Une série trop complaisante, Dans le cerveau de Bill (Gates). Afin de juger, il faut la suivre soi-même. Cette minisérie diffusée par Netflix sur le fondateur de Microsoft reste intéressante même si elle ne creuse pas vraiment les grandes controverses dont a fait l’objet Bill Gates durant son parcours exceptionnel.
« Je ne veux pas que mon cerveau arrête de fonctionner » : voici la pire crainte énoncée par Bill Gates dans le film. Le créateur de Microsoft se dévoile simplement à travers les trois épisodes de la minisérie Inside Bill’s Brain disponible sur Netflix depuis le 20 septembre. Le réalisateur David Guggenheim s’entretient avec l’homme, qui fut, un temps, le plus riche de la planète. Même si on s’attendait à un documentaire retraçant les grands moments de Microsoft, David Guggenheim nous rappelle sans cesse qu’il s’agit d’un documentaire personnel qui se concentre sur les combats récents de Bill Gates. Les projets, pour le moins surprenants, financés par la Fondation Bill et Melinda Gates, sont divisés en trois épisodes : assainir les toilettes publiques en Afrique, éradiquer la polio ou encore œuvrer contre le changement climatique par la mise en place de moyens permettant le développement d’un nouveau concept de réacteurs nucléaires. « Bill a écrit aux universités les plus prestigieuses», explique David Guggenheim en voix off, en leur demandant de résoudre le problème des toilettes dans le monde afin de pouvoir sauver des vies ensemble. La plupart n’ont pas pris le temps de répondre. » C’est un article de presse sur les maladies et la mortalité en Afrique liées au manque d’hygiène qui interpelle au départ le couple.
Les deux hommes marchent dans la nature et sont filmés de dos durant les trois épisodes. « Toujours en marche », semble dire Bill Gates qui est un grand lecteur et amateur de la nature. Des sauts dans le passé du génie de l’informatique viennent entrecouper subtilement le temps présent avec des témoignages – attendrissants mais toujours sobres – de ses sœurs. Sa relation en dents de scie avec sa mère, avec le cofondateur de Microsoft et ami, Paul Allen, mort des suites d’un cancer en 2018, ainsi qu’avec son ami d’école, Kent, qu’il a perdu très jeune, restent les moments les plus intenses du documentaire.
Nous avons l’impression d’être devant un homme, ambitieux certes, mais solitaire, devant se battre contre le gouvernement américain, qui a menacé un projet commun de la Fondation Gates et des Chinois. Dans le cerveau de Bill donne la parole aux amis très proches (comme Warren Buffet) qui soutiennent son action humanitaire. Pendant toute la minisérie, il s’agit surtout de la Fondation Bill et Melinda Gates.
« Une grande publicité ? »
Des critiques en France et aux États-Unis sont déjà lancées contre le contenu de la minisérie, la jugeant trop complaisante. Selon certains médias, dans ce genre de documentaire, il est impossible de ne pas interroger la notion de « philanthrocapitalisme » et les multiples controverses qu’a traversées la fondation. « C’est une publicité à grande échelle, analyse Lionel Astruc, auteur du livre L’Art de la fausse générosité - La Fondation Bill et Melinda Gates (éditions Actes Sud) interrogé par Le Point. Je vois cela comme une réponse aux informations qui semblent circuler de mieux en mieux sur la réalité de cette fondation. »Lionel Astruc, spécialiste de la transition écologique, dénonce sur le site Lepoint.fr un détournement fiscal « qui fait faire des dettes aux États et des économies à Microsoft. D’après le Sénat américain, plus de 92 milliards de dollars de recettes sont dispersés dans des paradis fiscaux pour échapper aux taxes, dont une partie dans le budget de la fondation. L’argent que la fondation récolte n’est pas donné à d’autres ONG. Elle est reversée à un fonds d’investissement adossé à la Fondation Bill et Melinda Gates. Les investissements vont ensuite dans l’armement, les énergies fossiles, la malbouffe, les OGM ainsi que les sociétés les plus émettrices de gaz à effet de serre. Il y a aussi un conflit d’intérêts à petite et grande échelle avec des entreprises aidées par le fonds. Un mécène aussi important que lui peut influencer des prises de décision cruciales comme à l’OMS, ayant ensuite des répercussions dans le monde entier, posant ainsi la question de la démocratie et de la citoyenneté ».
En effet, il n’y a aucune mention de cela ou encore de la pollution numérique dans le documentaire. Nous découvrons au fil des épisodes un Bill Gates enfant, introverti, cultivé et intelligent, un adolescent qui a damné la famille, mais qui a subjugué tout son entourage avec son génie mathématique sur les bancs de l’école.
Les moments de gêne sont rares dans le documentaire, mais Bill Gates sort de son calme habituel lorsqu’il est interrogé sur le procès en monopole que lui a intenté l’État américain. L’informaticien refuse toujours d’admettre avoir pratiqué le monopole pour détruire ses concurrents avec son système d’exploitation Windows. « J’étais naïf », avoue seulement Bill Gates.
« Je n’aimerais pas me retrouver dans le cerveau de mon mari », avoue une Melinda Gates émue. « C’est le chaos et c’est compliqué », dit-elle. Toutefois, pour les téléspectateurs, il serait curieux d’avoir une idée du rythme incroyable que maintient l’ancien chef d’entreprise qui a connu aussi bien le succès que la déception, et qui ne semble pas vouloir s’arrêter de sitôt ! Pour lui, l’innovation serait la clé pour le futur.
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