Paniers percés

Ce formidable trop-plein de dynamisme qu’offre à la vue l’actuelle contestation populaire, croit-on vraiment pouvoir l’enrayer en usant du vide, décliné tantôt en manœuvres dilatoires ou de diversion, et tantôt en outil de chantage ?


Il faut savoir gré au président de la République de s’être rallié, bien qu’un peu tard, à l’idée d’un gouvernement dont les membres seraient choisis en base de leur compétence, et non de leurs obédiences politiques ; on y verra volontiers une reconnaissance, par la plus haute autorité de l’État, que ladite compétence n’a pas souvent été déterminante dans le choix des ministres. On accueillera avec plus de réserve la liste des réalisations dont se réclamait jeudi soir le président, alors qu’il dressait le bilan de la première moitié de son mandat. Parmi celles-ci, brille par son absence la stratégie de défense qu’il se faisait fort de mettre en œuvre, grâce à ses liens privilégiés avec le Hezbollah.


Le plus remarquable toutefois, c’est la lenteur avec laquelle est engagé le processus démocratique visant à la formation d’un gouvernement qui succéderait à celui, démissionnaire depuis mardi, de Saad Hariri. À l’heure de toutes les urgences, c’est en effet une bonne semaine plus tard que doivent avoir lieu les consultations parlementaires appelées à déterminer le choix du nouveau Premier ministre. Ce faux passage à vide, veut-on bien nous assurer, est mis à profit pour dégager un consensus sur la personne de l’heureux gagnant, de même que sur la nature du cabinet projeté : tout cela dans le cadre des vives tensions apparues au grand jour entre les deux pôles du pouvoir exécutif. Or, même si par bonheur l’on devait finir par opter pour un cabinet de technocrates, comme le réclament les foules en colère, il est à craindre que la composition de cette équipe ainsi que ses conditions de travail resteraient soumises à la funeste règle des équilibres politiques : celle-là même qui, tout au long des dernières décennies, a invariablement plombé l’action gouvernementale. Des experts retenus littéralement en otage par les divers blocs, la formule pourrait fort bien obtenir l’agrément du Parlement ; mais serait-ce vraiment assez pour rétablir la confiance des foules en leurs dirigeants, comme le souhaitait, dans son message, le président Michel Aoun ?


C’est le même thème de la confiance populaire en l’État qu’évoquait à son tour, hier, Hassan Nasrallah. Le chef du Hezbollah a vu braver, par la démission d’un gouvernement décrété intouchable, un des trois interdits qu’il prononçait lors de sa précédente apparition télévisée. Et c’est un air de punition pour les manifestants, tombeurs du gouvernement, que revêt, fort mal à propos, sa mise en garde contre une période prolongée d’expédition des affaires courantes et la poussière qui risque de recouvrir les mirifiques réformes que l’on était en train de nous mitonner.


Mais là encore, comment a-t-on pu croire qu’en agitant un panier vide, on pouvait tromper la faim monumentale des foules ?


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com


Ce formidable trop-plein de dynamisme qu’offre à la vue l’actuelle contestation populaire, croit-on vraiment pouvoir l’enrayer en usant du vide, décliné tantôt en manœuvres dilatoires ou de diversion, et tantôt en outil de chantage ?


Il faut savoir gré au président de la République de s’être rallié, bien qu’un peu tard, à l’idée d’un gouvernement...