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Moyen Orient et Monde

Démolie, rebâtie, redémolie : une maison palestinienne, nouveau symbole du conflit

Cisjordanie

Les autorités israéliennes détruisent régulièrement les maisons de Palestiniens ayant mené des attaques contre des Israéliens, une stratégie qui tient de la « punition collective », selon des défenseurs des droits humains.

OLJ/Hossam EZZEDINE/AFP
02/11/2019

Mi-octobre, Latifa Naji et les siens reconstruisaient leur maison avant que l’armée israélienne ne la réduise à nouveau à l’état de gravats, devenant un des symboles dans la bataille des récits que se livrent Israéliens et Palestiniens.

Le bâtiment qui montait sur deux étages dans le camp de réfugiés palestiniens d’al-Amari, en banlieue de Ramallah en Cisjordanie occupée, a été démoli quatre fois par l’armée israélienne en représailles à des attaques perpétrées par les fils de Latifa Naji. Après chaque démolition, inlassablement, la maison est reconstruite. La semaine dernière, des soldats ont fait irruption dans le bâtiment en travaux pour le pulvériser à coups de pelleteuse, faisant valser la poussière. Il venait de sortir de terre, à la suite d’une précédente démolition en décembre 2018, après qu’un des fils de Mme Naji, Islam Abou Hamid, a tué un soldat israélien.

Reconstruire les maisons détruites par les Israéliens symbolise pour les Palestiniens la « résistance », l’opposition à des « punitions collectives » et le refus de quitter leur foyer. Du point de vue israélien, ces reconstructions témoignent plutôt d’un soutien généralisé des Palestiniens aux attaques anti-israéliennes, d’autant que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas paie à chaque fois la facture pour les reconstructions.

Six des dix fils de Latifa Naji, 71 ans, connue dans le camp comme Oum Youssef Abou Hamid, ont été incarcérés par Israël pour différentes attaques, tandis qu’un autre a été tué. « Aucune mère au monde ne veut voir ses enfants loin d’elle, mais c’est leur voie à eux, et ils l’ont choisie, dit-elle. Chaque maison (palestinienne) a un prisonnier, chaque maison a un martyr. Mais disons que nous souffrons un peu plus que les autres. »


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« Plus fortes et déterminées »

Israël occupe depuis 1967 la Cisjordanie, où vivent environ trois millions de Palestiniens et 400 000 colons juifs, aux relations conflictuelles.

Les autorités israéliennes détruisent régulièrement les maisons de Palestiniens ayant mené des attaques contre des Israéliens. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déjà soutenu que cette politique visait même à prévenir les attentats-suicides. « Ils ne se soucient pas vraiment de mourir, mais se soucient (...) de savoir que leur maison sera par la suite détruite ou scellée », avait-il déclaré en 2014.

Mais pour des défenseurs des droits humains, cette stratégie tient de la « punition collective » et ne dissuade pas vraiment les candidats aux attaques. Pour Tahsin Alian, de l’ONG palestinienne al-Haq, « la démolition de la maison (de Mme Naji) est le fait d’une politique systémique d’Israël » visant notamment « à forcer les Palestiniens à quitter leur lieu de résidence pour laisser la place aux colons ».

« Ces punitions collectives (israéliennes) ne font que rendre les familles (palestiniennes) plus fortes et déterminées », souffle Latifa Naji, entourée des photos de ses fils et de son défunt mari dans la résidence temporaire où elle vit désormais.

Quatre de ses fils ont été condamnés à la prison à vie au début des années 2000 après avoir reconnu des attaques contre des Israéliens ; un cinquième est détenu sans procès ; un autre, militant du mouvement Hamas, a été tué dans les années 1990, avant que ne soit détruite pour la première fois leur maison. Enfin, un septième, Islam, a été condamné pour la mort de Ronen Lubarsky, soldat israélien de 20 ans décédé en 2018 après avoir été touché à la tête par un bloc de pierre lancé depuis le toit d’un immeuble lors d’un raid de l’armée.

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Contrôle de l’armée

Les soldats israéliens avaient prévenu Latifa Naji quelques jours avant la dernière destruction. Selon l’armée israélienne, « les droits sur la maison et la propriété ont été transférés au commandement militaire qui interdit l’usage de ce terrain ou la construction » sur ce lot.

Après la démolition en décembre, « les travaux de construction avaient débuté malgré un ordre en vigueur (l’interdisant), la nouvelle démolition (en octobre) a donc été réalisée en vertu de ce même ordre », soutient l’armée.

Quelques heures après la destruction de la maison, le Premier ministre palestinien Mohammad Chtayyeh a visité les ruines pour promettre une énième reconstruction. « Je ne vais pas pleurer pour des pierres, dit Mme Naji. Les pierres de notre maison ne sont pas plus précieuses que nos enfants, que notre terre ou notre pays. »


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