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Environnement - Dossier

De nets progrès enregistrés dans la lutte contre les rejets industriels dans le Litani

Pour Waël Bou Faour, le suivi des mesures prises auprès des usines pour l’épuration des eaux usées doit être assumé par les municipalités.

Le Litani en 1984... et aujourd’hui. Le plus grand fleuve du Liban est devenu un égout à ciel ouvert. Photo Office national du Litani

Objectif « zéro pollution » : tel est le mot d’ordre lancé, il y a près d’un an, par le ministre sortant de l’Industrie Waël Bou Faour. Cet objectif vise à réduire, sinon à éradiquer, l’incroyable niveau de pollution dont souffre le plus grand fleuve du Liban, notamment celle dont la source est industrielle, incontrôlée durant des décennies. Sur ce point, l’équipe du ministère, en coopération avec l’Office national du Litani, a réussi fin 2019 à remplir plusieurs missions cruciales, afin de s’assurer que les industries respectent les standards environnementaux par l’installation de stations d’épuration de leurs eaux usées avant que celles-ci soient traitées avant de se déverser dans le fleuve ou dans les réseaux d’égouts. Les rejets industriels sont l’une de ces sources principales de pollution dans la Békaa (le fleuve poursuit son cours vers le Sud), sachant que les eaux usées municipales en sont une autre, tout aussi majeure. Les résultats finaux de cette campagne montrent une nette amélioration : 56 usines sont désormais totalement conformes aux normes ; 20 œuvrent à le devenir ; 43 ont été fermées pour non-conformité; 59 font l’objet d’un suivi suite à une décision judiciaire ; 13 usines se sont vu demander des améliorations dans leur système de traitement des rejets ; 13 affichent désormais des rejets d’une qualité comparable aux eaux usées municipales ; 5 usines avaient fermé leur porte avant la campagne. Les enjeux sont d’une importance capitale. En effet, le nettoyage du lac artificiel du Karaoun (barrage dans la Békaa-Ouest érigé sur le Litani, le plus ancien du Liban) ne peut commencer tant que les sources de pollution ne sont pas taries. Or un budget de 55 millions de dollars, assuré par la Banque mondiale, devrait être consacré à cette grande opération de nettoyage.


(Pour mémoire : Pollution du Litani : les rejets industriels (presque) sous contrôle)


De graves conséquences sanitaires
Il était donc grand temps de s’attaquer à la pollution industrielle, provenant des usines mais aussi de l’utilisation de pesticides dans la plaine agricole de la Békaa, qui a eu de graves conséquences sur l’écologie et la santé, selon les rapports cités dans les documents mis en avant par le ministère dans le cadre de sa campagne.

Les principales répercussions de cette pollution sont visibles de par les bouleversements dans la biodiversité, la disparition d’espèces et la quasi-éradication de la vie aquatique par endroits. Les importants taux de pollution ont également contaminé des productions agricoles par le biais de l’irrigation, et se sont donc invités dans l’assiette des consommateurs. Les produits chimiques et métaux lourds ont lourdement affecté les populations de poissons, et pollué les nappes phréatiques, les sols et mêmes les terrains rocheux.

Toujours selon la campagne du ministère, le principal danger qui découle de cette pollution menace la santé des riverains. Ainsi, il est constaté que les taux de troubles de l’appareil digestif, notamment les cas d’empoisonnement dus à la contamination de l’eau et de la chaîne alimentaire, et les maladies hydriques comme la typhoïde, par exemple, sont en constante augmentation. Des troubles affectant les os et les reins sont liés à des taux de cadmium supérieurs à la normale. Beaucoup de cas d’anémie et d’hypertension sont dus à l’exposition au fer. Les baignades dans cette eau polluée ou son utilisation pour le bain sont à l’origine d’inflammations de l’œil, du nez ou encore de la peau. Des troubles du comportement et des défauts de croissance sont imputés par les experts à l’exposition aux métaux lourds, qui affectent également les glandes endocrines et la fertilité, favorisant l’apparition de défauts de naissance, ainsi que certains cancers comme ceux du sein et de la prostate, notamment en raison de la présence d’arsenic dans l’eau. Les taux anormalement élevés de mercure dans le fleuve se concentrent dans les tissus des poissons, dont la consommation devient dangereuse pour la femme enceinte et les enfants, touchant tout particulièrement les plus jeunes par leurs effets à longue durée.

Cette pollution industrielle n’a pas que des effets sur la santé : elle affecte aussi l’économie de la région, puisqu’elle anéantit les activités et les jeux aquatiques dans le fleuve et le lac, donc le tourisme. Ce secteur est particulièrement affecté par la baisse de la fréquentation des restaurants de la région causée par les relents d’égouts et la prolifération d’insectes sur les rives du Litani. La hausse de la facture de santé constitue aussi un lourd fardeau pour l’État. Enfin, la pêche est totalement marginalisée en raison de la pollution.

Il faut enfin noter que le déversement des eaux usées et des rejets industriels a provoqué la prolifération d’une espèce d’algues dans le lac du Karaoun, de la famille des cyanobactéries, qui a pratiquement éradiqué la vie aquatique à de très rares exceptions près, et pourrait causer des maladies de peau et certains cancers en cas de consommation ou utilisation de l’eau.


Plus de 600 industries
Suivant les statistiques du ministère de l’Industrie, il existe 633 usines dans la Békaa. Les rapports ont identifié les industries les plus polluantes et celles dont les rejets sont comparables aux eaux usées municipales (qui se déversent donc dans les réseaux d’égouts, ne nécessitant pas un traitement in situ). Le recensement a débuté en février 2019, montrant que 47 usines seulement étaient conformes aux normes, alors que 74 ont fait l’objet de plaintes en justice, et sont actuellement suivies par des experts environnementaux.

Les industries ont été divisées en sept catégories suivant le type de leurs rejets : industries du bâtiment, agroalimentaires (deux catégories, rejets industriels ou similaires aux eaux usées municipales), abattoirs de bovins et de poulets, produits de nettoyage, production de fourrage et usines de produits secs. L’équipe s’est fondée sur les standards environnementaux énoncés dans la décision 8/1 du ministère de l’Environnement datant de 2001, qui définit les normes et critères en relation avec les polluants de l’air et les déchets liquides. Cette décision fixe les taux limites de zinc, fer, mercure, plomb, arsenic et salmonelle, au-delà desquels ces métaux lourds et autres polluants peuvent causer des maladies et des impacts négatifs sur l’environnement et le tourisme.

Interrogé par L’Orient-Le Jour sur ces résultats et les mesures qui en découlent, le ministre sortant de l’Industrie Waël Bou Faour indique que « des critères environnementaux ont été imposés aux industries par le biais de l’installation de stations d’épuration des eaux usées, doublée de tests réguliers qui garantissent la bonne qualité des rejets ». « Il est important de mener des campagnes de sensibilisation auprès des industriels concernant les conséquences diverses de la pollution qui résulte de leur activité », dit-il encore, avant de préciser qu’il fait assumer aux municipalités « la responsabilité du suivi ». Au cours de la deuxième phase de la campagne menée par le ministère de l’Industrie et l’Office du Litani, les tournées de supervision ont englobé 209 usines en 249 visites. Les résultats étaient les suivants : 69 % de ces usines, soit 154 établissements, sont désormais conformes aux normes, qu’elles aient installé les équipements nécessaires ou que leurs rejets soient comparables aux eaux usées municipales.


Qu’en disent les industriels ?
De son côté, Maher Ayoub, propriétaire de l’usine Triple A Holding pour la production de béton, dans le village de Manara, a indiqué à L’OLJ suite à la tournée d’inspection, que son usine « ne rejetait pas de polluants dans la nature étant donné qu’il employait déjà un bassin pour l’épuration des eaux usées ». Il a cependant précisé que l’équipe du ministère lui a demandé d’aménager cinq bassins, afin que l’eau usée soit épurée correctement puis réutilisée dans le cadre du processus industriel.

Également interrogé sur les mesures de protection contre la pollution, Yehia Ayoubi, propriétaire de Dana Dairy (produits laitiers), assure que son usine produit moins d’une tonne par jour de rejets, et qu’il a installé une station d’épuration qui a coûté 15 000 dollars. Il affirme que les eaux usées de son usine ne se sont jamais déversées directement dans le Litani, mais dans les réseaux d’égouts. Elles s’y retrouvent désormais purifiées, insiste-t-il.

Dans cet épineux dossier qu’est la lutte contre la pollution du Litani, il s’agit sans nul doute d’une avancée significative. Reste à savoir si un suivi adéquat sera assuré et si une campagne similaire sera lancée pour les eaux usées municipales.


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Objectif « zéro pollution » : tel est le mot d’ordre lancé, il y a près d’un an, par le ministre sortant de l’Industrie Waël Bou Faour. Cet objectif vise à réduire, sinon à éradiquer, l’incroyable niveau de pollution dont souffre le plus grand fleuve du Liban, notamment celle dont la source est industrielle, incontrôlée durant des décennies. Sur ce point,...

commentaires (5)

J'espere qu'on peut ameliorer la qualite de l'eau du Litani. Les baignades dans l'eau 'ouverte' ne sont pas forcement une mauvaise idee. Il existe en Europe le "Grand Saut" (Big Jump), un évènement qui consiste à faire sauter les participants dans une rivière dont l'eau est polluée. Cela pour tirer l'attention des gens a la problematique. Ils ont un site web https://www.bigjump.org/ et c'est aussi possible d'origaniser une baignade annuelle (un 'Saut') dans l'eau du Litani pour insister sur le fait que c'est necessaire une action pour sauver la qualite de l'eau, il existe la meme problematique (ou pire) en Europe.

Stes David

14 h 50, le 13 janvier 2020

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Commentaires (5)

  • J'espere qu'on peut ameliorer la qualite de l'eau du Litani. Les baignades dans l'eau 'ouverte' ne sont pas forcement une mauvaise idee. Il existe en Europe le "Grand Saut" (Big Jump), un évènement qui consiste à faire sauter les participants dans une rivière dont l'eau est polluée. Cela pour tirer l'attention des gens a la problematique. Ils ont un site web https://www.bigjump.org/ et c'est aussi possible d'origaniser une baignade annuelle (un 'Saut') dans l'eau du Litani pour insister sur le fait que c'est necessaire une action pour sauver la qualite de l'eau, il existe la meme problematique (ou pire) en Europe.

    Stes David

    14 h 50, le 13 janvier 2020

  • incompetence, corruption echecs a gerer leurs ministères et/ou directions generales des decennies durant ! nulle part je n'ai lu ni oui dire que ces messieurs la ont ete meme "entendus" par les institutions concernees, leur demandant a rendre des comptes , qu'ils les démettent de leur emplois, les poursuivent pour incuries pt't meme pour corruption ? le hic est qu'ils ont l'arrogance de pérorer devant les media - ces derniers temps- fiers de leurs exploits .... le pire est qu'on le leur permette !

    Gaby SIOUFI

    10 h 57, le 13 janvier 2020

  • MALGRE CERTAINES AVANCEES ON EN EST ENCORE LOIN DE LA LIMPIDITE DU FLEUVE.

    LA LIBRE EXPRESSION.

    10 h 49, le 13 janvier 2020

  • Il'était temps..en février 2019, que WBF s'attaque au grave problème de la pollution du Litani... Et il le fait savoir.

    Marionet

    08 h 38, le 13 janvier 2020

  • Enfin, une bonne nouvelle!

    NAUFAL SORAYA

    08 h 25, le 13 janvier 2020

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