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Liban

Les écoles catholiques réitèrent leur refus des six échelons et font leur autocritique

XVIe Colloque annuel

Le recteur du Collège de Jamhour propose la création d’un fonds national chrétien pour l’éducation, et encourage certains établissements à fusionner.

04/09/2019

Les écoles catholiques au Liban ont une nouvelle fois réaffirmé leur rejet de la grille des salaires accordée aux enseignants en août 2017 et plus particulièrement des six échelons exceptionnels qui entraîneront inévitablement d’importantes hausses de salaires et donc d’écolages. Elles ont surtout annoncé leur intention d’opérer une restructuration de leur secrétariat général (SGEC-L), dans un paysage éducatif en plein changement. Dans cette optique, elles ont fait état de propositions pour que la loi 46 sur la grille des salaires soit gelée pour trois ans, dans le prochain budget, le Trésor étant dans l’incapacité d’assumer les salaires augmentés de la fonction publique (cette dernière étant touchée par cette loi au même titre que les enseignants). Une éventualité rejetée par le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, interrogé sur la question par L’Orient-Le Jour. « La question du gel de la loi 46 a effectivement été proposée, mais n’a pas été retenue », a précisé M. Khalil.

Lors de leur 26e colloque annuel sur le thème « Éduquer ensemble » qui a entamé ses travaux hier au Collège Notre-Dame de Louaizé à Zouk Mosbeh, les écoles catholiques n’ont pas manqué de malmener les autorités, comme elles ont pris l’habitude de le faire à la veille de chaque rentrée scolaire depuis l’adoption de la loi sur l’échelle des salaires. Une loi qu’elles estiment inique et mal étudiée et qui a plongé l’enseignement privé dans une grave crise.


(Pour mémoire : Enseignants et écoles privées reprennent langue, soucieux d’une rentrée scolaire moins chaotique)

Raï accuse les politiciens d’avoir mis dans leurs poches les caisses de l’État

« Nous demandons à l’État de prendre ses responsabilités et d’assumer les six échelons exceptionnels », a martelé pour l’occasion et pour la énième fois le patriarche maronite, Béchara Raï, alors qu’il révélait les montants astronomiques de scolarités impayées (48 milliards de LL par an), mais aussi de réductions (30,5 milliards de LL par an) et d’aides sociales (40 milliards de LL par an) accordées par les écoles catholiques aux élèves. Une réalité susceptible d’entraîner la fermeture de petites écoles et le licenciement d’enseignants. « Il ne s’agit pas d’un conflit entre les directions d’établissements, les parents d’élèves, les enseignants et les élèves », a insisté Mgr Raï, rappelant que la communauté éducative constituée de ces quatre entités est « indissociable ». Et d’inviter « l’État à prendre ses responsabilités, plutôt que de se cacher derrière un Trésor vide que vous (les politiciens, NDLR) avez vidé dans vos poches ».

La sévérité du ton du chef de l’Église maronite est le signe non seulement de la détermination d’une école catholique, forte de près de 200 000 élèves et 336 établissements, à ne pas appliquer une loi susceptible de mettre son existence en péril, mais aussi de sa volonté « de faire assumer à l’État la responsabilité de l’effondrement de l’enseignement privé, de la crise sociale qui s’en suivra, avec son lot de licenciements d’enseignants et d’employés, ainsi que de fermetures d’établissements ».

Des propos repris par le secrétaire général des écoles catholiques, le P. Boutros Azar, qui a insisté sur la nécessité de « renforcer le partenariat entre les institutions éducatives privées à travers le pays, face à la négligence officielle », pour mieux résister à la crise. Il a par ailleurs rappelé que le Grand Liban qui fête ses 100 ans l’année prochaine « tire fierté » de ses écoles catholiques. De même, l’archevêque de Baalbeck, président de la commission épiscopale des écoles catholiques au Liban, Mgr Hanna Rahmé, a invité les autorités à « davantage d’équité dans la législation », tout en faisant état de la détermination du SGEC-L à « préserver les écoles catholiques », plus particulièrement dans les régions défavorisées.


(Pour mémoire : Réflexion sur le cas des enseignants du secteur privé)


Une restructuration en dix points

L’intervention du père Charbel Batour, recteur du Collège Notre- Dame de Jamhour et membre du conseil exécutif du SGEC-L, a incontestablement constitué le clou de l’événement. Car outre sa conviction que les augmentations de salaires des enseignants pourraient être gelées dans le prochain budget, il a présenté sa vision en dix points pour une restructuration du secrétariat général. « Un sujet compliqué et sensible », a-t-il reconnu, d’autant que « parler de restructuration implique qu’il y a des difficultés ».

Dans ce qu’il considère comme une « autocritique », le P. Batour a proposé « la création d’un conseil stratégique qui se pencherait à tête reposée sur des questions comme l’avenir de l’école catholique », et qui serait « susceptible de planification », mais aussi sur la refonte du conseil légal « qui doit être capable d’étudier les lois », tout en étant « préventif et non seulement réactif ».

Il a en outre souligné la nécessité, pour les écoles catholiques, d’être représentées par « une seule référence ». Ce qui requiert « un dialogue fraternel mais franc entre leurs différents décideurs ». « Aujourd’hui, a-t-il lancé, on se demande qui prend la décision, le secrétariat, le secrétaire général, l’archevêque, le patriarche? » avant de dénoncer « l’absence de référence lorsqu’il a fallu prendre des décisions liées à la crise provoquée par la loi 46 ».

De même, il n’a pas manqué de regretter « l’absence de démocratie au sein de l’Église » et l’opacité dans la prise de décision. « On ne sait pas comment se déroulent les élections ou la présentation des candidatures au sein de notre communauté. En dernière minute, une personne tierce peut être nommée parce qu’elle bénéficie d’un soutien quelconque », a-t-il dénoncé, appelant à « la mise en place de mécanismes clairs pour la nomination de personnes compétentes à la tête des institutions du secrétariat général ».

Le recteur de Jamhour a, par ailleurs, invité le SGEC-L à « développer une action de lobbying auprès de la classe politique ». Car l’institution « ne peut plus continuer à réagir à telle ou telle décision, ou à supplier ministres et députés, lorsqu’elle estime que ses droits sont bafoués ».

Face aux difficultés des parents d’élèves, le responsable a en outre proposé l’édification d’un fonds national chrétien pour l’éducation. « Nous ne pouvons plus compter sur l’État. Nous devons soutenir les écoles en difficulté », a-t-il martelé, s’inscrivant en faux par rapport à la demande patriarcale.

Charbel Batour a enfin évoqué l’importance d’engager une réflexion sur les partenaires des écoles catholiques, sur les éducateurs d’une part, sur la relation avec les médias d’autre part, avant d’inviter les écoles catholiques à avoir le courage d’envisager les fusions nécessaires à leur propre survie. « Il n’est pas normal que dans un même quartier, des dizaines d’écoles catholiques, des boutiques plutôt, se livrent une concurrence féroce », a-t-il observé, avant de souhaiter que ces propositions aboutissent à des actions concrètes.


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Eddy

Que tout soit clair, que les ecoles rendent publique (aux parents d'eleves) leur rapport d'audit financier externe.

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