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Culture

Jean-Christophe Spinosi : Je suis un musicien multirépertoire, je ne fais pas de l’archéologie

Rencontre

Le chef d’orchestre et violoniste français dirige ce soir l’Orchestre philharmonique du Liban, avec au programme des œuvres de Saint-Saëns, Ravel et Dukas.

04/10/2019

Au fil des années, l’Orchestre philharmonique du Liban n’a eu de cesse d’enrichir son éventail d’œuvres et d’accueillir des solistes ou des chefs d’orchestre de renom, afin de raviver la flamme du public libanais pour la musique classique. Ce vendredi soir, à 20h30, en l’église Saint-Joseph de l’USJ, le chef d’orchestre français Jean-Christophe Spinosi relèvera avec panache ce défi en dirigeant l’orchestre national dans un concert qui risque de mettre des étincelles dans les yeux des mélomanes, mais aussi des néophytes. Spinosi – dont les recherches passionnées sur les répertoires originaux l’ont conduit à réaliser en 2005, avec son Ensemble Matheus, une série d’enregistrements (plusieurs albums et quatre opéras) consacrés à Vivaldi – a suscité l’engouement dans la sphère musicale. Pour certains, il demeure le « gardien du temple » de la musique baroque ; pour d’autres, il incarne un souffle de renouveau. Jean-Christophe Spinosi est sans doute les deux à la fois. « Au moment où on m’a proposé d’enregistrer mes premiers disques, on m’a demandé ce que je voulais, j’ai dit que cela serait intéressant d’enregistrer des musiques inédites. Comme certains concerti et les opéras de Vivaldi qu’il fallait absolument faire connaître au public. » En effet, sollicité par le label « Naïve », Spinosi décide d’exhumer certaines œuvres du compositeur italien et d’enregistrer ainsi l’intégralité des manuscrits de l’auteur des Quatre Saisons, conservés à la Bibliothèque nationale de Turin : La verità in cimento paraîtra en 2003, Orlando furioso en 2004, Griselda en 2006 et La fida ninfa en 2008. « Ce projet m’a permis de découvrir en audition le contre-ténor français Philippe Jaroussky lorsqu’il n’avait que 19 ans, et était donc totalement inconnu. Il a participé à tous ces enregistrements. Il en est de même pour la contralto québécoise, Marie-Nicole Lemieux. Avec ces artistes, qui ont acquis aujourd’hui une renommée mondiale, ces enregistrements ont été extrêmement médiatisés », indique le chef d’orchestre français. Et de poursuivre : « Ce projet a participé au renouveau de la musique de Vivaldi mais une fois achevé, je suis passé à autre chose. D’ailleurs, je suis un musicien multirépertoire. Je ne fais pas de l’archéologie. » Selon lui, cette musique baroque était une musique vivante qui parlait à ses contemporains, qui leur faisait poser des questions, et qui remettait leurs certitudes en jeu mais qui n’est nullement « une musique qu’il faut vénérer et admirer, il faut la vivre avec notre subjectivité d’aujourd’hui, c’est cela le travail des artistes ».


Faire bouger la musique

Le chef d’orchestre, qui a accompagné la célèbre mezzo-soprano Cecilia Bartoli, parle de « mise en abyme » en musique. « Ce terme existe dans différentes disciplines artistiques mais pas en musique classique. » Ce procédé consisterait à mettre en relation des œuvres qui ne sont pas de la même époque, du même style ou du même genre « pour comprendre la contemporanéité des œuvres anciennes et ne pas les prendre pour des pièces de musée ». Et d’ajouter : « Même les musées ont bougé. Il n’y a que la musique savante qui ne bouge pas. » Selon Spinosi, la musique a besoin d’être fécondée par la subjectivité des artistes pour qu’elle puisse de nouveau avoir un sens contemporain. « Ces musiques vivaient dans le contexte de leur époque. On est dans un autre contexte aujourd’hui et ce dernier doit aussi pouvoir influencer la musique. » C’est dans cette optique qu’à l’occasion du 150e anniversaire de la création du canal de Suez par Ferdinand de Lesseps, Spinosi dirigera plusieurs concerts commémoratifs en Égypte, les 27 (Opéra du Caire) et 29 octobre (Opéra d’Alexandrie) : « J’ai tenu à intégrer dans l’orchestre des musiciens traditionnels égyptiens jouant du oud, des percussions orientales et du nay. On interprétera un répertoire baroque plutôt italien du début du XVIIe siècle. Voilà une mise en abyme qui va sans doute créer une énergie incroyable. »

Quant au programme du concert de ce soir, rendu possible grâce aux efforts de l’Association des amis de l’Orchestre philharmonique du Liban (FLPO), Spinosi indique qu’il sera composé exclusivement d’œuvres de compositeurs français, parce que « le Liban est un pays francophone, précise le maestro, et puis c’est sur ces musiques que j’ai appris l’orchestration et la direction d’orchestre ». Au programme, La Pavane pour une infante défunte de Ravel ; L’apprenti sorcier de Dukas, inspiré par la ballade homonyme Der Zauberlehrling de Goethe, écrite un siècle plus tôt et reprise dans Fantasia par Walt Disney, devenue ainsi une sorte de réconciliation entre la jeune génération et la musique classique. Sera également jouée : la Symphonie n° 3 de Saint-Saëns, que Jean-Christophe Spinosi résume en citant Dante dans La Divine Comédie : « Il n’est pas de plus grande douleur que de se souvenir des temps heureux dans la misère. » Et de préciser : « Cette symphonie contient des thématiques parlant de résurrection, d’espoir, de résilience, et de paix, à l’échelle humaine mais aussi à l’échelle d’un pays. »

Comme ce Liban, décrit par le maestro français comme « un véritable carrefour des civilisations, preuve en est cet orchestre composé de multiples nationalités ». Un dernier vœu ? « Oui, celui de revenir souvent au Liban et notamment avec mon Ensemble Matheus pour rencontrer les musiciens de l’OPL » et faire bouillonner ainsi les échanges...


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