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Nos lecteurs ont la parole - Par Dr Krikor Sahakian

Pourquoi la génération Z a réussi là où les autres ont échoué ?

Un nouveau visage du Liban est en train de se dessiner. Il semble que l’émergence de la génération Z à ce moment précis de l’histoire du Liban soit à même de changer le visage social et culturel du pays, et par conséquent de changer la donne, car cette génération pense et vit le monde différemment. Il y a un réel gap et une discontinuité entre ce qui a été et ce qui sera. Les jeunes ont réussi à créer plus d’homogénéité et d’harmonie au niveau des différents constituants du pays, qu’un siècle d’histoire commune chaotique, pour ne pas parler du millénaire qui l’a précédé. On est surpris de trouver une grande similitude entre les rassemblements populaires festifs et revendicatifs des diverses régions, quand bien même ils se déroulent sur des arrière-plans socio-culturels, pour ne pas dire religieux, très différents. En outre, il y a un vrai divorce avec le Liban de papa et un rejet total des lignes de fracture antérieures et bien entendu de toute la structure politique qui les a portées, représentées et voire même souvent exploitées. Pour la première fois, et contrairement à la génération Y, les jeunes d’aujourd’hui expriment un refus net d’hériter les idéologies, les partis pris, les réflexes grégaires et les inimitiés de leurs parents : il ne se sentent proprement pas concernés. L’obsolescence du discours politique ne résonne plus dans leurs oreilles, même de la part de leaders jadis charismatiques.

Les Z sont nés après 1995, ils ont moins de 25 ans et sont aux portes du monde du travail. Ce sont les petits frères et sœurs de la génération Y et les enfants de la génération X.

Les Z sont très curieux, lucides et informés sans être désabusés. Ils ont grandi avec internet et sont donc ultraconnectés, exigeants, d’éternels étudiants et entrepreneurs en herbe.

La génération Z est en interaction permanente avec son environnement et gravite au sein d’un réseau. Cette forte implication au sein de réseaux fait que la génération Z pense collectif avant tout. La participation de chacun à la création de l’édifice met en avant sa vision collaborative, voire coopérative. On comprend pourquoi l’atteinte à WhatsApp a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. C’est une génération qui fait aussi tout plus vite. Instantané pourrait être le mot la définissant le mieux. En un clin d’œil le réseau se forme et se déforme et des méga-rassemblements se font et se défont.

La génération Z est très curieuse et a soif de connaissance. Les Z sont en permanence dans une posture d’auto-apprentissage. Ils apprennent par tous les canaux, l’école, les MOOC (Massive Open Online Course), les tutoriels, YouTube etc., ce qui fait qu’ils ont une perception rapide des situations et ne sont jamais dans l’à-peu-près. On leur donne aussi le surnom de « slashers », qui définit une capacité à combiner plusieurs attributs en même temps, une capacité à revêtir plusieurs casquettes à la fois, ce qui leur donne une mobilité physique et intellectuelle insurpassable. La génération Z va donc plus loin que la Y en étant toujours plus connectée, créative et décomplexée.

Cette génération pour qui tout va plus vite, a aussi besoin de nouveauté en permanence. Les situations bloquées la désespèrent. Elle a aussi une capacité à se remettre en permanence en question, mais aussi à remettre en question les générations précédentes et leurs réalisations avec un avis très critique mais non moins pertinent. La crise qui traîne depuis des années pousse les Z à vouloir changer les choses, et ne plus simplement se fondre dans un modèle préalablement établi pour eux, mais créer le leur. Les Z ont du mal à comprendre comment leurs parents ont pu supporter aussi longtemps des situations conflictuelles, et chercheront à faire bouger les frontières, quitte à couper les nœuds gordiens.

Étonnamment, cette génération est bien plus pragmatique que ses aînés. Elle a les pieds sur terre et le « do it yourself » est un peu leur leitmotiv. Elle prend ses propres décisions et assume les conséquences de ses actes. Ces jeunes se sentent responsables de leur futur et de celui des générations futures. L’éthique aussi est une valeur décisive dans leurs choix. Ainsi on les verra nettoyer la place après soi non sans oublier de faire le tri par respect de l’environnement.

Les Z ont ainsi de l’ambition, mais cette ambition ne doit pas se réaliser au détriment de leur vie personnelle. Ils comptent bien profiter de leur vie en dehors du travail. Ils sont donc en quête d’une belle carrière mais aussi d’une vie personnelle épanouie. Ainsi la génération Z intègre la dimension plaisir dans ses choix, la vie est courte, il faut profiter de chaque instant, et on voit à que point le sens de la fête est consubstantiel à leurs revendications politiques. On revendique, on fait la fête, on fait la fête en revendiquant et vice versa.

La génération Z, seconde génération à avoir vécu la mondialisation de plein fouet (les Y étant les premiers), est partagée entre sa culture nationale et internationale. En effet, les Z se considèrent citoyens du monde, et sont en connexion et communion avec lui. D’ailleurs, pour eux, la clé de la réussite est d’être engagé dans une structure internationale. Ils sont fidèles à leurs racines mais l’étranger ne leur fait pas peur. Une mobilité géographique et horizontale est aussi hautement plébiscitée. Même la révolution, ils la font par sauts de puce, un jour à Beyrouth, le lendemain à Tripoli et le surlendemain à Tyr. L’espace-temps n’est plus une dimension pour eux.

Finalement, on ne sait trop si le déni de l’histoire est bénéfique à la construction des nations, mais ce qui est sûr, c’est que le fait de faire table rase d’un passé peu glorieux, et d’ouvrir une page vraiment blanche avec des projets pleins les yeux pourrait être un excellent gage pour le vivre-ensemble dans l’avenir. Il faudra parier sur la génération Z.

Dr Krikor SAHAKIAN

Pr ass. fac. pharmacie USJ

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Un nouveau visage du Liban est en train de se dessiner. Il semble que l’émergence de la génération Z à ce moment précis de l’histoire du Liban soit à même de changer le visage social et culturel du pays, et par conséquent de changer la donne, car cette génération pense et vit le monde différemment. Il y a un réel gap et une discontinuité entre ce qui a été et ce qui sera. Les jeunes ont réussi à créer plus d’homogénéité et d’harmonie au niveau des différents constituants du pays, qu’un siècle d’histoire commune chaotique, pour ne pas parler du millénaire qui l’a précédé. On est surpris de trouver une grande similitude entre les rassemblements populaires festifs et revendicatifs des diverses régions, quand bien même ils se déroulent sur des arrière-plans socio-culturels, pour ne pas dire...
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