Rechercher
Rechercher

À La Une - justice

Cinq femmes jihadistes jugées après un attentat raté à Notre-Dame

Cette affaire avait révélé le rôle actif de femmes prêtes à commettre une attaque en France à défaut de pouvoir partir en Syrie ou en Irak.

Des gendarmes déployés devant la cathédrale Notre-Dame de Paris. Photo d'archives. AFP / Bertrand GUAY

Un attentat raté près de la cathédrale Notre-Dame, une traque de cinq jours et un policier attaqué au couteau il y a trois ans : le procès d'un groupe de femmes jihadistes inspirées par un propagandiste du groupe Etat islamique (EI) s'est ouvert lundi à Paris. C'est le premier dossier à être renvoyé aux assises parmi la vague d'attentats et de tentatives d'attentats jihadistes, qui a fait 251 morts en France depuis 2015. Cette affaire avait révélé le rôle actif de femmes prêtes à commettre une attaque en France à défaut de pouvoir partir en Syrie ou en Irak. C'est la première fois que cinq femmes sont jugées aux assises en France dans un dossier terroriste islamiste.

La cour devait se pencher sur la personnalité des accusées, des jeunes femmes radicalisées qui étaient, avant même l'attentat raté de Notre-Dame, connues des services de renseignement pour avoir tenté de se rendre en Syrie. Aujourd'hui âgées de 22 à 42 ans, les cinq accusées, dont quatre encourent la perpétuité, sont soupçonnées d'avoir voulu lancer des attaques en septembre 2016 en suivant les consignes de Rachid Kassim, un membre de l'EI probablement mort lors d'une frappe de drone en Irak qui sera aussi jugé, par défaut. Rachid Kassim avait déjà inspiré, probablement depuis la zone irako-syrienne, l'assassinat d'un policier et de sa femme à Magnanville (région parisienne) en juin de la même année puis, en juillet, celui d'un prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie.



(Pour mémoire : Qui sont les radicalisés ? Le gouvernement français entrouvre ses fichiers à des chercheurs)


"Carnage" 
Dans la nuit du 3 au 4 septembre 2016, après avoir envoyé une vidéo de revendication à Rachid Kassim, deux des accusées, Inès Madani et Ornella Gilligmann, garent devant des restaurants près de Notre-Dame une Peugeot 607 remplie de six bonbonnes de gaz. Selon le récit d'Ornella Gilligmann, les deux femmes prennent alors la fuite, croyant voir un policier en civil. Elles jettent une cigarette, après avoir aspergé la voiture de gasoil. Mais il n'y a pas d'explosion, ce carburant étant difficilement inflammable. Selon les magistrats instructeurs, "seul un mauvais choix de carburant (...) a fait échec à leur tentative", dont le mode opératoire "augurait d'un carnage".

Le procureur de Paris avait évoqué "un commando terroriste composé de jeunes femmes totalement réceptives à l'idéologie mortifère de Daech" (l'acronyme arabe de l'EI).

Ornella Gilligmann, une convertie, est arrêtée le 6 septembre dans le sud de la France alors qu'elle tente de prendre la fuite tandis qu'Inès Madani, suivant les conseils de Rachid Kassim, se rend chez une autre femme, Amel Sakaou (qui a refusé lundi de comparaître). Ces deux femmes sont rejointes par Sarah Hervouët, elle aussi guidée par le jihadiste sur un réseau de messagerie cryptée. Elle a successivement été "la promise" de l'auteur de l'attaque de Magnanville, puis celle de l'un des tueurs de Saint-Etienne-du-Rouvray. Le 8 septembre, se sachant traquées par la police, les trois femmes quittent leur appartement armées de couteaux de cuisine.



(Pour mémoire : Inès Madani, le jihad au féminin en jugement à Paris)


"Tue-moi !"
Sur le parking, Sarah Hervouët porte un coup de couteau à un policier, dans son véhicule. Inès Madani est blessée aux jambes par les tirs d'un autre fonctionnaire. Inès Madani, 22 ans, sera notamment jugée pour "tentative d'assassinat sur une personne dépositaire de l'autorité publique", mais nie avoir voulu s'attaquer au policier : elle affirme avoir crié "Tue-moi", voulant mourir en martyr.
Une cinquième femme, Samia Chalel, qui a notamment informé Rachid Kassim de l'échec de l'attentat et organisé la rencontre entre Inès Madani et Amel Sakaou, encourt 30 ans de prison.

Pour Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme, cette affaire "est un basculement : c'est à partir de ce moment-là qu'on prend conscience du rôle des femmes" au sein de la nébuleuse jihadiste en France.

Inès Madani, la peau très pâle, les cheveux retenus en chignon lors de l'audience, est à 22 ans la plus jeune des accusées, mais elle a fait figure de "mentor" pour les "soeurs" du jihad. Elle est notamment connue pour avoir incité des femmes à rejoindre l'EI, en utilisant des pseudonymes de combattants sur les réseaux sociaux. Au téléphone, elle modifiait sa voix pour passer pour un homme. Ainsi, Ornella Gilligmann, une mère de trois enfants âgée de 32 ans, portant lundi lunettes fines et queue de cheval, aurait découvert seulement après l'attentat raté près de Notre-Dame que le jihadiste dont elle était tombée amoureuse sur internet, Abou Junayd, était en réalité Inès Madani. En avril, cette dernière a été condamnée à huit ans de prison pour avoir incité des candidats au jihad à rejoindre la Syrie ou à commettre des attaques en France et en Belgique, entre mars 2015 et juin 2016.

Le procès, qui se tient devant la cour d'assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels, devrait se terminer le 11 octobre.



Pour mémoire
Tania Joya, l'ex-jihadiste qui lutte contre les radicaux

Neuf Français de l'EI condamnés à mort en Irak en une semaine


Un attentat raté près de la cathédrale Notre-Dame, une traque de cinq jours et un policier attaqué au couteau il y a trois ans : le procès d'un groupe de femmes jihadistes inspirées par un propagandiste du groupe Etat islamique (EI) s'est ouvert lundi à Paris. C'est le premier dossier à être renvoyé aux assises parmi la vague d'attentats et de tentatives d'attentats jihadistes, qui a...

commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut