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Liban

La société civile s’impatiente et réclame un gouvernement indépendant, sinon...

Révolution

Après une première victoire concrétisée par la démission du gouvernement Hariri, la rue réclame des actes concrets.

02/11/2019

La deuxième semaine de mouvements populaires soutenus à travers le Liban a été particulièrement chargée en développements politiques. Après la démission, mardi, du Premier ministre, Saad Hariri, le chef de l’État, Michel Aoun, s’adressait jeudi aux Libanais, pour la deuxième fois depuis le début du soulèvement populaire, reconnaissant enfin la légitimité des revendications de la rue. Et hier, le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, soulignait que le prochain gouvernement devait savoir regagner la confiance du peuple. Une semaine plus tôt, il refusait pourtant l’idée même de la démission du gouvernement, considérant qu’elle constituait une ligne rouge. La revendication première de la rue libanaise a donc été entendue et réalisée. Les manifestants ont célébré mardi soir leur première victoire sur les places publiques, partout dans le pays, alors même que dans la journée, peu avant la démission du président du Conseil, les partisans d’Amal et du Hezbollah envahissaient le cœur de Beyrouth et saccageaient les campements aménagés par les protestataires, place Riad el-Solh et place des Martyrs. L’armée libanaise et les forces de sécurité, elles, laissaient faire.


(Lire aussi : Paniers percés, l'édito de Issa GORAIEB)


La rue est aujourd’hui écoutée

Mais aujourd’hui, la société civile attend un nouveau pas dans sa direction. Elle exige un gouvernement formé de personnes indépendantes des partis politiques, capable dans un premier temps de résoudre la crise économique et de mettre un terme à la corruption, en instaurant une justice indépendante, avant d’organiser des législatives anticipées. Une priorité pour toute la rue, qui refuse pour l’instant de révéler ou même de nommer ses représentants. Certes, les discours du président de la République et de Hassan Nasrallah ont évolué, estime-t-elle. « Pour la première fois, le président Aoun réagit positivement aux revendications de la rue qui réclame ses droits et qui appelle l’État à lutter contre la corruption », observe l’avocat et cofondateur de l’ONG Legal Agenda, Nizar Saghiyé, qualifiant le discours du chef de l’État de « très important » car annonciateur de réformes de taille. « Pour la première fois, ajoute-t-il, apparaissent deux parties bien distinctes, le pouvoir, d’une part, la société, d’une autre. Et cette société est aujourd’hui entendue et écoutée, même si elle en est à ses premiers balbutiements et qu’elle tente encore de s’organiser. » L’avocat constate d’ailleurs que la société civile « a amélioré sa capacité à se défendre face au pouvoir ». Il salue à ce propos « l’émergence, au cours de la révolution, d’institutions sociales et de mouvements indépendants, estudiantins, universitaires, syndicaux ».

Le pouvoir n’a toutefois pas abandonné sa volonté de briser le mouvement populaire, comme l’indique la société civile qui refuse encore de s’exprimer comme un bloc. « Les hommes du pouvoir ont usé de divers subterfuges pour disperser et décourager les manifestants, rappelle Zeina Hélou, membre du collectif Watani. Ils ont envoyé leurs hommes au cœur de Beyrouth, non seulement pour casser et détruire les installations, mais aussi pour semer la terreur par des méthodes barbares en brûlant les tentes, battant les manifestants, tentant de semer la discorde confessionnelle et accusant de traîtrise les manifestants. » La chercheuse et activiste politique dénonce « cette erreur monumentale du pouvoir » qui continue d’utiliser les cartes habituelles des régimes répressifs face à une rue en colère « certes peu structurée, mais organisée et décentralisée », qui a su réagir pacifiquement avec maturité et responsabilité. « Et pour la première fois, Tripoli a rassemblé les rues libanaises », dit-elle en référence aux slogans d’encouragement envoyés par la capitale du Liban-Nord aux rassemblements de Nabatiyé et du reste du Sud.


(Lire aussi : Place des martyrs, un soutien moral et social assuré aux protestataires)

Des discours, mais rien de nouveau

Toutes les méthodes classiques du pouvoir ont donc échoué, observe les représentants de la société civile, autant ses tentatives d’ignorer la rue que celles de négocier avec elle, de l’intimider, de procéder à l’arrestation de ses manifestants, de l’infiltrer par la violence ou les fake news, de brandir le spectre des divisions confessionnelles ou celui de la traîtrise. « Le pouvoir a été contraint de démissionner, car il a été ébranlé, assure Jad Chaaban, professeur d’économie et militant, également membre de l’Association des professeurs indépendants des universités. La révolution a changé tous les paramètres depuis le 17 octobre, ébranlant même le Courant patriotique libre. D’où le dernier discours du chef de l’État, adressé à ses troupes. »

Sauf que la rue est saturée de promesses en l’air. Elle réclame des actes concrets. « La seule façon pour le pouvoir de récupérer la confiance de la population est de mettre en place des personnes intègres et indépendantes du pouvoir », soutient M. Chaaban. Celui qui se présente comme « un citoyen » réclame aussi un programme clair. « La nouvelle équipe nommée doit présenter un programme conforme aux revendications des protestataires, martèle-t-il. Un programme sans nouvelles taxes, qui envisage notamment les dossiers sociaux et écologiques. »

À l’évolution des discours officiels sans la moindre concrétisation, la société civile oppose alors une attente impatiente, voire une déception affichée pour certaines parties, qui menacent carrément de recourir de nouveau à la rue, ou d’utiliser de nouveaux moyens, si la réponse officielle ne va pas dans le sens des revendications populaires. « Rien de nouveau ne s’est passé », regrette le coordonnateur politique du Bloc national, Amine Issa, dans sa lecture des développements de la semaine. « Les partis au pouvoir s’accusent mutuellement d’avoir empêché les réformes, et se contentent de reconnaître que ces réformes sont nécessaires. Mais sans plus », déplore-t-il. « Et si le chef de l’État a soutenu les revendications citoyennes, il n’a pas pour autant annoncé de gouvernement indépendant. Il en est de même pour Hassan Nasrallah. » Les règles du jeu ont pourtant été bousculées, et les responsables politiques l’ont bien compris. « Le changement est irréversible. Et la rue réclame une rupture nette. On a atteint un point de non-retour », soutient le coordonnateur, qui assure que « le mouvement de révolte va reprendre et se construire, même sous une autre forme, si un gouvernement indépendant n’est pas formé ». « La révolution au Soudan a bien duré un an », rappelle-t-il…


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Chucri Abboud

AVEZ-VOUS ENTENDU PARLER DU MOUVEMENT "OTPOR" DONT L'EMBLÈME (UN POING D'UNE MAIN LEVÉE VERS LE HAUT) SE TROUVE MAINTENANT PARTOUT AU CENTRE-VILLE ?
VOICI CE QU'EN DIT WIKIPEDIA :
Le mouvement Otpor, en serbe cyrillique Отпор (« Résistance »), est une organisation politique, créée en 1998, avec le soutien de l'organisation américaine National Endowment for Democracy, et du milliardaire philanthrope George Soros !
IL EST CLAIR MAINTENANT QUE DES MAINS PERVERSES COMMENCENT À MANIPULER LA RUE AVEC UN FINANCEMENT DOUTEUX ET PRO-SIONISTE !

Chucri Abboud

IL NE FAUT PAS TROP S'IMPATIENTER , GARE AUX FAUX PAS ...
(CHI)...QUI VA PIANO VA SANO !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

GOUVERNEMENT DE TECHNOCRATES INDEPENDANTS PRESIDE PAR SAAD HARIRI. VOILA CE QU,IL NOUS FAUT.

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