Oui, les Libanais sont individualistes, indisciplinés, égoïstes et se croient le nombril du monde. Oui, les Libanais sont égocentriques, jettent leurs détritus par la fenêtre, polluent leur environnement, sont sans foi ni loi, et mentent souvent plus vite qu’ils ne respirent. Oui, les Libanais sont insupportables à vivre au quotidien, bruyants, tapageurs, menteurs et turbulents. Mais les Libanais sont également les êtres les plus généreux sur terre (n’en déplaise à ceux qui cherchent désespérément à détruire leur image). Les Libanais baignent dans leur misère, mais ne fermeront jamais leur porte aux plus nécessiteux et aux plus démunis. Les Libanais parlent haut et fort, insultent à tout instant, mais conjuguent les verbes partager, donner, offrir et réconforter à tous les temps et tous les instants. Car ces « Libanais indisciplinés, bruyants, menteurs et turbulents » ont compris que l’urgence fait qu’ils doivent s’entraider au quotidien et aident leur prochain pour survivre au manque et à l’absence d’un gouvernement qui les prive de l’essentiel. Ces « Libanais indisciplinés, bruyants, menteurs et turbulents » ont formé spontanément une espèce de communauté de soutien qui s’est soudée dans le besoin et qui fait que les gens ne peuvent pas vivre les uns sans les autres et que les uns sans les autres n’existeraient pas. Et à cause de ces « Libanais indisciplinés, bruyants, menteurs et turbulents », on ne meurt pas de froid au Liban, on ne vit pas l’insupportable solitude que vivent les vieux des pays civilisés, délaissés, abandonnés, oubliés de tous, on connaît la vraie valeur du partage et du don, le vrai sens de la famille, on vit et on survit à cause de ces Libanais, de ces sociétés civiles, qui se battent au quotidien avec souvent de petits moyens pour redonner la dignité à ceux qui l’ont perdue. On survit grâce aux « Libanais indisciplinés, bruyants, menteurs et turbulents » qui donnent sans hésiter, qui portent et soulagent la misère des plus démunis, mais qui donnent surtout une formidable leçon de générosité et de don de soi, à tous ces étrangers qui les côtoient au détour d’une rue, et à tous ces pays civilisés qui possèdent tout, mais manquent de l’essentiel : cette générosité, cette chaleur humaine et ce dévouement qu’a envers son prochain chaque Libanais « indiscipliné, bruyant, menteur et turbulent », malgré sa pauvreté, malgré sa misère et malgré son désespoir le plus total.
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