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La Tunisie tourne la page Ben Ali

décès

L'ex-président a été enterré samedi dans le cimetière d'Al-Baqi, près du mausolée du prophète Mahomet, dans la ville de Médine dans l'Ouest saoudien, ont rapporté des témoins.

OLJ/AFP
22/09/2019

Avec son enterrement samedi, la Tunisie tourne la page Ben Ali dans une certaine indifférence à l'approche d'élections éminemment démocratiques, sans avoir soldé nombre de dossiers de la dictature.

Chassé par la rue le 14 janvier 2011 après avoir installé un régime policier en Tunisie deux décennies durant, l'ex-président Zine El Abidine Ben Ali est décédé jeudi en exil, à Djeddah, en Arabie saoudite. Il a été enterré samedi après-midi dans le cimetière d'Al-Baqi, près du mausolée du prophète Mahomet, dans la ville sainte musulmane de Médine dans l'Ouest saoudien, ont rapporté des témoins.

Son décès n'a pas fait la Une de l'actualité ni des conversations, alors que la Tunisie s'apprête à élire ses députés le 6 octobre, puis à choisir un président entre deux outsiders, un homme d'affaires emprisonné et un universitaire prônant une décentralisation radicale.

Son épouse Leïla Trabelsi, qui mène une vie confortable et discrète à Djeddah avec ses deux filles Nesrine et Halima et son fils Mohamed, est sous le coup de lourdes condamnations par contumace en Tunisie pour détournement de fonds et détention d'armes, de stupéfiants et de pièces archéologiques.

Ben Ali a, lui, été condamné plusieurs fois à la réclusion à perpétuité, notamment pour la répression sanglante des manifestations de la révolution, qui avait fait plus de 300 morts. Il n'a jamais répondu de ses actes.

"Le second président de la République tunisienne appartient désormais à l'Histoire, ce sera à l'Histoire de le juger", a estimé son avocat libanais Akram Azouri.

Plusieurs procès sont en cours, notamment grâce aux enquêtes menées par l'Instance vérité et dignité (IVD), chargée de faire la lumière sur les violations commises de 1955 à 2013. L'IVD a rassemblé des témoignages, documents et archives officielles afin que les tortionnaires et les donneurs d'ordre, jusqu'à Ben Ali lui même, soient jugés devant des tribunaux spécialisés.

Quatorze auditions publiques ont également permis de donner la parole à des proches de disparus qui ont expliqué leur calvaire ou encore à un neveu de Ben Ali, Imed Trabelsi, qui a détaillé la corruption sous le régime dont il était un pilier.


(Lire aussi :  Tunisie: décès en exil de l'ancien président Ben Ali, chassé par la rue en 2011)



Voiliers, voitures et entreprises

Le clan de son épouse honnie avait mis l'économie en coupes réglées, comme l'a détaillé la Banque Mondiale dans un rapport en 2014.

La Banque mondiale a calculé qu'à fin 2010, les 114 personnes composant le clan Ben Ali contrôlaient 220 entreprises qui s'accaparaient "21% de tous les bénéfices annuels du secteur privé en Tunisie, soit 233 millions de dollars, correspondant à plus de 0,5% du PIB".

A son départ, des centaines d'entreprises et de biens immobiliers, des voitures de luxe ou encore des bijoux appartenant à la famille Ben Ali et à des dizaines de proches, ont été saisis et confiés à un fonds étatique, Karama Holding.

Ce fonds détient notamment 51% des parts de l'opérateur de téléphonie Orange en Tunisie. Mais aussi la majorité des parts de la principale cimenterie du pays, Carthage Cement, des terrains agricoles, des palais, etc. L'Etat tunisien est loin d'avoir récupéré les fonds pillés.

Après des difficultés au démarrage, Karama a vendu environ pour 2 milliards de dinars (600 millions d'euros) de participation dans des entreprises privées depuis 2011, dont 500 millions de dinars en 2018 seulement, selon son PDG Adel Grar. Mais les sociétés saisies, parfois très endettées, peinent à trouver repreneurs.

Des voiliers au pont usé par l'air marin croupissent dans le port de Sidi Bou Saïd, traces tangibles des difficultés à valoriser et céder les avoirs du clan Ben Ali.

Des voitures de luxe et même un camping-car, proposés à nouveau à la vente l'an passé, n'avaient guère suscité d'intérêt.

La crise sociale et économique a alimenté une nostalgie d'un avant-2011 perçu comme plus prospère. Mais le faible score au premier tour de la présidentielle dimanche dernier de la seule candidate à avoir défendu ouvertement le parti RCD de Ben Ali, Abir Moussi, arrivée 9e avec 4% des voix, est le signe qu'un retour en arrière ne fait pas rêver. 


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Amère Ri(s)que et péril.

Si Hannibal Barca avait voulu écouter son frère Hasdrubal qui lui conseillait de marcher sur Rome sans attendre , après la bataille où Rome avait été défaite et mise à genoux, le bassin méditerranéen aurait été sous dominance Phénicienne pour des siècles.

Hannibal a été naïf en croyant que Rome allait se rendre et signer sa défaite.

Chucri Abboud

J'avais présenté mes lettres de créances au Président Ben Ali , et quoiqu'il plaisantait peu , il me dit d'un ton complice : "Vous êtes l'ambassadeur de Phénicie à Carthage ! ".

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