Liban

Trois grands dossiers au menu des rencontres du chef de l’État

Décryptage
23/09/2019

C’est à une période particulièrement délicate de la vie du monde que s’ouvre la session ordinaire annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies, à laquelle le Liban participe par le biais d’une délégation conduite par le chef de l’État. Michel Aoun est donc depuis hier à New York accompagné du ministre d’État pour les Affaires présidentielles Salim Jreissati et d’une délégation réduite, formée d’une équipe médiatique et sécuritaire en plus des deux ambassadeurs Amal Moudallali à l’ONU et Gaby Issa à Washington, ainsi que de sa conseillère Mireille Hachem. Le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil doit se joindre au groupe, venant de Washington.

Le chef de l’État a sciemment voulu une délégation assez réduite pour des raisons économiques, mais il estime néanmoins que sa présence à New York à ce moment précis est indispensable. Dans la partie serrée et délicate qui se joue actuellement entre d’un côté les États-Unis et leurs alliés, et de l’autre l’Iran et ses alliés, il est important de rappeler l’existence du Liban en tant que pays regroupant diverses communautés et religions. D’autant que dans ce contexte de division, à la limite de l’éclatement d’un conflit armé dans la région, on a tendance à réduire le Liban au Hezbollah. Dans cette conjoncture délicate, le président de la République a choisi – dans le cadre du discours qu’il prononcera mercredi après-midi (heure de Beyrouth) et dans le cadre des rencontres bilatérales qu’il aura avec plusieurs responsables dont le secrétaire général de l’ONU, la directrice de l’Unesco, le président français et d’autres – de lancer un appel au monde pour ne pas laisser le Liban, avec tout ce qu’il représente comme potentiel de dialogue, payer le prix de conflits bien plus grands que lui.

Selon des sources proches de Baabda, Michel Aoun a en tête trois grands dossiers : celui des déplacés syriens qui représentent un poids terrible pour le Liban sur les plans économique et social, sans parler des risques sécuritaires, et qui reste bloqué pour des raisons politiques dues au refus d’une partie de la communauté internationale de traiter avec le régime syrien et de le reconnaître comme un interlocuteur légal. Le président devrait donc insister sur l’importance pour le Liban d’entamer un processus de retour des déplacés chez eux dans la sécurité et la dignité et sans attendre une solution politique, dans les régions qui sont relativement sûres et habitables. Le fait que le président syrien ait promulgué il y a quelques jours un nouveau décret d’amnistie devrait jouer en faveur de la thèse libanaise, mais il faut qu’il soit reconnu par la communauté internationale, pour que les Syriens installés au Liban et qui désirent retourner chez eux mais craignent de le faire se sentent rassurés.


(Lire aussi : Aoun à l’ONU où il prononcera son discours mercredi)


Le deuxième dossier que devrait évoquer le chef de l’État porte sur les récentes agressions israéliennes contre le Liban et la nécessité de pousser les Israéliens à respecter la résolution 1701 qui avait mis fin à la guerre de juillet 2006 en établissant une cessation des hostilités entre les deux parties. Le chef de l’État devrait rappeler que le Liban, dans toutes ses composantes, n’a jamais été en situation d’attaquant face aux Israéliens, se contentant toujours de riposter aux attaques qui visaient son territoire. Dans le cadre de ses entretiens avec les différents responsables internationaux, Michel Aoun devrait rappeler que le Hezbollah, par la voix de son chef Hassan Nasrallah, a déclaré clairement son appui à la résolution 1701, tout en se plaçant derrière l’État libanais dans tous les dossiers conflictuels avec Israël, notamment celui du tracé des frontières maritimes et terrestres. Le chef de l’État compte aussi rappeler qu’à partir du moment où les Israéliens se croient autorisés à attaquer le Liban, ce dernier a le droit de faire appel aux moyens qu’il juge bons pour riposter. C’est en cela qu’il avait déclaré, après l’attaque israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth par le biais de deux drones dont l’un était piégé, qu’il s’agit d’un acte de guerre et que par conséquent, le Liban a le droit de riposter... Selon le président, l’équation est la suivante : les Israéliens arrêtent de violer les dispositions de la résolution 1701 et le Liban s’engagera à faire de même de son côté. Mais s’ils préfèrent attaquer, ils doivent s’attendre à des ripostes.


(Lire aussi : Amal Moudallali à « L’OLJ » : L’Académie de l’homme pour le dialogue, une victoire pour le Liban)


Enfin, le troisième dossier qu’évoquera le chef de l’État est celui du projet de création de l’Académie de l’homme pour la rencontre et le dialogue, qui a été adopté le 16 septembre à la suite d’un vote de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce projet devrait ainsi occuper une partie importante des discussions que le président aura avec le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, et avec la directrice de l’Unesco Audrey Azoulay. En réalité, Michel Aoun pensait à ce projet depuis son accession à la présidence. Il avait lancé une première idée en 2017 devant l’Assemblée générale de l’ONU, avant de présenter un projet plus complet en 2018 à la même tribune. Il avait étudié toutes les possibilités et a sciemment voulu une académie pour le côté éducatif et formateur des jeunes, au lieu de se contenter de la création d’un simple centre de dialogue. Il s’est d’ailleurs inspiré dans son projet de l’Académie de la diplomatie à Malte et de l’Université de la paix au Costa Rica. Sa présence actuelle à New York devrait donc lui permettre de remercier les 165 États qui ont voté en faveur du projet ainsi que tous ceux, très nombreux, qui l’ont sponsorisé aux Nations unies. En même temps, il faudra entamer la concrétisation de ce projet unique dans le monde, qui est porteur d’espoir à une période où les tensions sont aussi grandes. Au-delà des risques de guerre et de confrontation, Michel Aoun a voulu, grâce à ce projet, préparer « le jour d’après » et rappeler à tous ceux, au Liban surtout et ailleurs, qui voient l’horizon chargé et couvert, qu’il y a toujours une lueur d’espoir et que cet espoir, c’est le Liban qui pourrait le représenter.


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AUSSI FAUT-IL ETRE FRANC ET NE PAS ESSAYER DE VENDRE DES HISTOIRES HIRSUTES, TELLES L,APPLICATION DE LA 1701 ET LA DISTANCIATION SUPPOSEE, AUX INTERNATIONAUX QUI RIENT ET NE GOBENT PAS.

Wlek Sanferlou

3 grands fossiers:
2- Réfugiés syriens,
2- Agressions israeliennes,
3- Occupation iranienne du Liban

Comment? Numero 3 est faux? L'énorme dossier, qui a nécessité une délégation de cerveaux aigus remplissant um avion complet, est celui de l'histoire de l'académie de dialogue...

Dialoguant avec moi-même je me demande si je doit abandonné ma hashishe pour du LSD...

Hitti arlette

Nous souhaitons tout le succès au président Aoun qui s'échine pour mettre le pays sur les bons rails .

Honneur et Patrie

La délégation libanaise assez réduite pour des raisons économiques est composée de 65 personnes pour un pays de 4 millions d'habitants.
Par comparaison, la délégation iranienne devrait être composée de 1316 personnes pour un pays de 81 millions d'habitants.

Amère Ri(s)que et péril.

Pourquoi notre Phare Aoun peut parler avec force et respect ?

PARCE QU'IL A SOUS LA MAIN UNE RÉSISTANCE HÉROÏQUE, PARDI.

VIVE LE LIBAN FORT.

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