L’affiche de la pièce « Molière » par Bulgakov, réalisée par Wiesław Wałkuski.
Dans le cadre du Festival de théâtre européen, l’ambassade de Pologne expose une collection d’affiches issues de l’École polonaise de l’affiche, au théâtre al-Madina, Hamra. Les spectateurs peuvent ainsi admirer des affiches de théâtre ou d’opéra datant des années 1990, et s’inscrivant dans un courant artistique historique spécifique à la Pologne.
Historiquement, c’est à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale que l’art de l’affiche émerge dans le pays sous domination soviétique ; l’affiche est alors une des expressions de la propagande du PZPR, le Parti ouvrier unifié polonais, qui prend le pouvoir en 1948.
Le financement des artistes qui lancent l’école que l’on connaît aujourd’hui est massif, donnant naissance à des œuvres qui visent à glorifier le parti ou illustrer l’amitié avec le grand frère soviétique. Néanmoins, les grands noms des fondateurs de l’école (comme Henryk Tomaszewski ou Józef Mroszczak) et leurs élèves parviennent progressivement à alléger le poids de la censure : la popularité internationale des œuvres du courant joue en leur faveur. Débarrassées de certains standards contraignants, les œuvres gagnent alors en richesse et en diversité, en introduisant des éléments du fauvisme ou du cubisme dans des affiches présentant concerts, pièces de théâtre ou spectacles de cirque. Dans les années 1980, on voit même quelques artistes engager leurs pinceaux du côté de Solidarność, le syndicat qui s’insurge contre la domination soviétique, certaines affiches rappelant les heures sombres des relations russo-polonaises en évoquant le massacre de Katyn ou l’insurrection de Varsovie. L’École polonaise de l’affiche s’ancre ainsi dans une dimension nationale.Après la chute du rideau de fer en 1989, toutes les barrières de la censure tombent également et une nouvelle génération d’artistes amène des éléments nouveaux dans ses affiches. On y voit apparaître des motifs plus macabres, plus dérangeants, qui créent un réel précédent dans l’esprit du spectateur ; c’est un avant-goût de l’événement présenté qui n’en montre rien mais qui suggère beaucoup.
C’est de cette période des années 1990 que sont issues les œuvres exposées à al-Madina. Présentant des opéras et des représentations théâtrales, on peut y observer des œuvres complexes qui ont préalablement fait l’objet de discussions entre l’artiste, les acteurs et les metteurs en scène, histoire de faire introduire un objet artistique par un autre. Dommage toutefois que l’exposition ne se cantonne qu’à une douzaine d’affiches espacées de quelques centimètres les unes des autres, laissant un peu le spectateur sur sa faim. L’exposition aurait peut-être gagné à être densifiée de quelques œuvres supplémentaires ainsi que d’une meilleure mise en valeur. Exposées jusqu’au samedi 12 octobre, ces œuvres que la mutation progressive de la communication sur un support dématérialisé a raréfiées, amènent chacun à une réflexion qui lui est propre, en se posant la question suivante : « Qu’attendrais-je d’une pièce annoncée de cette manière ? »
Pour mémoire
Le Festival du théâtre européen sous le signe de la jeunesse et de la nouveauté

