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Contestation

Manifestations : un cri du cœur social terni par une série de débordements

Des centaines de citoyens ont manifesté hier, exprimant des revendications sociales. Des violences sont cependant venues entacher ce mouvement, né principalement sur les réseaux sociaux.

Le mouvement a dégénéré dans l’après-midi en routes coupées et pneus brûlés. Anwar Amro/AFP

Sommes-nous à l’aube d’une explosion sociale ? À voir les routes du Liban hier, cela en avait tout l’air : des centaines de Libanais manifestant dans plusieurs régions pour des revendications sociales, brandissant des slogans qui mettent en cause les responsables et leurs politiques, un vrai cri du cœur sur l’ensemble du territoire qui a retenti jusqu’en soirée. Mais, comme ce fut le cas lors de la crise des déchets de 2015 et le mouvement social qu’elle a engendré, les manifestations pacifiques ont été suivies d’épisodes plus violents.

Les slogans hétéroclites soulevaient également certaines interrogations : parmi les revendications diverses à caractère social, certains n’ont pas hésité à franchir le pas pour demander « la chute du régime », notamment à Tripoli, où ce langage n’était pas usité depuis de nombreuses années. Où s’arrête donc le mouvement spontané et où commence(rait) la manipulation? Les observateurs étaient perplexes hier. La longue journée de manifestations a commencé hier matin au centre-ville de Beyrouth, place des Martyrs. L’appel avait été lancé par divers groupes sur les réseaux sociaux, et il a été entendu par des centaines de citoyens de tous bords, excédés par les difficultés économiques et l’inanité des politiques gouvernementales, alors que le Liban traverse une crise économique et financière sur fond de craintes concernant la stabilité de la livre libanaise.

Des centaines de Libanais ont crié leur colère contre la classe politique qu’ils accusent de corruption et de dilapidation des fonds publics. Un groupe de manifestants criaient « révolution ! » devant les caméras. D’autres lançaient : « On a faim! » Les manifestants ne se sont pas contentés de rester place des Martyrs, ils ont emprunté la rue des Banques pour se rendre aux abords des centres de pouvoir que sont le Grand Sérail et le Parlement. « Ton zaïm n’est pas ton dieu. Tu peux lui dire : dégage », lisait-on sur une pancarte brandie par une manifestante. « Les Libanais n’ont plus de quoi s’acheter à manger ; ils ne peuvent plus payer leurs soins de santé. Où est le pouvoir fort ? » criait une femme d’âge mûr, Hoda Chartouni, qui a perdu son emploi. « J’appelle le père de tous (le président de la République Michel Aoun, NDLR) à respecter ses promesses », ajoutait-elle.

La plupart des manifestants affirmaient être venus seuls ou par petits groupes, en réponse à des appels lancés sur les réseaux sociaux. Comme André Zakhia, un médecin de soixante ans, père de deux garçons partis à l’étranger. « Je suis venu seul, et je pense que chaque Libanais devrait descendre dans la rue, affirme-t-il à L’Orient-Le Jour. On en a assez des slogans ! Le Liban vert ? Le cancer est partout, notre pays est foutu. Où les dirigeants nous emmènent-ils ? Ce n’est pas le Liban que nous voulons. »


(Lire aussi : Liban cherche homme d’Étatl'édito d'Emilie SUEUR)



Des échauffourées qui n’épargnent pas les journalistes
Dans l’après-midi, les manifestations ont cependant dégénéré. Dans le centre-ville, quelques protestataires ont tenté de franchir les barrières de sécurité érigées devant le Grand Sérail, siège de la présidence du Conseil, mais ils ont été repoussés par les policiers de la brigade antiémeute déployés sur les lieux. Ces échauffourées ont fait un blessé.

Un peu plus tard, de nombreux manifestants – des jeunes hommes pour la plupart – ont commencé à fermer les routes, parfois en brûlant des pneus ou des bennes à ordures. Ainsi, l’autoroute du « Ring », le tunnel Salim Salam ou encore l’avenue Béchara el-Khoury dans la capitale ont été bloqués par intermittence, ce qui a requis l’intervention des forces spéciales de l’armée. Vers 16 heures, les forces de l’ordre se sont déployées dans le centre-ville de Beyrouth pour déloger les manifestants qui bloquaient les routes dans ce secteur. Après quelques accrochages avec les forces de l’ordre, les derniers protestataires se sont dispersés.

Mais ailleurs dans le pays, les mouvements de contestation se sont poursuivis jusque tard en soirée, entravant la route des automobilistes. À Tripoli, des manifestants ont brûlé des portraits à l’effigie du Premier ministre Saad Hariri et scandé des slogans en faveur de la « chute du régime », n’épargnant pas l’ancien Premier ministre Nagib Mikati. La route Beyrouth-Damas a été coupée au niveau de Sofar, de même que la route Chtaura-Zahlé-Baalbeck. Une des voies de l’autoroute express du Metn a été coupée, ainsi que la route reliant Tyr à Saïda au Liban-Sud. L’autoroute de Tabarja à Kesrouan, Aabdé dans le Akkar, ou encore les axes de Choueifate et Khaldé ont également été bloqués quelques instants.

Les violences sur le terrain n’ont pas épargné les journalistes : SKeyes a noté que deux d’entre eux, Nakhlé Adaïmi de la chaîne MTV et Georges Abboud de l’OTV ont fait l’objet de tentatives d’agression de la part de certains manifestants survoltés. Par ailleurs, le militant Bilal Allaw a été arrêté par les forces de l’ordre.


(Lire aussi : « Sans les émigrés qui envoient de l’argent au Liban, que deviendrait-on ? »)


Sabaa pour des élections anticipées
L’une des parties qui a fortement participé aux manifestations hier est le parti Sabaa. Fatmé Hamasni, ministre fantôme de la Santé du parti, décrit à L’OLJ le changement d’ambiance sur le terrain. « Il était étonnant de constater l’arrivée de jeunes inconnus des militants présents, et qui ont affiché une attitude violente à l’égard des forces de l’ordre. Ils se sont retirés de quelques pas, avant d’avancer à nouveau pour leur faire face, explique-t-elle. Leur attitude de confrontation avec les forces de l’ordre n’était clairement pas spontanée, contrairement à la manifestation du matin où les participants étaient pacifiques, rassemblés suite à des appels sur les réseaux sociaux. »

Pour Fatmé Hamasni, les objectifs des manifestants à l’origine étaient clairs dans leur soutien aux causes chères aux citoyens, même s’il est difficile d’homogénéiser les slogans, étant donné que chacun crie sa douleur : écoles, taux de change du dollar, prestations de santé… « Nos revendications sont davantage d’ordre politique, souligne-t-elle. Nous estimons que cette classe politique ne peut plus rien donner au pays et qu’il ne faut plus lui accorder une nouvelle chance. Voilà pourquoi nous appelons à la tenue d’élections législatives anticipées, et recourir à des mesures d’escalade. » « Il faut dire que sur le terrain, nous nous attendions à des infiltrations et avions des directives à suivre dans ce cas », reconnaît-elle.

Si Sabaa s’attend à des infiltrations de ce type, est-il productif de continuer à privilégier le terrain ? « Les mesures d’escalade que nous proposons ne se limitent pas aux manifestations, fait-elle remarquer. Nous sommes très soucieux d’éviter au pays une révolution destructrice, et préférons de loin une réforme en profondeur du système, d’où notre appel à des législatives anticipées. »


La réaction de Raya el-Hassan
Peu de responsables politiques ont réagi hier aux manifestations dans les rues. La ministre de l’Intérieur a cependant twitté sur le sujet, notamment après la diffusion d’images de soldats s’en prenant physiquement à un homme qui manifestait sur le Ring. Raya el-Hassan a ainsi remercié les forces de l’ordre « qui n’ont pas permis à certaines personnes de mener les manifestations à la dérive », soulignant cependant qu’elle « ne tolère pas, d’un autre côté, que les agents de l’ordre malmènent qui que ce soit ». Elle a estimé « comprendre les doléances des manifestants et respecter le droit de manifester, mais non les actes de violence qui consistent à incendier, briser et insulter, et qui dénaturent tout mouvement de contestation ».


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commentaires (3)

En France les gilets jaunes manifestent paisiblement et des blacks s'infiltrent et cassent tout Ici, le peuple manifeste paisiblement et certains partis envoient leurs " black " casser les manifestants et engranger des heurts pour denaturer la manifestation Tous les contre manifestants savent que si ils sont arrettes , un coup de fil au juge les fera liberer immediatement pour recommencer la prochaine fois VOILA OU LE LIBAN FORT NOUS A AMENE DE 2000 A 2015 NOUS AVIONS UNE EXCUSE: LES SYRIENS CONTROLENT TOUT QUEL EST NOTRE EXCUSE AUJOURDH'UI? ( probablement d'avoir elu ou reelu une bande d'incapables et corrompus en n'allant meme pas voter le jour des elections

LA VERITE

16 h 30, le 30 septembre 2019

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Commentaires (3)

  • En France les gilets jaunes manifestent paisiblement et des blacks s'infiltrent et cassent tout Ici, le peuple manifeste paisiblement et certains partis envoient leurs " black " casser les manifestants et engranger des heurts pour denaturer la manifestation Tous les contre manifestants savent que si ils sont arrettes , un coup de fil au juge les fera liberer immediatement pour recommencer la prochaine fois VOILA OU LE LIBAN FORT NOUS A AMENE DE 2000 A 2015 NOUS AVIONS UNE EXCUSE: LES SYRIENS CONTROLENT TOUT QUEL EST NOTRE EXCUSE AUJOURDH'UI? ( probablement d'avoir elu ou reelu une bande d'incapables et corrompus en n'allant meme pas voter le jour des elections

    LA VERITE

    16 h 30, le 30 septembre 2019

  • Mauvaise traduction de la pancarte. Ce serait plutot : c’est notre droit !

    Marie-Hélène

    10 h 48, le 30 septembre 2019

  • L,ABRUTISSEMENT ET L,IDIOTIE S,EMPARENT DE TOUTE MANIFESTATION DANS CE PAUVRE PAYS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 13, le 30 septembre 2019