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Liban

« Je suis libanaise, pourquoi dois-je acheter la nationalité de mes enfants ? »

Droits de la femme

La campagne Jinsiyati a lancé un minifilm recueillant les témoignages de six femmes mariées à des étrangers. Ceux-ci feront l’objet d’une campagne qui sera menée sur les réseaux sociaux.

Nada MERHI | OLJ
14/12/2019

Elles viennent d’horizons différents mais sont réunies autour d’une même cause : défendre leur droit en tant que citoyennes à transmettre leur nationalité libanaise à leurs enfants et conjoint. Au nom des milliers de femmes qui se retrouvent dans cette situation, Rania Barghout, journaliste, Tina Jarrous, présentatrice de télévision, actrice et conseillère de vie, Rindala Kodeih, actrice et réalisatrice, Patricia Nammour et Khitam Lahham, actrices, et Souha Béchara, militante, font part de leurs expériences personnelles dans ce domaine, affirmant : « Ma nationalité, un droit pour moi et ma famille. »

Leurs témoignages ont fait l’objet d’un minifilm intitulé Je suis libanaise, lancé hier au cours d’une conférence de presse organisée par le CRTDA (Collectif pour la recherche et la formation au développement-Action) à l’ordre de la presse, à Raouché, en présence notamment de Fouad Haraké, représentant le président de l’ordre, qui a réitéré son soutien inconditionnel à cette cause.

Rania Barghout raconte ainsi que dans une administration, on lui a annoncé que si elle versait 250 000 dollars, elle pourrait obtenir la nationalité pour ses enfants, nés d’un homme anglo-égyptien. « Je suis libanaise, pourquoi dois-je acheter la nationalité de mes enfants ? » s’insurge-t-elle.

Patricia Nammour, mariée à un Croate et mère d’une petite fille de quatre ans, assure qu’elle a décidé de « rester au Liban et de ne pas baisser les bras ». « Je veux que ma fille grandisse au Liban, qu’elle apprenne le libanais et qu’elle ait aussi sa mission dans ce pays », confie-t-elle. Et d’insister : « Je suis attachée à mon pays et je veux que mon pays ne m’abandonne pas. »


(Lire aussi : Le code civil sur le statut personnel, l’une des priorités du soulèvement)


« Une perte pour le pays »
Après de nombreuses années passées entre l’Afrique, où elle est née et a grandi, et la France, où elle a poursuivi ses études, Rindala Kodeih décide de s’installer au Liban. Pour cette jeune femme mariée à un étranger, la transmission de la nationalité libanaise est une cause qu’elle a évoquée dans plusieurs de ses œuvres. « C’est notre droit », martèle-t-elle, se demandant si cette loi s’applique aussi sur une femme des familles des personnalités politiques ou si dans leur cas, ce droit leur est accordé « sous la table » ?

Khitam Lahham se prononce au nom de sa sœur mariée à un étranger, décédé alors que ses enfants étaient encore en bas âge, et qui s’est battue pour les élever. « Mais je le fais aussi pour toutes les femmes et tous les enfants qui se trouvent dans cette même situation », confie-t-elle.

Pour Tina Jarrous, dont le fils a été expulsé de l’équipe libanaise de football parce qu’il n’a pas la nationalité, le fait que ses enfants décident de poursuivre leur vie à l’étranger « n’est pas uniquement une perte pour moi, mais pour le pays aussi ». Présente lors de la conférence de presse, elle explique que ces témoignages ont été recueillis avant le début du mouvement de protestation du 17 octobre. « Mais dans la foulée de ces événements, mes enfants ont porté le drapeau libanais et sont descendus dans la rue pour défendre leur pays », avance-t-elle.

Souha Béchara se demande enfin comment expliquer à des enfants, qui ont le sentiment d’appartenance au pays, qu’ils ne sont pas libanais. La militante communiste mariée à un Suisse souligne qu’actuellement « le Liban est une entreprise et non une nation. Pour qu’il le devienne, il faut établir un État de droit ».


(Lire aussi : Garde des enfants : au Liban, ces lois communautaires qui favorisent le père)



Une cause d’opinion publique
L’ensemble de ces témoignages de près de trois minutes chacun feront l’objet d’une campagne qui sera lancée sur les réseaux sociaux. Karima Chebbo, coordinatrice de la campagne Jinsiyati (« Ma nationalité, un droit pour moi et ma famille »), explique que le dossier relatif à la nationalité est devenu, depuis le 17 octobre, une affaire d’opinion publique.

Iqbal Doughan, avocate et militante pour les droits de la femme, a insisté sur le rôle joué par la femme durant le mouvement de protestation, qui a été aux premiers rangs des manifestants. « Si ce mouvement doit aboutir à une chose, c’est à un changement et une amélioration de la situation au Liban, insiste-t-elle. Cela doit commencer par des lois qui consacrent l’égalité entre les citoyens. » Mme Doughan conclut en appelant la nouvelle génération à prendre la relève pour mener ce combat.


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Danielle El Khazen

L'article 7 de la constitution libanaise stipule que tous les libanais sont egaux.Point barre.

Liban Libre

Il faut á tout prix que la révolution réussisse pour en finir à jamais avec ces lois archaïques qui sont tellement en contradiction avec la tradition libérale, l‘esprit d’entreprise et l’ouverture d’esprit de la majorité des Libanais

TORIEL Raphael

La première loi qui devra être présentée aux votes des députés par un gouvernement conforme à la volonté des citoyens est le droit des femmes à l'égalité totale avec les hommes.
Comment justifier, une seconde, que celles qui donnent la vie ne puissent pas offrir à leurs enfants la nationalité?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE DROIT DES MERES LIBANAISES A DONNER LEUR NATIONALITE A LEURS ENFANYS EST UN DROIT INDENIABLE.

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