Liban

L’élection du CC : une divergence tactique qui n’entame pas l’alliance profonde

Éclairage
24/08/2019

La nomination de cinq membres du Conseil constitutionnel par le gouvernement, en Conseil des ministres, démontre largement que la logique des allégeances politiques l’emporte toujours sur celle de la compétence.

C’est pour contrer cette logique que les Forces libanaises ont choisi de refuser de renoncer à la candidature de l’avocat maronite Saïd Malek, jugeant qu’en tant que constitutionnaliste, il était the right man in the right place, sachant en outre, ce qui ne gâte rien, qu’il n’était pas partisan.

En refusant de nommer un autre candidat que M. Malek susceptible de les représenter au sein du Conseil constitutionnel, les FL s’en tenaient à un accord passé il y a plus de 50 jours par leur chef Samir Geagea avec les présidents Nabih Berry et Saad Hariri, lorsque le Parlement a élu le premier groupe de cinq membres du Conseil constitutionnel.

À ce moment, il avait été convenu avec les FL que leur candidat serait le candidat maronite que nommerait le gouvernement. C’est sur cette base que le quorum avait été atteint à la Chambre. Un communiqué du président de la Chambre publié hier a d’ailleurs confirmé cet engagement.

Certes, il serait faux de croire que les FL n’ont pas été surprises par la rétractation de M. Berry. Cependant, elles ont malgré tout refusé de remplacer le nom de M. Malek par celui d’un candidat orthodoxe ou catholique, et ce pour deux raisons. Pour ce parti, en effet, M. Berry aurait dû s’en tenir à sa position de principe. « S’il l’avait fait, le résultat du vote au sein du gouvernement aurait changé », assure une source FL. Par ailleurs, affirme-t-on dans les cercles FL, changer d’option aurait relevé de l’opportunisme, car le choix de M. Malek était basé sur sa compétence, et non sur son allégeance politique. Cela dit, peut-on tirer des leçons politiques de ce qui s’est passé ? Selon les milieux proches du Hezbollah, il est clairement apparu que l’alliance politique avec Nabih Berry, Walid Joumblatt et Samir Geagea annoncée la semaine dernière par le président Saad Hariri, depuis Washington, n’a pas résisté à l’épreuve, et les faits ont confirmé sa fragilité. Les nominations ont démontré que l’alliance politique en question ne repose pas sur de solides fondements, et que l’étoile du 14 Mars a complètement pâli.


(Lire aussi : Les membres du Conseil constitutionnel prêtent serment sur fond de polémique)


En revanche, les cercles proches du 14 Mars insistent sur le fait que cette alliance est inébranlable, mais qu’elle a deux dimensions, stratégique et tactique. La part stratégique de cette alliance concerne le maintien et le renforcement de l’État et l’opposition aux forces, axes et courants obéissant à des objectifs extérieurs. Par contre, la dimension tactique de cette alliance, qui porte notamment sur tout ce qui a une dimension administrative, peut entraîner des fluctuations et des divergences, mais elle n’entame en rien la profonde alliance stratégique.

Cela a été évident, par exemple, sur le dossier de l’électricité et même, dans une certaine mesure, sur celui des déchets et du budget, où le consensus s’est fait entre les ministres des Forces libanaises et ceux du Hezbollah. Le cas des nominations des membres du Conseil constitutionnel entre dans cette catégorie.

Toutefois, l’appui des ministres du PSP à la position des FL confirme que, même au niveau tactique, l’alliance peut faire preuve de solidarité et de cohérence. Et qu’elle est soudée par des dynamiques convergentes.

En définitive, pensent les FL, la règle coutumière des « quotas » politiques devrait un jour ou l’autre céder la place à celle de la compétence, avec l’élaboration d’une loi expressément consacrée à un mécanisme clairement défini pour les nominations, selon un engagement du chef de l’État. Engagement auquel fait écho, selon une source informée, un projet en ce sens examiné par le siège patriarcal de Bkerké.



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Yves Prevost

" la règle coutumière des « quotas » politiques devrait un jour ou l’autre céder la place à celle de la compétence". Surtout dans le cas du Conseil Constitutionnel qui devrait être un comité de sages, c-à-d de personnes compétentes et impartiales.
Exactement le contraire de la pratique actuelle!

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