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Madito : le rêve devenu réalité d’un Libanais à Paris

Gastronomie

Ahmad el-Turk, autodidacte qui parlait à peine français il y a quelques années, a su recréer les saveurs du Liban dans son restaurant situé dans le 12e arrondissement.


17/10/2019

C’est un conte de fées. En quittant le Liban en 2015, les poches vides et trois mots de français en tête, Ahmad el-Turk n’aurait pu imaginer avoir quelques années plus tard son propre restaurant à Paris, « capitale de la gastronomie ». Ni que celui-ci caracolerait en tête du classement des restaurants parisiens sur TripAdvisor, la grande plateforme de voyage, numéro 1 sur 16 563 restaurants dans la capitale française, depuis plus d’un mois.

« Je voulais être chef mais ma mère n’était pas d’accord. Alors j’ai arrêté l’école en classe de 5e – je n’aimais pas ça – et j’ai commencé à travailler à 14 ans dans un magasin de vêtements », se souvient Ahmad el-Turk, installé dans la salle de son petit restaurant situé dans le 12e arrondissement de Paris, Feyrouz et Mashrou’ Leila en fond sonore. « Maintenant, ma mère m’appelle et me demande comment je fais telle ou telle recette ! »

Ahmad, 35 ans, propose dans son restaurant Madito, baptisé ainsi en référence à son surnom, Ahmadito, un menu unique de dégustation à 28 euros. En entrée, des mezzés, hommos et moutabal, aubergines farcies et feuilles de vigne, labné et fattouche. Puis pains au fromage et à l’ail, avant le tawouk au citron et à l’ail et la kefta aux tomates parfumée à la cannelle en plat. Et une excellente mohallabié en guise de dessert. « À leur seconde visite, le menu varie et les clients pourront goûter une variété de mets sans avoir à choisir », explique le chef.

De l’amitié

Dans la salle où règne une ambiance intime, les clients sont ravis. L’un s’extasie sur la douceur du dessert, l’autre affirme que même au Liban, il a rarement aussi bien mangé. Le chef est aux anges, lui, l’autodidacte. Aux fourneaux dès le matin, il prépare une cuisine libanaise contemporaine « avec des produits frais, sans friture, sans micro-onde ni congélateur », précise-t-il. Il assure aussi tous les jours le service en sus d’une serveuse, le midi et le soir, dans son petit restaurant de 30 couverts. « J’aime servir mes clients, discuter avec eux, leur décrire et leur expliquer ce qu’ils mangent. Je veux qu’ils soient contents. Je les reçois un peu comme des amis », dit-il dans un grand sourire.

Petit dernier d’une fratrie de huit, Ahmad cuisinait avec sa mère, chez qui il habitait à Beyrouth. En janvier 2015, il quitte sa famille et le Liban « à cause de la situation politique, de l’instrumentalisation des religions ». Direction Paris, dans les pas d’un ami. Les deux premières années sont difficiles. Ahmad est peu disert sur cette période. Il rencontre néanmoins Grégory Chenu Vidal, qui l’héberge quelque temps avant de devenir son associé dans cette aventure. « Grégory aime le Liban. Dans les placards de sa cuisine, il avait du zaatar et du sumac. Je lui ai préparé des plats qu’il a aimés ! » se souvient Ahmad. « Lorsque je lui ai fait part de mon projet d’ouvrir un restaurant libanais, il m’a dit qu’il était intéressé », ajoute-t-il.

Fin 2017, Ahmad el-Turk trouve l’endroit, signe le bail en janvier 2018 et ouvre le restaurant en mai 2018, après avoir effectué des travaux, et avec l’appui de Paris Initiative Entreprise et de Grégory Chenu Vidal, devenu donc son associé.

Lui qui cherchait à son arrivée à Paris à retrouver le goût du pays dans les restaurants libanais – « ça n’avait rien à voir, les plats étaient fades, gras », se souvient-il – envisage d’ouvrir un autre restaurant dans les mois à venir, dans le même quartier. « J’aimerais faire de la tabkha, cuisiner des plats libanais comme à la maison. »

En attendant, il prépare un livre de recettes libanaises simples et rapides à faire, pour un éditeur qui l’a approché. La publication est prévue pour mars 2020. « Ce sont des recettes faciles à réaliser en 30 minutes pour les Français. Ils n’ont pas le temps de passer 3 ou 4 heures en cuisine ! »


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Antoine Sabbagha

Une bonne nouvelle qui nous fait oublier cette ambiance morose du pays et qui prouve comment le libanais est génial et peut briller partout dans le monde.

ON DIT QUOI ?

C'est génial ce que les libanais sont capables de faire avec des parcours aussi atypiques.

Classe de 5ème , magasin de vêtements etc... un français de souche n'aurait jamais osé s'aventurer si il n'avait pas étudié chez des grands chefs culinaires .

Bravo à l'esprit d'entrepreneur des libanais, c'est une chose qui ne pourra jamais mourir sous aucune lattitude .
Toujours prêts à rebondir , quel est le pays arabe qui peut se vanter d'avoir ça ?

Quant à aller tenter sa chance ailleurs à cause des motifs soulevés par Ahmed , je ramène le Liban des années du début du siècle dernier , on est 12 ou 14 millions, descendants de libanais à l'étranger pour ces mêmes motifs, nos ancêtres , grands parents et parents ont pris des risques encore plus importants au 4 coins du monde.

Bon on ira déguster ces bons petits plats chez Madito, même avec du Madonna en sourdine . Lol.

Honneur et Patrie

Feyrouz et Mashrou' Leila, ce n'est pas digestif ensembles.

Eddy

Bravo.

NAUFAL SORAYA

Un conte de fées sans doute, mais sûrement accompagné de persévérance et dur labeur... Bravo!

C- F- Contributions et Interprétations

...""En janvier 2015, il quitte sa famille et le Liban « à cause de la situation politique, de l’instrumentalisation des religions ». Direction Paris, dans les pas d’un ami.""

Il a raison, en lui souhaitant bon courage et beaucoup de succès ! Mais ""un livre de recettes libanaises simples et rapides"", c’est qu’il a une idée originale pour le énième livre sur la cuisine libanaise…

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