provoquer d’émeutes ?

« Je suis libanais (ou libanaise) et je suis fier (ou fière) de n’avoir aucune allégeance et de n’appartenir à aucun parti, et le Liban est mon unique allégeance et je me déclare indépendant de tout courant, parti ou zaïm, et je demande à tous mes amis de relever le défi de reprendre à leur compte cette déclaration. » Telle est la profession qui circule en ce moment sur les réseaux sociaux, et elle montre bien le niveau de défiance exprimé par la foule à l’encontre de l’establishment et de ses affidés. Aujourd’hui, le dégoût de la majorité des citoyens est tel que même en remportant le vote de confiance des députés, il sera difficile au gouvernement de convaincre de sa bonne foi. Car il ne s’agit pas tant des personnes qui y siègent que de toute la classe politique et de tout le système de répartition de commissions et d’avantages dont il est issu. Le réalisme nous dicte que le respect de la légalité impose d’en passer par cette formule bancale, bien qu’il ait fallu drôlement biaiser avec la Constitution elle-même pour la trouver. Tout le problème est cependant d’en sortir et d’obtenir que l’équipe en place œuvre à ouvrir la voie à une alternance. Mais rien n’est moins sûr, compte tenu du déni où se complaît un mandat qui s’est montré capable de bloquer lui-même le fonctionnement des institutions durant de longs mois et de manière toxique pour forcer sa propre intronisation avec les résultats que l’on sait.

Quelle que soit l’issue du vote de confiance, ce gouvernement doit savoir que le Liban compte un peuple parmi les plus vifs, dynamiques, créatifs et constructifs au monde, flanqué d’un régime sclérosé, primitif et inadapté à son époque dont il n’a retenu, et avec quelle gourmandise, que le néolibéralisme dont il s’est gavé à crever. À l’heure où les vieux chefs, soutenus par leurs autorités cléricales respectives, regardent sans les voir les derniers feux de leur crépuscule, le Liban officiel tout entier doit savoir qu’il lui faudra trouver des solutions contemporaines, définitives et respectueuses de l’environnement et du patrimoine aux problèmes endémiques des déchets, de l’eau et de l’électricité ; et que le développement tant attendu de l’école publique, laïque et gratuite sera la meilleure réponse aux divisions sectaires qui pourrissent les charpentes de la République. La surcharge fiscale ne sera consentie qu’en contrepartie de réformes désintéressées. Et ce dernier mot est à lui seul un sésame. Et les citoyens y veilleront.


Quiconque gravite aujourd’hui autour ou au sein des cercles du pouvoir est frappé de suspicion. En termes moins euphémiques, il « pue », et cela fait des années que les activistes le crient à qui veut l’entendre. Cette puanteur, ceux qui la portent n’ont pas à la diffuser dans les lieux publics. Ils ont à savoir que les politiques égoïstes et finalement dangereuses...

commentaires (7)

Je trouve cet article très juste et bien construit, plein de souffle et de coeur aussi. Je voudrais exprimer une réserve, qui concerne le mot "néolibéralisme". C'est un mot utilisé pour exprimer le rejet du libéralisme. Auparavant, on disait ultra-libéralisme. Avant, c'était libéralisme sauvage : tous ces mots sont vides de sens. Notre classe politique ne pratique aucune forme de libéralisme. Ses politiques sont exclusivement illibérales. Le libéralisme, c'est la liberté d'entreprendre, bridée au Liban par la captation des entreprises au profit des pillards qui en prennent le contrôle. C'est la protection de la propriété privée : nos gouvernants ne la protègent pas, bien au contraire. Un régime libéral, c'est un Etat de Droit, qui exerce avant tout ses responsabilités régaliennes de défense du territoire, de relations paisibles et protectrices avec le reste du monde, de sécurisation des biens et des personnes, de garantie que la justice fonctionne de manière honnête et indépendance. Où en sommes-nous ? Le libéralisme, c'est de préserver la libre concurrence, de ne favoriser l'apparition d'aucun monopole, de n'attribuer d'avantage économique à aucun copain. Vous voyez bien. Le retour du libéralisme dans sa forme authentique, honnête et respectueuse des gens est la seule chance du Liban. Ne nous en détournez pas par des propos inconsidérés.

Nassif Pierre

12 h 57, le 07 février 2020

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Commentaires (7)

  • Je trouve cet article très juste et bien construit, plein de souffle et de coeur aussi. Je voudrais exprimer une réserve, qui concerne le mot "néolibéralisme". C'est un mot utilisé pour exprimer le rejet du libéralisme. Auparavant, on disait ultra-libéralisme. Avant, c'était libéralisme sauvage : tous ces mots sont vides de sens. Notre classe politique ne pratique aucune forme de libéralisme. Ses politiques sont exclusivement illibérales. Le libéralisme, c'est la liberté d'entreprendre, bridée au Liban par la captation des entreprises au profit des pillards qui en prennent le contrôle. C'est la protection de la propriété privée : nos gouvernants ne la protègent pas, bien au contraire. Un régime libéral, c'est un Etat de Droit, qui exerce avant tout ses responsabilités régaliennes de défense du territoire, de relations paisibles et protectrices avec le reste du monde, de sécurisation des biens et des personnes, de garantie que la justice fonctionne de manière honnête et indépendance. Où en sommes-nous ? Le libéralisme, c'est de préserver la libre concurrence, de ne favoriser l'apparition d'aucun monopole, de n'attribuer d'avantage économique à aucun copain. Vous voyez bien. Le retour du libéralisme dans sa forme authentique, honnête et respectueuse des gens est la seule chance du Liban. Ne nous en détournez pas par des propos inconsidérés.

    Nassif Pierre

    12 h 57, le 07 février 2020

  • J'ose croire que Fifi n'est pas dupe ni naÏve pour croire à ce qu'elle écrit de façon aussi passionnée ! Pour pouvoir s'en sortir le Liban ne pourra pas le faire tout seul , il a besoin de partenaires , d'aides d'assistance étrangère , et on sait tous que toute aide ne sera jamais gratuite , no free lunch , celui qui donne ordonne . Quel qu'il soit .

    FRIK-A-FRAK

    13 h 23, le 06 février 2020

  • TOUT A FAIT D'ACCORD LE PAYS SE PORTE DEJA UN PEU MIEUX SANS LES DIATRIBES QUOTIDIENNES DE BASSIL LE JOUR OU L'OBEDIANCE SERA AU LIBAN ET PAS A SA RELIGION OU A SES ZAIMS, LE LIBAN RETROUVERA SA SPLANDEUR

    LA VERITE

    11 h 36, le 06 février 2020

  • ALLEZ LE DIRE A CEUX DONT L,ALLEGEANCE VA A DES PAYS ETRANGERS ET ILS SONT NOMBREUX MALHEUREUSEMENT AU LIBAN. CELUI QUI RENIE SA PATRIE RENIE SON DIEU ET SA FAMILLE BIEN QU,IL PRETEND LE CONTRAIRE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 09, le 06 février 2020

  • oui ,la révolte s'écrit au grand pluriel des Libanais;autrement dit ,lorsqu'un coté s 'essouffle car la vie est dure ,un autre prend place pour la faire vivre;pour le dire clairement: c est bien le peuple qui veut ,qui va gouverner avec ses propres lois démocratiques;J.P

    Petmezakis Jacqueline

    10 h 04, le 06 février 2020

  • TRES bien dit,Fifi! et le Liban pour les Libanais!

    Marie Claude

    09 h 57, le 06 février 2020

  • J'espère que l'on ne demandera pas bientôt à nos réfugiés palestiniens , en application du deal du siècle, la même force d'allégeance . Il y a danger !

    Chucri Abboud

    02 h 52, le 06 février 2020