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Nos lecteurs ont la parole - Par Najla Misk Malhamé

Lettre à mon Liban d’une Libanaise de la diaspora

À toi mon Liban chéri, toi qui m’a vue naître un autre 23 octobre dans la nuit des temps.

Pardonne-moi si pour t’écrire mon allégeance inconditionnelle, j’ai dû occulter pendant quelques heures le tourbillon de ta révolution et le vécu de ton peuple, car la fatigue a pris le dessus sur ma fougue. Le sommeil m’a gagnée, bon gré mal gré, malgré les nanosecondes où ma plongée dans les vapeurs de mon endormissement, je tombais malgré moi dans le vide de toi. Pas pour longtemps il est vrai, car tout mon corps était en éveil, en symbiose avec la révolution de ton peuple. Sommeil paradoxal où mon activité cérébrale me bombardait de ton nom, toi mon Liban chéri, et où mes muscles endoloris ne me permettaient plus de te suivre sur les réseaux sociaux ni de me mettre au diapason de mon pays d’adoption le Canada, ce pays merveilleux qui ne te ressemble pas car, comme le dit si bien Gilles Vigneault :

« Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver,

Mon jardin, ce n’est pas un jardin, c’est la plaine,

Mon chemin, ce n’est pas un chemin, c’est la neige,

Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver. »

Le Canada, cet univers magique qui permet à mon sang de couler dans tes veines, un pays qui m’adopte en respectant mes racines profondément ancrées en toi, toi mon Liban, ballotté de toutes parts.

Il est vrai que loin de toi, la douleur de ton absence m’étreint et je n’ai jamais manqué de revenir me plonger en ton sein dès que mes conditions me permettaient de prendre l’avion ou le bateau, c’est alors que comme tous mes compatriotes, je guettais avec émotion l’approche de tes côtes, c’est alors que quand m’apparaissaient les courbes de tes montagnes ou les embruns de ton rivage j’applaudissais en chœur avec tes enfants de la diaspora venus déposer leur cœur à tes pieds.

Toi mon Liban qui traverse depuis le 17 octobre 2019 une ère inoubliable; toi mon majestueux cèdre dont la sève coule dans nos veines, nous, Libanais de partout et d’ailleurs ; toi qui as inspiré depuis la nuit des temps conteurs et écrivains, chanteurs et poètes, penseurs et chercheurs, artistes et journalistes, enfants et parents, étudiants et élèves, professeurs et universitaires, photographes et peintres, archéologues et historiens, astronomes et médecins, sociologues et mathématiciens, botanistes et écologistes ; toi dont le raffinement et l’élégance sont le plus grand héritage qui soit donné à tes enfants et à tes émigrés ; toi qui nous mets à genoux rien qu’à l’idée de fouler ton sol ; toi notre terre promise, notre espérance, notre patrimoine ; toi dont nos 25 000 000 gènes sont imprégnés de ton odeur et de ta saveur ; toi dont nos chromosomes sont marqués de génération en génération ; toi qui aujourd’hui ne dors plus, car te voilà à l’aube d’une renaissance, à un tournant décisif qui va marquer notre devenir et énucléer cette part de passé tronqué dont nous voulons nous dévêtir.

Aujourd’hui, tes jeunes et tes moins jeunes de par le monde, tes amis de tous les coins du globe sont à tes pieds, en prière, unis par ton drapeau et ton hymne national dont la musique coule directement dans mes cellules familiales, un autre héritage de ma grand-tante Adèle Misk, qui avait pressenti le génie musical de celui qui fut son époux, Wadih Sabra, compositeur de ton hymne national. Tout comme moi, électron libre en amour de toi mon Liban, chaque Libanais ou descendant de Libanais porte en lui son héritage de toi, ainsi que les stigmates de ta souffrance et de ton renouveau.

Que Dieu te bénisse mon Liban chéri et te vienne en aide, toi qui est milliardaire en amis !

Najla MISK MALHAMÉ

Montréal

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

À toi mon Liban chéri, toi qui m’a vue naître un autre 23 octobre dans la nuit des temps.Pardonne-moi si pour t’écrire mon allégeance inconditionnelle, j’ai dû occulter pendant quelques heures le tourbillon de ta révolution et le vécu de ton peuple, car la fatigue a pris le dessus sur ma fougue. Le sommeil m’a gagnée, bon gré mal gré, malgré les nanosecondes où ma plongée dans les vapeurs de mon endormissement, je tombais malgré moi dans le vide de toi. Pas pour longtemps il est vrai, car tout mon corps était en éveil, en symbiose avec la révolution de ton peuple. Sommeil paradoxal où mon activité cérébrale me bombardait de ton nom, toi mon Liban chéri, et où mes muscles endoloris ne me permettaient plus de te suivre sur les réseaux sociaux ni de me mettre au diapason de mon pays d’adoption le Canada,...
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