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Irak

Moqtada Sadr à l’assaut de la révolution

Le puissant leader chiite a appelé ses partisans à se rassembler aujourd’hui pour exiger le départ des troupes américaines d’Irak, faisant craindre un possible détournement du soulèvement populaire.

Manifestation à Bagdad des partisans du clerc chiite Moqtada Sadr appelant à la neutralité dans le contexte des tensions grandissantes entre l’Iran et les États-Unis. Alaa al-Marjani/Reuters

C’est le genre de journée où une révolution peut changer de dynamique ou même de visage. Elle pourrait prendre celui du clerc chiite irakien Moqtada Sadr, qui a appelé ses partisans à se rassembler aujourd’hui pour exiger le départ des troupes américaines du pays. Le chef chiite s’est fixé pour objectif de réunir près d’un million de personnes. C’est le seul homme en Irak, à l’exception de l’ayatollah Ali Sistani, à pouvoir prétendre rassembler autant de monde autour de lui. Ce devrait être une journée test pour le puissant leader dans un contexte de tensions accrues entre Washington et Téhéran au Moyen-Orient, et plus qu’ailleurs, en Irak, faisant suite à l’assassinat par un raid américain le 3 janvier de Kassem Soleimani. L’enjeu est aussi de taille pour le soulèvement qui s’est emparé, depuis le 1er octobre, de la capitale Bagdad et du sud du pays, zones majoritairement chiites, où les manifestants dénoncent la corruption, la déliquescence des services publics et la détérioration de leurs conditions de vie.

En ligne de mire, un pouvoir chiite accusé d’incompétence et d’immobilisme, du fait notamment de sa soumission à l’emprise de l’Iran voisin. Bien que spontanées et sans leader, les manifestations rassemblent une grande partie de la base militante sadriste. Les revendications actuelles font partiellement écho à celles qui avaient propulsé la formation Saïroun, emmenée par Moqtada el-Sadr, en tête des élections législatives de mai 2018. Une ligne politique résolument irakiste, dans un pays qui n’a que trop souffert des jeux d’influence des puissances étrangères. Signe emblématique de sa prise de distance avec l’Iran, le leader populiste s’était rendu en juillet 2017 en Arabie saoudite pour rencontrer l’homme fort saoudien Mohammad ben Salmane.


(Lire aussi : Les Irakiens, pris en étau entre Washington et Téhéran)


Ambivalences
Pourtant, depuis le début des manifestations, le positionnement du clerc chiite est marqué du sceau de l’ambiguïté. Le leader populiste s’est prêté à un jeu d’équilibriste, prenant, avec des pincettes, la défense des manifestants. « Moqtada Sadr est un pragmatique qui essaye de s’adapter à la situation dans laquelle il se trouve. Il cherche à se mettre en scène comme l’opposant numéro un au pouvoir. Avoir un pied dans le pouvoir et un pied dans l’opposition. Il essaye de se mettre en scène comme la voix du nationalisme irakien qui a pour principal slogan l’Irak d’abord, et ensuite le reste », analyse Adel Bakawan, sociologue et directeur du Centre de sociologie de l’Irak (CSI).

Homme de toutes les contradictions, héraut de la lutte contre l’occupation américaine et figure de proue du nationalisme chiite en Irak, Moqtada Sadr est aujourd’hui le seul homme politique d’envergure qui pourrait faire face aux milices pro-iraniennes qui s’en prennent, dans la rue, aux manifestants contre le pouvoir. Mieux que personne, il a saisi les aspirations à la souveraineté des Irakiens. Plus que quiconque, l’homme jouit d’un véritable culte auprès de nombreux chiites irakiens.

Dans les dédales de rues de Sadr City, un faubourg de Bagdad, le portrait du leader chiite est sur toutes les affiches. Coiffé de son traditionnel turban noir, signe distinctif des descendants du Prophète, l’homme trône en maître dans les ruelles de ce bastion du sadrisme depuis la chute de l’ancien dictateur Saddam Hussein, après l’intervention américaine de 2003.

« Moqtada el-Sadr est le meilleur leader que le pays ait connu », affirme le cheikh Nafaa al-Atwani, le plus haut dignitaire tribal à Sadr City. L’homme ne cache aucunement son admiration pour le clerc. Et les volte-face du personnage n’y changent rien.

M. Sadr semble pourtant faire face aujourd’hui à un défi de poids, celui du soulèvement irakien dont il cherche à devenir la figure politique tout en essayant d’en redéfinir les termes. S’il s’est prononcé pour la démission du gouvernement et pour l’organisation d’élections anticipées, en allant même jusqu’à demander à ce qu’elles soient tenues sous l’égide des Nations unies, de nombreux manifestants, y compris parmi la jeunesse sadriste, lui ont reproché dès les prémices de la contestation ses atermoiements et sa capacité à jouer sur tous les tableaux. Ses virées en Iran ont été notamment interprétées comme une manifestation claire de l’influence iranienne sur ses positions. Alors qu’il a ouvertement critiqué le pouvoir des groupes paramilitaires pro-iraniens en Irak, le rôle de sa milice Saraya al-Salam manque de clarté aux yeux de certains protestataires. Officiellement elle prétend défendre les manifestants, mais certains parmi ces derniers lui reprochent de participer à la répression. C’est comme s’il y avait eu un avant et un après révolution pour le clerc chiite. Celui qui se voulait le fer de lance de la ligne irakiste a multiplié les signes de compromission envers l’Iran au moment même où l’influence de Téhéran était contestée avec virulence dans la rue chiite. L’assassinat de Kassem Soleimani a changé la donne. Et a permis au clerc de reprendre la main, en renouant avec le discours qu’il maîtrise le mieux, celui de la lutte contre les États-Unis. Tout en reniant ses positions passées critiques de l’Iran, il a appelé à l’unité des mouvements armés irakiens et étrangers, majoritairement pro-iraniens, pour lutter contre la présence américaine.


Washington dans le collimateur
La manœuvre semble avoir fonctionné. Pour une partie de ses partisans, les revirements et tergiversations du personnage n’en sont pas vraiment. Chez la famille Qassem, des portraits du leader chiite, de son père et de son beau-père encadrent la photo du fils aîné, mort à Mossoul en mai 2017, dans une attaque au drone de l’État islamique, alors qu’il combattait aux côtés des forces du Hachd el-Chaabi depuis 2014. Pour le père du martyr, Mohammad, Moqtada Sadr est avant tout un pragmatique. « Sadr change en fonction de l’évolution du pays. Au début, il a fondé l’armée du Mahdi, nécessaire pendant l’occupation. Ensuite, l’État islamique est arrivé et Saraya al-Salam nous a protégés. Désormais, il s’est investi dans la politique car le pays devait avoir un leader », dit-il.

Mohammad Qassem se rendra aux manifestations d’aujourd’hui contre les troupes américaines. « Le Hachd el-Chaabi nous protège contre la présence de l’État islamique. Nous n’avons pas besoin des États-Unis. Aucun pays n’aimerait être occupé par une présence étrangère », clame-t-il.

Une rengaine de plus en plus entendue parmi les sadristes. « On entend partout que les forces américaines sont ici pour combattre l’EI mais je ne pense pas qu’elles le font. Nous les considérons comme une force d’occupation. Leur frappe contre Kassem Soleimani et Abou Mahdi al-Mouhandis était une faute grave et une atteinte à la souveraineté de notre État », fustige, sans appel, le cheikh Nafaa al-Atwani.

Certains sadristes très impliqués dans le mouvement de contestation prennent leur distance avec les mots d’ordre anti-iraniens. Aqil el-Saray est l’un d’entre eux. Depuis la mort de son frère, Safa’, tué par une cartouche de gaz lacrymogène qui l’a heurté en pleine tête, le jeune homme se rend chaque jour sur la place Tahrir à Bagdad. Il partage avec les manifestants la grande majorité de leurs demandes. Mais, comme de nombreux sadristes, il a ses « lignes rouges ». Il conspue les politiciens tout en considérant le parti Saïroun comme un allié de la contestation. « C’est le seul bloc politique à être de notre côté. Ce sont les seuls à servir notre pays avant leurs propres intérêts », affirmait-il encore il y a un mois. Ce jeune père de famille faisait de la lutte contre les ingérences étrangères, en particulier celle de l’Iran, l’un de ses principaux chevaux de bataille. Mais depuis la frappe américaine contre Kassem Soleimani, son discours a changé. « Qui cherche le contrôle ici ? L’Iran ou les États-Unis ? Les États-Unis ont leurs bases ici », dit-il aujourd’hui.

Une question semble se poser à présent, celle de la participation future des sadristes au soulèvement populaire.

« Je pense que nous allons peut-être vers une rupture entre Moqtada Sadr et une partie des sadristes. Les nouvelles modalités d’action de Moqtada Sadr visent les États-Unis et non pas l’Iran. Or l’ennemi numéro du mouvement de contestation c’est l’Iran », avance Adel Bakawan.

Selon l’ampleur du rassemblement d’aujourd’hui, un autre risque pourrait se profiler pour le mouvement de contestation, celui de sa prise en otage possible par une révolution sadriste.



Pour mémoire
Rester ou partir d’Irak : le dilemme de Washington



C’est le genre de journée où une révolution peut changer de dynamique ou même de visage. Elle pourrait prendre celui du clerc chiite irakien Moqtada Sadr, qui a appelé ses partisans à se rassembler aujourd’hui pour exiger le...

commentaires (5)

5000 soldats poltrons bunkerises qui n'oseront plus mettre le nez dehors, attendent anxieusement et avec une grande angoisse de voir ce qui va leur tomber sur la tête si le clown qui les amuse ne se décide pas à les rapatrier . TOUTES LES OPTIONS SONT SUR LA TABLE QUAND DES MILLIONS DE PERSONNES VOUS DISENT YANKY GO HOME. WAIT AND SEE BABY !

FRIK-A-FRAK

17 h 09, le 24 janvier 2020

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Commentaires (5)

  • 5000 soldats poltrons bunkerises qui n'oseront plus mettre le nez dehors, attendent anxieusement et avec une grande angoisse de voir ce qui va leur tomber sur la tête si le clown qui les amuse ne se décide pas à les rapatrier . TOUTES LES OPTIONS SONT SUR LA TABLE QUAND DES MILLIONS DE PERSONNES VOUS DISENT YANKY GO HOME. WAIT AND SEE BABY !

    FRIK-A-FRAK

    17 h 09, le 24 janvier 2020

  • Ce Monsieur est une imposture, comme tous les dirigeants arabes ou perses, et n'a pas une idéologie conséquente. Il a malheureusement choisit le mauvais cheval de bataille et le peuple Irakien en fera les frais une fois de plus. C'est la malédiction des peuples de la région. Ils font toujours les plus mauvais choix possibles et après il rejettent la faute sur tout le monde sauf a eux qui finalement sont les principaux responsables de leurs malheurs!

    Pierre Hadjigeorgiou

    10 h 57, le 24 janvier 2020

  • Je ne dis même plus que les envahisseurs yankys vont quitter l'Irak, je dirai plus qu'ils vont détaler comme des lapins, leurs jambes à leurs cous . On ne tue pas impunément un martyr résistant dans ces pays de dignité et de non soumission à un ordre , fusse t il américain ou sioniste .

    FRIK-A-FRAK

    10 h 27, le 24 janvier 2020

  • Il a bien la tete d une girouette ...rien a voir avec le grand ayatollah SISTANI,homme sage et vrai patriote.

    HABIBI FRANCAIS

    09 h 18, le 24 janvier 2020

  • UN AUTRE CAMELEON IRAKIEN QUI CHANGE DE COULEUR TOUS LES JOURS ET NE RESTE PAS SUR LA MEME BRANCHE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 20, le 24 janvier 2020