L’ambassadeur Edward Djerejian, un fin connaisseur du Proche-Orient. Photo Sylviane Zehil
Le Moyen-Orient vit sur un volcan depuis l’onde de choc provoquée par l’assassinat à Bagdad du chef de la Force al-Qods, le général Kassem Soleimani, lors du raid américain ordonné par Donald Trump. Les protagonistes entendront-ils l’appel du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres à « un maximum de retenue, à éviter la guerre, arrêter l’escalade, relancer le dialogue et renouveler la coopération internationale » ?
Edward P. Djerejian, ancien ambassadeur des États-Unis en Syrie et en Israël, et actuel directeur et fondateur du James A. Baker III Institute for Public Policy, un think tank de renommée mondiale, acquiesce sans ciller. « Il faut essentiellement faire tout notre possible pour éviter la guerre dans la région ; se concentrer sur le contre-terrorisme, promouvoir le dialogue entre l’Iran et ses voisins, entre l’Iran et les États-Unis, et réintroduire le Plan d’action global conjoint », souligne-t-il dans une interview accordée à L’Orient-Le Jour, à New York.
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Quelles conséquences pour le Liban ? « L’assassinat de Soleimani rendra le Hezbollah plus prudent au Liban. Le Hezbollah est probablement le parti politique le plus important au Liban aujourd’hui, et Hassan Nasrallah est peut-être le leader politique le plus efficace du pays. Il devra désormais réfléchir non seulement à deux fois mais à trois fois avant de faire quoi que ce soit ! Étant survivant politique, il agira de manière très prudente et délibérée. S’il ne le fait pas, il devra payer un prix élevé. Mais il semble également que son influence politique au Liban n’est plus aussi forte qu’auparavant », estime cet ancien ambassadeur qui a une parfaite connaissance de la région. Le diplomate relève aussi “l’intéressant discours” que Hassan Nasrallah a prononcé quelques jours après cet assassinat, précisant que les individus, les citoyens ainsi que les organisations et les journalistes américains ne seront pas pris pour cible. Seuls les militaires américains sont évidemment une cible légitime. C’est un signal clair qu’il doit s’inquiéter des représailles », estime-t-il.
« Les Israéliens, quant à eux, ont clairement laissé entendre qu’ils n’étaient pas impliqués dans cette crise. C’est une crise entre l’Iran et les États-Unis. Ils ont élaboré un plan d’urgence nécessaire pour parer à toute éventualité d’une action militaire à la frontière nord d’Israël qui serait provoquée par le Hezbollah, qui détient des missiles à longue portée, et d’autres incidents à la frontière syrienne du Golan éventuellement fomentés par les Iraniens et les Syriens », selon lui.
La « thawra » : historiquement très importante
Une petite parenthèse au sujet de la « thawra » que l’ex-ambassadeur juge « historiquement très importante. Tout comme en Irak et en Iran, les manifestations spontanées multiconfessionnelles se sont répandues dans tout le pays avec pour slogan “Kafa, Assez !”, contre la corruption endémique et le gouvernement au Liban. Ces jeunes s’érigent contre le système et contre tout ingérence étrangère au Liban. Ces protestations aboutiront-elles à des résultats constructifs » ? se demande-t-il.
Éviter la guerre
« L’assassinat de Kassem Soleimani soulève deux questions politiques fondamentales : renforcera-t-il la dissuasion dans la région, plus particulièrement dans les relations irano-américaines, ou sera-t-il une force déstabilisatrice ? Seules les actions futures de la part de l’Iran et des acteurs américains auront la réponse, estime-t-il. Dans leur approche vis-à-vis du Moyen-Orient, les États-Unis devraient avoir pour objectif d’éviter la guerre. Car nous savons bien que mener une guerre majeure dans la région ne bénéficierait à aucune des parties, ni à l’Iran, ni aux États-Unis, ni aux pays arabes, ni à Israël. Une fois qu’une guerre est déclenchée, on ne sait pas quelles en seront les conséquences », relève-t-il, en faisant allusion à l’invasion américaine en Irak en 2003 et ses « graves et sérieuses conséquences », avec la création et l’apparition du groupe État islamique mené par d’anciens militaires irakiens et leaders du parti Baas qui ont été privés de leurs droits. « Je ne pense pas que les décideurs de l’administration George W. Bush avaient prévu ce type de conséquences. Je le donne à titre d’exemple pour dire que ni les États-Unis, ni l’Iran, ni les parties de la région ne devraient rechercher la guerre », souligne l’ancien diplomate.
Edward Djerejian relève que lors de l’attaque contre les sites pétroliers saoudiens en septembre, le président Trump avait fait une déclaration précisant que ce n’étaient pas les États-Unis qui avaient été attaqués, mais que la cible était bien l’Arabie Saoudite. « C’est un message clair qui montre que sa priorité était l’intérêt national américain, fondement essentiel de la politique américaine, note-t-il. Cette attaque avait mis en émoi les pays arabes voisins du Golfe. Toutes les parties avaient fait preuve de retenue. Car une guerre aurait des répercussions pour toutes les économies et intérêts nationaux des pays concernés », ajoute-t-il.
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Influence iranienne
Edward Djerejian réfute par ailleurs le concept du pont terrestre chiite reliant Téhéran à Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa. « Parce que la réalité démographique de base est que les sunnites représentent 85 % du monde musulman et les chiites 15 %. Les Iraniens ont réussi à étendre leur influence politique, mais elle reste limitée par la géopolitique de la démographie. Par conséquent, on ne peut simplement assumer que le Moyen-Orient sera à dominante chiite. Il faut mettre les choses en perspective », ponctue-t-il.
Comment gérer le vrai problème de l’influence du régime iranien dans ces pays ? « L’Irak est très important pour l’Iran, bien plus important que la Syrie, le Liban et le Yémen, estime-t-il. Parce qu’il ne faut pas oublier que la guerre entre l’Iran et l’Irak (1990) qui a duré dix ans a fait un million de victimes. C’était un catalyseur critique à la fois pour les Iraniens et les Irakiens. L’Iran fera tout son possible pour éviter qu’un régime hostile accède au pouvoir en Irak. Il est important de prendre en considération ces facteurs fondamentaux sur la façon d’éviter les guerres, mais aussi d’observer ce que peut faire la stabilité future de la région dans son ensemble. »
Présence US : « Nous sommes bien là »
Est-ce la fin de la présence américaine dans la région ? « Je ne pense pas que nous devrions nous retirer précipitamment. Je suis également contre ces guerres sans fin en Afghanistan, en Irak et ailleurs. Mais la manière d’un retrait doit être bien établie », assure l’ex-ambassadeur américain, tout en rappelant que les effectifs militaires américains s’élèvent à environ 60 000 militaires dans la région du grand Moyen-Orient, allant des bases à Incirlik (Turquie), aux Émirats arabes unis, au Qatar, au Koweït, jusqu’à la cinquième flotte, dont le siège est à Bahreïn, pour assurer la libre circulation du détroit d’Ormuz, ainsi que la sixième flotte. « Parler d’une présence américaine qui se dissiperait au Moyen-Orient n’est pas sérieux. Nous sommes bien là ! Mais comment utiliser cette force d’une manière intelligente qui conduirait à une désescalade comme le préconise le secrétaire général de l’ONU ? » s’interroge-t-il.
À ce stade quelle stratégie pour les États-Unis ? « D’abord, faire tout notre possible pour éviter une guerre générale dans la région ; en deuxième lieu, se concentrer sur le contre-terrorisme et la capacité d’éviter une menace asymétrique ; troisièmement, promouvoir le dialogue entre l’Iran et les pays voisins, entre l’Iran et les États-Unis, et là il faudra réintroduire le Plan d’action global conjoint (JCPOA) pour déterminer comment il peut être amélioré, ce qui réunira le P5+1 et poussera les Iraniens à l’allégement des sanctions s’ils se conforment aux accords d’expansion du JCPOA ; et, enfin, ne l’oublions pas, en recentrant sur la question israélo-palestinienne. Tout cela fait partie de cette stratégie », conclut Edward Djerejian.
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Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
L invasion de l Irak de 2003 a ete un chaos car ses voisins syriens et iraniens s en sont bien charges en armant et financant une multtitude de milices. Si les USA attaquent l Iran ,il ne se passera strictement rien car le regime des mollahs est completement isole et hai tant par Israel,que par tous les pays arabes sunnites et chiites,sans oublier la propre population iranienne. C est le moment d en finir avec cette horrible dictature theocratique.
11 h 00, le 10 janvier 2020