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Culture - Street Art

Roula Abdo veut fendre les murs de la peur...

La peinture murale « We Shall Pass » (Nous passerons) de cette manifestante et artiste est devenue l’expression de la détermination des Libanais à poursuivre jusqu’au bout leur légitime « thaoura ».

Roula Abdo réalisant sa peinture murale « We Shall Pass », dans le centre-ville de Beyrouth. Photo Nabil Ismaïl

Impossible de rater, au centre-ville de Beyrouth, ces deux grandes mains qui semblent repousser de part et d’autre les hauts pans de béton bloquant l’accès au Parlement pour y ouvrir un passage. Impossible de rater également sur les réseaux sociaux l’image devenue virale de cette puissante murale baptisée par son auteure We Shall Pass (Nous passerons), qui a notamment fait la une de l’édition du lundi 27 janvier de L’Orient-Le Jour. Peinte à la bombe et au pinceau par Roula Abdo, cette fresque jouxtant le Grand Théâtre est désormais l’une des œuvres emblématiques de la thaoura, à son quatrième mois. Allégorie de la hardiesse, de la détermination et de l’espoir inextinguible de ces Libanais qui luttent pour renverser les barrières derrières lesquelles se calfeutrent leurs bourreaux…

« La veille du vote du budget, en voyant ces blocs de béton qu’on consolidait tout autour de la place de l’Étoile après plus de 100 jours de manifestations, j’ai ressenti l’envie de les forcer. De fendre ces murs derrière lesquels se retranchaient les parlementaires pour poursuivre leurs magouilles en restant sourds aux revendications légitimes d’une bonne partie des Libanais. C’est ce sentiment que j’ai peint dans We Shall Pass », indique l’artiste. Avant d’ajouter : « Ce dessin, je l’ai aussi voulu comme un signe d’encouragement et d’espoir adressé aux manifestants. Une manière de les inciter à persister dans leur mouvement, à ne pas se laisser abattre, à croire en leur force qui peut briser les murs de la peur... »

La jeune femme de 33 ans, qui participe aux manifestations depuis les tout premiers jours de la révolte, reconnaît avoir elle-même forcé des murs en se lançant à corps perdu dans le mouvement de contestation. Car cette révolution, en la faisant sortir de ses gonds, l’a aussi fait sortir de son cocon et de ses appréhensions d’artiste perfectionniste qui ne cessait de remettre à plus tard la confrontation de son travail avec le public. « Je ne suis pas quelqu’un qui recherche ardemment la visibilité », confie-t-elle, en s’étonnant de la facilité avec laquelle elle s’est lancée dans le street art depuis le début de la révolte. En fait, lorsque celle-ci a éclaté le 17 octobre dernier, Roula Abdo mettait les dernières touches à sa première grande peinture murale urbaine. Une œuvre courant sur la façade latérale d’un immeuble de 30 mètres de hauteur en plein cœur de la rue Hamra et célébrant, à l’initiative de l’ONG Art of Change, la puissance féminine, à travers les figures réunies d’Huguette Caland et d’Emily Nasrallah. « Je préparais également ma première exposition individuelle. J’ai tout abandonné pour descendre dans la rue, en tant que citoyenne d’abord. J’étais tellement heureuse de me joindre à cette foule de compatriotes, qui comme moi se battaient enfin pour obtenir leurs droits les plus élémentaires. Puis, avec un groupe d’artistes réunis sous la bannière d’Art of Change, nous avons décidé de réaliser, chacun avec son style et son expression personnelle, des “murs de la révolution” qui porteraient le témoignage de ce vent de changement que nous réclamons », relate-t-elle.


(Lire aussi : L’art (valeur) refuge en temps de révolution ?)

La révolution au bout du pinceau

La jeune femme aux grands yeux calmes et au sage minois à lunettes se lance donc avec ardeur, dès le 25 octobre 2019, dans la représentation sur les murs de la capitale de ses révoltes, de ses revendications et de ses espoirs. Avec cette toute première affirmation « El Hekem Sar Lal Cha3b » (Le pouvoir est désormais au peuple) qu’elle tague sur l’enceinte de l’Escwa à Riad el-Solh, sous la figure d’une femme couronnée d’un groupe de personnages se tenant par la main…

Depuis, Roula Abdo mène sa révolution par le pinceau et la bombe de couleur, laissant son empreinte visuelle, souvent forte, parfois ironique, d’autres fois simplement solidaire et émouvante, sur le Ring, à la place des Martyrs, la place Riad el-Solh, sur l’enceinte du siège central d’Électricité du Liban comme celle de l’Escwa… Mais aussi dans d’autres hauts lieux du mouvement de contestation : Tripoli, où elle a peint une émouvante figure d’enfant avec la mention « Kezbon Jawa3na » (Leurs mensonges nous ont affamés), ou encore Khaldé où, « bouleversée par la mort du manifestant Alaa Abou Fakhr », elle a couru au lendemain de la tragédie pour peindre le portrait de ce « martyr de la révolution » sur le lieu même où il a été tué.


(Lire aussi : Rafik el-Hariri, entre trois révolutions)


Un œil moqueur sur le pouvoir

Dès qu’elle se sent « heurtée ou touchée » par un événement, un épisode de la thaoura, celle qui participe quasi quotidiennement aux mouvements de contestation, qu’il pleuve ou qu’il vente, grimpe sur une échelle et s’attelle à mettre en images et en mots les idées, les sentiments et les convictions qui l’animent. Sans se laisser troubler par les incursions de hordes à gourdins ni par la présence des forces de sécurité… C’est à eux qu’elle a dédié une de ses peintures sur le parapet du Ring figurant un homme les yeux grands ouverts accompagné d’un cèdre et de l’injonction « Waa aala Watanak » (Réveille-toi et réalise la situation dans laquelle se trouve ton pays)… Et à leurs maîtres, ce trompe-l’œil d’une silhouette masculine, la tête enfoncée dans le mur, que l’on peut apercevoir du côté de l’immeuble Lazarieh au centre-ville accompagné de la légende suivante : « Le pouvoir fonce droit dans le mur... »

En moins de quatre mois, Roula Abdo aura ainsi signé une dizaine de murales (et même une peinture sur le bitume al-Thaoura Ounsa exécutée à l’occasion de la marche des femmes), dont la dernière, réalisée il y a quelques jours à nouveau sur l’enceinte du Parlement, représente un œil épiant à travers le trou d’une serrure… Comme un clin d’œil moqueur à ces députés, ces pseudo-représentants du peuple que la peur barricade derrière des murs toujours plus épais et plus hauts, et qui se retrouvent ainsi prisonniers de leur propre enfermement…


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commentaires (1)

EN ERIGEANT UN MUR A L,INTERIEUR DE BEYROUTH CONTRE LES CITOYENS LIBANAIS ON APPROUVE DIRECTEMENT MONSIEUR BERRY L,ERECTION DE TELS MURS PAR LES ISRAELIENS EN PALESTINE.

CENSURE + CARENCE + BOURDES = FUITE DES ABONNES.

10 h 07, le 03 février 2020

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Commentaires (1)

  • EN ERIGEANT UN MUR A L,INTERIEUR DE BEYROUTH CONTRE LES CITOYENS LIBANAIS ON APPROUVE DIRECTEMENT MONSIEUR BERRY L,ERECTION DE TELS MURS PAR LES ISRAELIENS EN PALESTINE.

    CENSURE + CARENCE + BOURDES = FUITE DES ABONNES.

    10 h 07, le 03 février 2020

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