X

À La Une

Aigle Azur et XL Airways : les nuages s'amoncellent dans le ciel européen

aviation

Aigle Azur a été victime, selon les experts, à la fois de choix stratégiques malheureux, et des effets dévastateurs pour son image d'une passe d'armes ubuesque cet été entre actionnaires.


OLJ/AFP/ Sonia WOLF
22/09/2019

Les coups d'arrêt brutaux portés à Aigle Azur et XL Airways révèlent les fragilités du secteur du transport aérien en Europe, où les compagnies aériennes les plus vulnérables subissent de plein fouet une guerre des prix sans merci.

La compagnie française XL Airways a demandé jeudi soir son placement en redressement judiciaire, trois semaines après Aigle Azur, actuellement en liquidation. En 18 mois, au moins une dizaine de compagnies ont baissé le rideau en Europe, selon l'Association internationale du transport aérien (Iata).

Parmi elles, l'Allemande Germania en février, l'Islandaise WOW Air en mars, la Danoise Primera Air et la Chypriote Cobalt Air en 2018. En Allemagne, Air Berlin a été absorbée par Eurowings, la compagnie à bas coûts de Lufthansa. En Italie, Alitalia est en très grande difficulté et attend toujours un repreneur.

Aigle Azur, née en 1946, spécialisée dans les liaisons avec l'Algérie et la desserte du bassin méditerranéen, a été victime, selon les experts, à la fois de choix stratégiques malheureux, avec l'ouverture il y a deux ans de lignes vers Pékin et Sao Paulo, et des effets dévastateurs pour son image d'une passe d'armes ubuesque cet été entre actionnaires.

La compagnie à coûts réduits XL Airways était quant à elle dans "une situation devenue extrêmement difficile", après avoir mené en vain depuis 2018 des discussions avec plusieurs repreneurs potentiels, selon elle. A Paris, elle s'est retrouvée en concurrence frontale avec des "low-cost" long-courrier, notamment sur les Etats-Unis.

Laurent Magnin, son patron, a dénoncé une "concurrence internationale débridée" et mis en cause une "problématique structurelle de coûts [en France], des charges sociales qui sont hors normes par rapport au reste du monde" estimant que "la situation des compagnies françaises était majoritairement déficitaire".

Pour Chris Goater, porte-parole de l'Iata, en Europe les compagnies aériennes sont confrontées à un environnement de travail "malheureusement pas facile". Le marché est "très concurrentiel (...) Nous avons beaucoup de compagnies" avec des "coûts [de fonctionnement] élevés", a-t-il expliqué à l'AFP en citant le poids des grèves, du coût des taxes aéroportuaires, des charges sociales, du contrôle aérien et des taxes environnementales. S'ajoutent à ces éléments l'incertitude liée à la volatilité des prix du kérosène, dont le coût représente entre 15 et 35% du prix de revient complet d'un vol.


(Pour mémoire : Reprise d'Aigle Azur : les syndicats partagés, un avenir encore incertain)


Un marché fragmenté

En juin, le directeur général de l'Iata Alexandre de Juniac notait déjà "une situation plus tendue" avec des disparitions de compagnies, "notamment dans le secteur du low-cost en Europe", en se demandant "s'il y avait de la place pour autant d'acteurs qui avaient commandé autant d'avions".

En France, "à l'exception d'Air France, on a des acteurs qui sont sur des stratégies de niche, des acteurs qui sont très fragmentés et ont chacun des parts de marché de 1, 2, 3, 4% du transport aérien français", explique à l'AFP Paul Chiambaretto, professeur à Montpellier Business School et chercheur associé à l'Ecole Polytechnique, spécialiste du transport aérien en plaidant pour une "consolidation" du secteur.

Une trentaine de compagnies sont répertoriées en France avec en pole position Air France et ses filiales (64 millions de passagers), suivie par Air Corsica (1,981 million) et Aigle Azur (1,915 million). XL Airways arrive en neuvième position avec 730.000 passagers.

"Le secteur aérien est un secteur sur lequel il y a relativement peu de barrières à l'entrée (...) ce qui fait qu'il y a aussi une forte mortalité", selon M. Chiambaretto. Il évoque des "acteurs qui arrivent, cassent les prix et perturbent les perceptions des vrais prix pour les consommateurs".

En France, "ça fait dix ans qu'on explique qu'on va dans le mur", déplore pour sa part le président de la Fédération Nationale de l'Aviation Marchande (Fnam) Alain Battisti, qui estime que "l'État n'a jamais pris la mesure des handicaps structurels que nous avons, c'est-à-dire le coût du travail et de la fiscalité directe et indirecte".


Pour mémoire 

 A l'aéroport parisien d'Orly, comptoir vide et dépit pour les passagers d'Aigle Azur

En cessation de paiement, Aigle Azur est placé en redressement judiciaire

Désignation d’un administrateur provisoire pour Aigle Azur

Aigle Azur se prépare à céder une partie de ses activités à Vueling

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants